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Monday, October 26, 2026

Derrière les élections israéliennes, des airs de référendum sur Nétanyahou

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Dans le nord d’Israël, le kibboutz d’Evron est particulièrement animé en ce milieu de soirée, à quelques jours des élections. Des partisans et des curieux de toute la région sont venus voir celui qui, depuis quelques mois, est donné favori par les sondages et joue donc le rôle de principal opposant à Benyamin Nétanyahou.

Après quelques prises de photos, Gadi Eisenkot, 66 ans, monte sur la scène où il prononce un discours sur un ton plutôt monocorde, loin des envolées lyriques qui peuvent marquer les fins de campagne.

Il n’essaie pas d’être un politicien, assure Roni, bénévole au sein de la campagne du parti Yashar!, ce qui, en français, signifie droit ou honnête.

L’honnêteté fait d’ailleurs partie des qualités qu’évoquent ses partisans pour décrire l’ancien chef d’état-major de l’armée, fils d’immigrants marocains aux origines modestes, qui n’a été député à la Knesset, le Parlement, que pendant quelques années.

Gadi Eisenkot est photographié avec des partisans.

Gadi Eisenkot a rencontré des partisans d'Evron, dans le nord d'Israël.

Photo : Radio-Canada / Raphaël Bouvier-Auclair

C'est l'anti-Nétanyahou, c’est quelqu’un de très modeste qui a peu de charisme, explique la journaliste politique Myriam Shermer, qui ajoute que son histoire personnelle suscite le respect de nombreux Israéliens. Gadi Eisenkot a perdu un fils et deux neveux dans la guerre à Gaza.

Les attentats du Hamas sont au cœur de ce scrutin, le premier à être organisé depuis le 7 octobre 2023.

Les représentants de l’opposition, dont Gadi Eisenkot, reprochent à Benyamin Nétanyahou d’avoir systématiquement refusé la tenue d’une enquête publique sur les failles qui ont mené à ces attaques, les plus meurtrières depuis la création de l’État d’Israël en 1948.

Il est évident que sa responsabilité est engagée, admet Amir Weitmann, membre du Likoud, le parti du premier ministre. Ce partisan de Benyamin Nétanyahou croit néanmoins que la question consiste à savoir qui fera le mieux dans le futur, et il assure, sans hésiter, qu’il s’agit de la coalition menée par Benyamin Nétanyahou.

Malgré le 7 octobre et plusieurs accusations de corruption au fil des années, le premier ministre sortant dispose toujours d’une base solide. Les sondages placent sa formation politique tout juste derrière celle de Gadi Eisenkot. Les deux blocs de coalition, pro et anti-Nétanyahou, sont au coude-à-coude.

Benyamin Nétanyahou pendant un rassemblement de campagne.

Le Likoud, la formation du premier ministre Nétanyahou, arrive tout juste derrière le principal parti d'opposition dans les sondages.

Photo : Getty Images / Amir Levy

Les partisans du premier ministre aiment qu'il soit capable de s'exprimer très fortement à l'ONU ou à la Maison-Blanche, croit la journaliste Myriam Shermer, surtout dans le contexte où les Israéliens se sentent profondément incompris sur la scène internationale.

Le militant du Likoud, Amir Weitman, craint d’ailleurs qu’une coalition formée par l’opposition se plie aux demandes de pays occidentaux, comme le Canada, la France et le Royaume-Uni, qui reconnaissent l’existence d’un État palestinien.

On ne va pas se suicider pour faire plaisir au gouvernement canadien de monsieur Carney ou à d'autres gouvernements occidentaux ou d'ailleurs. Donc, si vous voulez, la pression étrangère ne nous intéresse pas.

Amir Weitmann.

Amir Weitmann est un partisan du Likoud, le parti de Benyamin Nétanyahou.

Photo : Radio-Canada / Raphaël Bouvier-Auclair

Des alliances coûteuses?

Il y a quatre ans, après une série d’élections qui n’avaient pas permis la formation d’un gouvernement, Benyamin Nétanyahou s’est allié avec des formations d’extrême droite, mais aussi des représentants de la communauté juive ultraorthodoxe, pour mettre sur pied une coalition gouvernementale.

Le ministre des Finances, Bezalel Smotrich, et le ministre de l’Intérieur, Itamar Ben-Gvir, qui se sont par exemple prononcés en faveur de l'expulsion des Palestiniens de Gaza ou de la prise de contrôle de l’ensemble de la Cisjordanie occupée, font tous deux l’objet de sanctions internationales.

Amir Weitmann, qui rejette l’étiquette d’extrême droite associée à ces politiciens, croit qu’au-delà des déclarations chocs, il n’y a fondamentalement pas de grande différence entre eux et le Likoud, ou même des partis beaucoup plus à gauche.

Je pense qu'il faut être réaliste, il faut être pragmatique. La société israélienne, déjà avant le 7 octobre, était bien plus à droite sur les plans idéologique et politique que notre parti, constate Shanna Orlik, organisatrice du parti Les démocrates, une alliance de formations de gauche.

Shanna Orlik discute avec d'autres personnes.

Shanna Orlik milite pour Les démocrates, une alliance de la gauche israélienne.

Photo : Radio-Canada / Raphaël Bouvier-Auclair

Sur la question israélo-palestinienne, par exemple, sa formation est l’une des seules à proposer une solution à deux États, un thème qui a été peu évoqué pendant cette campagne.

On se retrouve après quatre ans tellement traumatisants pour la société israélienne avec des jeunes qu’on a perdus au combat et sept fronts qui sont encore ouverts, puis la peur que la guerre avec l'Iran reprenne à tout moment. Je pense que les Israéliens n'ont pas forcément la possibilité de se projeter dans ce genre de sujets qui sont tellement clivants et ils ont besoin de choses qui vont créer de l'unité, constate Shanna Orlik.

Le favori dans les sondages, l’ancien militaire Gadi Eisenkot, préfère ainsi évoquer des thèmes qui rassemblent une grande part de l’électorat israélien, comme la question de la commission d’enquête du 7 octobre, ou encore les exemptions de service militaire accordées aux juifs ultraorthodoxes.

Le gouvernement de Benyamin Nétanyahou, qui s’appuie sur des élus représentant cette communauté, a refusé de lever ces exemptions malgré des décisions de justice, ce qui a généré le mécontentement de nombreux Israéliens.

Une foule de manifestants brandit des pancartes et des drapeaux israéliens.

Des représentants de l'opposition israélienne ont manifesté à Tel-Aviv à quelques jours du vote.

Photo : Getty Images / KATRINE DIGE HOUMOLLER / MIDDLE EAST IMAGES / AFP

Agal, Yuval et Edi, trois jeunes femmes rencontrées à un rassemblement de l’opposition à Tel-Aviv, s’apprêtent justement à effectuer le service militaire obligatoire. Mais avant, elles déposent leur bulletin dans l’urne pour la toute première fois.

C’est le temps ou jamais pour du changement, sinon nous nous dirigeons vers un sombre futur, croit Agal.

À quelques kilomètres de là, Alon, jeune résident d’une colonie de Cisjordanie, est venu faire campagne à Tel-Aviv pour le candidat d’extrême droite, Bezalel Smotrich. Il croit aussi qu’il faut choisir son avenir, défendant l’héritage du gouvernement des quatre dernières années.

Des jeunes aux visions opposées, mais qui partagent un point commun : sauf pendant quelques années, ils n’ont presque connu que Benyamin Nétanyahou à la tête du gouvernement israélien.

À lire et à regarder :

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