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Saturday, September 26, 2026

À la recherche du Québec : oui ou non aux éoliennes en Mauricie?

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« Nous, on n'en veut surtout pas, de leur argent! Accepter voudrait dire qu’on se résigne. Et, en plus, 3000 $ imposables, c’est des peanuts pour le calvaire qu’on va endurer », me dit Véronique Bégin, qui est venue s’installer à Saint-Adelphe en Mauricie avec son chum et son enfant pour avoir la sainte paix.

Chez eux, il y a des poules, un grand jardin où elle fait pousser des légumes, de la forêt qui sent bon, des étoiles, des fleurs et du silence. Mais, depuis des mois, Véronique, photographe de profession, vit dans l’angoisse. Le nid qu’elle s’est créé est menacé par le projet de TES Canada : installer des méga-éoliennes à proximité de sa petite maison dans la prairie. Beaucoup d’éoliennes. J’ai peur! dit-elle.

Si elle a refusé, quelques-uns de ses voisins, eux, ont accepté d’en recevoir sur leur terre. Ils recevront en contrepartie 27 000 $ par an par éolienne. Mais pour les autres, c’est 3000 $, peu importe le nombre d’éoliennes autour de leur maison.

À moins de 5 kilomètres de la maison de Véronique et Jean Philippe, TES Canada compte en implanter 38. Il n'y a même pas de lumières de rue ici. La nuit, il fait noir comme chez le loup, nous dit Véronique, découragée. Si les éoliennes de dimensions gigantesques s’installent à proximité, c’en est fini de l’obscurité qu’offre la campagne la nuit.

Une méga-éolienne, c’est l’équivalent, en hauteur, de la tour Eiffel. Pour la sécurité aérienne, ces structures géantes sont obligatoirement équipées de lumières rouges clignotantes.

Les habitants de la fermette qui s’endorment dans la nuit campagnarde devront, si le projet va de l’avant, trouver le sommeil dans une nuit constellée de repères lumineux synchronisés et constants.

Véronique devant son ordinateur pour nous montrer où seront situées les éoliennes par rapport à sa maison.

Véronique devant son ordinateur pour nous montrer où seront situées les éoliennes par rapport à sa maison.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Un représentant de TES Canada est venu s’asseoir dans la cuisine de Véronique et Jean-Philippe il y a plusieurs semaines. Alors que c’est moi qui lui posais les questions, le gars a regardé mon chum et il lui a dit : "Votre femme est inquiète…" J’ai trouvé ça tellement insultant. En plus, c'était sur un ton condescendant, genre la p’tite madame a des appréhensions qu’il faut calmer.

Véronique, en fait, s’inquiète beaucoup de l’impact de l’installation des éoliennes sur la nappe phréatique, du bruit des camions, du bruit que feront ces moulins à vent des temps modernes.

Alors que nous la quittions, elle se tenait sur le pas de la porte, frissonnant. Il faisait froid ce jour-là. Un petit 9 degrés et du vent. Elle nous a salués d'une mine triste en tenant son chat dans ses bras.

Le village de Saint-Adelphe, à quelques kilomètres de chez Véronique, se situe sur le bord de la belle rivière Batiscan. Il y a une épicerie, deux restaurants et une église majestueuse, immense pour un si petit village. Construite en 1916, l’église est un vestige de ce Québec d’avant la mort de Maurice Duplessis. La belle province d’avant la Révolution tranquille.

Une pancarte électorale de Martine Ouellet du Parti Climat Québec.

Une pancarte électorale de Martine Ouellet du Parti Climat Québec.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

D’ailleurs, ce n’est sans doute pas par hasard si un collectif de citoyens qui s’oppose au projet de TES Canada en Mauricie a choisi le nom de Toujours maîtres chez nous. Il s’inspire du célèbre slogan utilisé par l'équipe de Jean Lesage lors des élections de 1962 qui annonçait le projet de Québec de nationaliser l’hydro-électricité. L’expression est depuis devenue une sorte de jalon dans l’histoire moderne du Québec.

Maîtres chez nous voulait dire qu’on tirait un trait sur le modèle de développement économique pratiqué par Maurice Duplessis (premier ministre du Québec de 1936 à 1939, puis de 1944 à 1959), qui reposait beaucoup sur l'exploitation des ressources naturelles par des capitaux privés étrangers.

Cette façon de voir le développement industriel du Québec a maintenu la majorité francophone dans une position de subordination économique, longtemps. Jusqu’à Hydro…

Saint-Adelphe n’est pas riche. À Shawinigan, chef-lieu de la région, ça ne va guère mieux. Qu’est-ce que tu veux, toutes les usines ont fermé, me dit Yvon Ayotte, qui prend un p’tit café avec ses vieux amis sur la 5e rue, à quelques portes d’un bureau d’information de TES Canada. La 5e, c’est la rue principale de Shawinigan. Une enseigne d’un joaillier tout droit sortie des années 1960 trône sur la devanture d’un commerce fermé.

La ville a connu de meilleurs jours.

C’est triste, qu’est-ce que tu veux. Les jeunes, y en a pu, y a pas d’ouvrage. C’est les retraités qui vivent le mieux ici, ajoute-t-il. Son ami Clément ajoute, comme si c’en était la preuve, qu’ils vont danser à Trois-Rivières tous les samedis soirs depuis 30 ans.

Que pensent les vieux amis du projet de TES Canada? J’aime pas trop trop ça, qu’on mette le pied dans la privatisation d’Hydro-Québec, répond Clément.

Yvon Ayotte doute des bienfaits du projet de TES Canada.

Yvon Ayotte doute des bienfaits du projet de TES Canada.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Sous Pierre Fitzgibbon, le gouvernement Legault a misé sur le développement d’une filière québécoise de l’hydrogène vert. TES Canada a ainsi proposé de construire à Shawinigan une usine d’hydrogène vert. Dans une région où l’économie ne tourne pas rond, le projet avait l’avantage de promettre une création d’emplois substantielle. En 2024, Québec a modifié la loi pour permettre à TES Canada de produire sa propre électricité grâce, entre autres, à des parcs éoliens.

Moi, je ne comprends pas : pourquoi ils veulent construire ça en milieu habité? se demande Yvon, qui raconte à ses chums que son frère qui habite à Hérouxville est vraiment contre ça.

Dire que le projet de TES Canada soulève un vent de discorde en Mauricie serait un euphémisme. À Hérouxville d’ailleurs, une affiche annonce fièrement que 70 % de la population est contre. Dans les villages autour, on se croirait en plein référendum. Une maison sur trois s'affiche. OUI à TES ou NON à la privatisation. Des élus se sont engagés dans la lutte. Plusieurs maires et conseillers ont été démocratiquement élus avec le mandat clair de stopper ce projet. La population est mobilisée.

Et, fait à noter : on retrouve aussi, dans le coin, des pancartes électorales d’un parti dont à peu près personne ne parle depuis le début de cette campagne : Climat Québec.

Le parti de Martine Ouellet distribue des dépliants qui dénoncent le projet. Ce dépliant affirme qu’il serait faux de croire que TES Canada est un projet économiquement intéressant pour la communauté.

Emmanuel Perron et Jean-Paul Lerat sont en faveur du projet éolien de TES Canada.

Emmanuel Perron et Jean-Paul Lerat sont en faveur du projet éolien de TES Canada.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Saint-Séverin, dans la MRC de Mékinac, est une communauté rurale vieillissante et économiquement fragile. Pas d’épiceries, pas de restaurants. Emmanuel Perron, qui a une petite entreprise de conseils informatiques au milieu du village, a décidé non seulement de s’afficher pour le oui, mais de créer un collectif citoyen appelé Vitalité économique Mékinac. Dans la salle de conférence de son local où son acolyte, le docteur Jean-Paul Lerat, nous a rejoints, Emmanuel explique que la région ne peut tout simplement pas se passer de cet investissement.

Souverainiste convaincu, affichant un drapeau des patriotes sur sa maison, Emmanuel Perron a trouvé difficile d’appuyer le projet de la fille de Jean Chrétien, le petit gars de Shawinigan devenu ministre de Pierre Trudeau puis premier ministre, celui qui a pourfendu toute sa vie le projet de souveraineté du Québec. Effectivement, France-Chrétien Desmarais détient une bonne part des actions de TES Canada.

Ma blonde m’a dit : "La fille, c’est pas le père, faut faire la différence et c’est pour le bien commun". Je ne suis pas payé pour faire ça et je m’expose à pas mal d’animosité dans le coin, dit-il, nous racontant des menaces explicites reçues qui sont aujourd’hui sur le bureau de la Sûreté du Québec.

Le docteur Lerat fait valoir que les redevances qui seront versées aux municipalités feront la différence. Sinon, on s’en va dans le mur, croit-il.

Au Québec, quand il faut répondre par oui ou par non, comme le vent, ça décoiffe.

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