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Friday, October 2, 2026

Pantalonnade et pétarades avec Herreweghe à l’OSM

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L’Orchestre symphonique de Montréal (OSM), qui remettait au programme cette semaine la 9e Symphonie de Schubert — œuvre fétiche de Kent Nagano, interprétée pour la dernière fois ici par Michael Tilson Thomas —, n’a rien trouvé de mieux que d’inviter Philippe Herreweghe pour veiller à son exécution. Nous sommes sortis du concert encore plus sceptiques qu’en découvrant l’affiche.

C’est décidément la semaine des remises en question. Nous avons vécu, à l’Opéra de Montréal, le dévoiement et l’affadissement d’un opéra majeur du répertoire, Turandot, sous couvert de moralisation. Nous avons lu, jeudi dans Le Devoir, l’entrevue fracassante de la pianiste Gabriela Montero nous tendant un miroir amer : « faire le bon choix coûte extrêmement cher, tandis que les corrompus et les opportunistes sont récompensés ». Jamais deux sans trois : nous avons à l’OSM (avec une reprise samedi) une pure mascarade avec la présence sur le podium d’un de ces « noms », montés en épingle, dont le monde de la musique a parfois le secret.

Époques

Philippe Herreweghe a de grandes et éminentes qualités ; c’est une bible et un musicien exceptionnel dans le domaine de la musique sacrée de Schütz et de Bach, et de toute cette période. C’est un expert de la direction chorale. Il a gravé en ces domaines des enregistrements de référence.

Ceci ne l’a jamais qualifié, pas plus que Norrington, mais techniquement moins encore, pour diriger Beethoven, Brahms, Schubert, Schumann ou Bruckner. Que l’industrie ait voulu nous le faire croire est une chose. La réalité en est une autre.

La problématique est qu’il y a vingt ans les institutions symphoniques étaient désespérées de manquer le bateau des choses « historiquement informées » et engageaient çà et là des « baroqueux » parmi lesquels de rares élus possédaient un vrai métier (les trois plus notables étant Andrew Manze, Nicholas McGegan et Bernard Labadie).

Or, l’époque a changé : nous ne sommes plus en quête éperdue d’un « gourou du baroque » pour diriger des formations symphoniques, et maints chefs aguerris conjuguent désormais savoir-faire technique et intelligence stylistique.

Ce que nous avons vu et entendu jeudi s’apparentait hélas à une mascarade, qui rejoint des considérations exprimées récemment par le chef Paavo Järvi au magazine Riff sous le titre « L’art de la direction est en danger de disparition ». Le chef explique que la direction d’orchestre est souvent perçue comme une simple compétence d’appoint plutôt que comme un art et une discipline à part entière. Il pointe du doigt notamment « les défauts physiques et gestuels, avec une prolifération de tics corporels parasites chez des chefs qui bougent inutilement, qui ne savent pas respirer, ou qui présentent une main gauche complètement inopérante, voire dysfonctionnelle ». Cet avis, que nous partageons pleinement, rappelle que la gestique et le travail de la technique de baguette doivent être maîtrisés au même titre que la virtuosité instrumentale.

Quiconque a assisté au concert comprendra pourquoi l’on peut qualifier la prestation de pantalonnade. Il n’y a rien à sauver dans la gestuelle : la dernière fois qu’on a vu certains de ces mouvements, c’était sans doute chez quelqu’un qui cherchait à aérer de la semoule de couscous.

Vu et entendu

Alors « vu et entendu ». « Vu » tout d’abord. Dans le concerto de Mendelssohn. C’est peu dire qu’il était tenu par le 1er violon Olivier Thouin. Nous avons d’ailleurs posé la partition après deux pages pour regarder le spectacle : les mouvements de tête, l’ondulation du torse, les regards, l’amplitude des mouvements d’archet. Ce n’était pas trop ostentatoire, fait avec une classe infinie, mais c’est Thouin qui menait l’orchestre. Il mérite un beau cadeau et coup de chapeau de la direction. Question soliste, une grosse surprise : Christian Tetzlaff a fait beaucoup de musique et une musique sensible, raffinée et merveilleuse, mais nous ne l’avons jamais entendu jouer aussi mal. Le nombre de fausses notes dans les ribambelles de doubles croches (premier et troisième mouvements) était sidérant, comme s’il n’avait plus ce concerto dans les doigts et qu’il avait oublié de le revoir, en pensant que tout irait bien.

Revenons donc à Herreweghe et le terme « entendu ». La technique, le métier de chef sert précisément à équilibrer les pupitres, à ne pas muer la Grande Symphonie de Schubert en pétarade de trombones et de trompettes, au mépris des balances avec les cordes et les bois (l’harmonie dans le trio du scherzo, les cuivres tout au long de l’allegro initial, sans parler des attaques et des phrasés). Il existe au disque de grandes lectures qui exaltent les cuivres — notamment Knappertsbusch à Vienne en 1957 (DG) ou Krips à Londres en 1958 —, mais il s’agissait là d’un parti pris esthétique pré-brucknérien, non d’une maladresse.

Par ailleurs une approche « musicologique » ou « pseudo-musicologique » n’est pas forcément musicale. On n’a cure de la démonstration que les tempos doivent être plus rapides que ceux auxquels on est habitués. Là encore, des Neuvièmes rapides (Szell ou Munch) ont de la tenue et du corps ; elles ne sonnent pas fuyantes ou indifférentes comme cet andante, où le cor de postillon ne servait à rien, le deuxième thème n’exprimait rien et le cataclysme tombait à plat (au point qu’un quidam a applaudi en plein milieu).

Inutile de tirer davantage sur l’ambulance. Il sera toutefois salutaire d’interroger la politique artistique : pourquoi confier ce « Parsifal du répertoire symphonique » à un chef qui a certes un « nom », mais n’a jamais prouvé en quarante ans son envergure dans ce domaine, hors de son pré carré sacré et choral ?

Pour mesurer l’aberration, sans même convoquer les quelques pointures internationales qui nous auraient offert une soirée mémorable : disponible à quelques stations de métro, un certain Jean-François Rivest aurait fait nettement mieux. Il l’a prouvé jadis à l’Université de Montréal, qui plus est en adoptant l’originale disposition imaginée par Iván Fischer — et reprise par aussi par le chef allemand Claus Peter Flor — plaçant les bois en arc de cercle, devant les violons.

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