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Wednesday, September 23, 2026

L'OCDE revoit ses prévisions de croissance pour 2027, mais se dit «surprise par la résistance de l’économie»

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L'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) a révélé mercredi 23 septembre son rapport trimestriel sur les perspectives économiques mondiales. Si l'économie de la planète subit toujours les secousses provoquées par la crise au Moyen-Orient et son impact sur les prix des hydrocarbures, elle a plutôt bien résisté ces derniers mois, d’où des prévisions à la hausse d’ici la fin de l’année. La suite s'annonce en revanche beaucoup plus incertaine. L'organisation a donc revu à la baisse sa prévision de croissance pour 2027 de 3.1 % à 3 %. Explications avec Stefano Scarpetta, économiste en chef à l’OCDE et coordinateur du rapport.

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RFI : C’est inattendu, l'économie mondiale a finalement réussi à résister aux chocs provoqués par la crise au Moyen-Orient. Quels sont les facteurs qui ont permis cette résilience ?

Stefano Scarpetta : Effectivement, nous avons été un peu surpris par la résistance de l'économie mondiale, ce qui nous a poussés à revoir à la hausse les prévisions de croissance économique pour 2026.

Il y a au moins deux facteurs qui ont joué un rôle important. Le premier, c'est que l'activité économique a été soutenue par le boom de l'intelligence artificielle. On l’a vu à travers les investissements massifs aux États-Unis, en Chine, mais aussi en Europe, accompagnés également par une croissance importante des produits liés au digital. C’est tout à fait flagrant et cela a joué le rôle de moteur de croissance.

L’autre chose qui nous a un peu surpris, c'est la réaction du marché du pétrole, parce qu'il a réagi mieux que ce à quoi on pouvait s'attendre avec ce choc majeur de la fermeture du détroit d'Ormuz. Une forme d’équilibre s’est mise en place : la baisse de la demande a été assez significative dans la continuité de la baisse de l'offre provoquée par le conflit. La consommation mondiale a baissé de l’équivalent de 6 millions de barils de pétrole par jour entre mars et la fin août. Cette diminution de la demande a notamment été alimentée par la baisse des importations d’hydrocarbures en Chine. Mais de l'autre côté, il y a une augmentation de la production des pays pétroliers. Le tout accompagné d’une utilisation des réserves stratégiques des pays et de l’utilisation de voies d’approvisionnement alternatives comme le pipeline Est-Ouest qui a permis d’acheminer 40 % du pétrole de l'Arabie saoudite en direction de la mer Rouge.

C’est en revanche moins vrai pour le gaz. Les prix du gaz sont plus ou moins au maximum, parce que 90 % du gaz naturel qui passait par le détroit d'Ormuz allaient en Asie. Les pays asiatiques ont donc eu des problèmes d’approvisionnement, mais il y a aussi la concurrence des pays européens. Ceux-ci doivent remplir leurs réserves qui sont actuellement au plus bas, avant l'hiver évidemment.

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Mais si la croissance mondiale a résisté en 2026, vous avez décidé de revoir à la baisse vos perspectives pour 2027. Qu’est-ce qui vous a poussé à cette conclusion ?

Tout d’abord, les prix des hydrocarbures sont repartis à la hausse ces derniers mois, même s'il y a un petit ajustement très récemment. Or nous avions anticipé un recul dans nos prévisions du mois de juin. La volatilité des prix du pétrole et du gaz alimente l’inflation malgré les petites augmentations des taux d'intérêt décidées par la Banque centrale européenne, la Réserve fédérale américaine ou la Banque du Japon.

Par ailleurs, il y a une énorme incertitude autour de l'intelligence artificielle. Certes, celle-ci pourrait avoir des impacts positifs à venir sur la productivité, sur la croissance économique. Mais pour l’instant, ce sont surtout des investissements importants basés sur l'endettement des entreprises. Or les investisseurs espèrent des revenus très élevés pour le secteur à court terme, et c’est assez difficile à prévoir. Cela va dépendre de l'adoption de ces nouvelles technologies du digital, notamment l'IA, par tous les secteurs économiques.

L'autre facteur d’incertitude que vous relevez dans votre rapport, c'est la question de l'impact climatique, avec notamment un super El Niño qui a déjà commencé à montrer ses effets. La crise au Moyen-Orient a déjà eu un impact certain sur les prix de l’alimentation. Si ceux-ci se mettent à flamber en raison des perturbations climatiques, cela pourrait peser sur la croissance mondiale ?

Tout à fait et l’on s’en rend compte en regardant les marchés à terme. L'augmentation des prix des produits agricoles est déjà notable en raison de l’inflation sur les engrais et les carburants, liée à la fermeture du détroit d'Ormuz.

Mais en effet le dérèglement climatique inquiète : l’été a déjà été extrêmement chaud en Europe et dans beaucoup de pays. Si effectivement un « Super El Niño » se concrétise, cela va avoir un impact en Afrique, en Asie, en Amérique centrale, et à terme sur toute l'économie mondiale. C'est pour cela que la coopération internationale est très importante, parce que les plus durement touchés seront encore une fois les pays et les ménages avec les plus faibles revenus. Il faudra de la solidarité pour pouvoir soutenir les plus défavorisés.

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Conflit s’éternisant, climat déréglé, mais aussi problèmes d’endettement des États et donc de financements des investissements publics. Est-ce que la croissance pourrait être même moins importante que ce que vous prévoyez en 2027 ?

Nous avons réalisé un scénario catastrophe dans lequel on a mis ensemble tous ces risques : prix de l'énergie qui restent élevés pendant une période très longue, flambée des prix de produits alimentaires ainsi que des performances décevantes de l’IA. Cela pourrait évidemment se produire car certains risques sont liés entre eux. Une résolution du conflit au Moyen-Orient aurait pour effet la baisse des prix de l'énergie : cela aurait un impact positif sur le prix des produits alimentaires mais aussi sur la rentabilité de l’intelligence artificielle car les datacenters dépendent beaucoup des prix de l'énergie, dont ils sont gros consommateurs. En revanche, El Niño, c’est un phénomène à la fois exogène et difficilement anticipable, donc les lignes peuvent encore bouger.

À moyen terme, l’OCDE s’inquiète également de la baisse du niveau d’éducation des enfants des pays sur lesquels vous menez vos travaux. C’est aussi un facteur de risque pour la croissance ?

C'est sûr. Nous avons été déçus des résultats de l’étude d’évaluation scolaire PISA qui malheureusement font écho à une autre enquête que nous avons menée sur les compétences des adultes. Cette étude réalisée en 2023 montrait que même pour la population en âge de travailler, les compétences moyennes avaient baissé dans la grande majorité des pays.

Évidemment, c'est un souci à moyen terme voire à court terme, parce qu’avec une technologie tellement puissante, avec des capacités si importantes que l'intelligence artificielle, il faut avoir des travailleurs qui ont les bonnes compétences. Cet investissement dans l’éducation est crucial pour pouvoir à la fois utiliser cette technologie mais aussi qu’elle ne se substitue pas aux travailleurs humains.

L’enjeu n’est pas forcément d'augmenter les moyens qui sont à la disposition du système éducatif, c'est surtout de mieux dépenser. L'OCDE recommande depuis des années davantage d’efforts en direction des enfants les plus défavorisés, parce qu'on sait très bien qu'il y a une relation très forte entre la situation familiale des enfants et leur performance d'un point de vue scolaire. Il faut surtout investir dans les milieux plus défavorisés, dans les écoles qui ont moins de moyens. Et il faut investir aussi sur les enseignants, peut-être en les accompagnant pour davantage intégrer les technologies digitales, afin de renforcer la capacité de jeunes étudiants à développer un esprit critique, pour pouvoir évaluer l’intelligence artificielle.

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