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Saturday, August 29, 2026

L’équipe de Mark Carney dépense encore des centaines de dollars par jour en publicités Facebook

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Alors que son gouvernement implore la population de limiter leur achat de produits américains, l’équipe de Mark Carney continue d’envoyer chaque jour plusieurs centaines de dollars à la compagnie californienne Meta pour augmenter la visibilité de ses publications sur Facebook.

« Quand vous achetez un produit canadien, vous ne faites pas que mettre de la pression sur les États-Unis. Vous protégez aussi des emplois [canadiens] », a scandé la ministre fédérale Mélanie Joly devant des travailleurs d’usine d’Ottawa, mardi, au moment d’annoncer la réplique canadienne à la dernière salve de droits de douane américains.

Les employés du Parti libéral du Canada ne se sont pas sentis concernés par ce conseil, à en croire leur envoi au cours de cette journée de 561 $ à l’entreprise Meta, dont le siège social est situé à Menlo Park, en Californie, pour que davantage d’internautes remarquent des messages sur Internet au nom de leur chef, Mark Carney. 668 $ avaient été dépensés pour cette raison la veille ; 578 $, l’avant-veille.

Résultat : entre 60 et 70 000 Québécois ont pu voir cette semaine le premier ministre, petit bouquet de fleurs dans la poche de son veston, marcher dans un champ en compagnie de son candidat dans Chicoutimi-Le Fjord.

La vidéo de la mise en scène était jointe au message commandité qui renvoyait à un formulaire visant à recueillir les données personnelles d’électeurs potentiels. À en croire les renseignements fournis par la bibliothèque de publicités de Meta, les internautes de plus de 65 ans, en majorité des femmes, constituaient l’audience visée.

Une compilation du Devoir montre que chaque jour entre le 1er et le 24 août, le Parti libéral du Canada (PLC) a dépensé un montant variant entre 200 et 714 $ pour faire la promotion de telles publications sur les pages Facebook et Instagram officielles du premier ministre, présentement dans la course pour trois élections partielles au pays.

Un symbole

« Ce n’est pas un si gros budget, mais ça a une valeur symbolique », estime Alain Saulnier, auteur du livre Tenir tête aux géantsdu Web (Écosociété, 2024).

Selon cet ancien cadre de Radio-Canada, Meta est une mauvaise entreprise citoyenne pour son refus de contribuer financièrement à la production des nouvelles, tel que prévoyait l’esprit de la loi fédérale sur les nouvelles en ligne (C-18). L’entreprise a préféré bloquer les médias sur ses plateformes en août 2023. En 2025, l’entreprise a fait don d’un million de dollars pour la cérémonie d’intronisation du président Donald Trump.

« M. Carney devrait donner l’exemple, lui qui vient de quitter la table de négociation avec le président Donald Trump. Il me semble qu’il pourrait prendre des actions comme choisir de se détourner des plateformes comme Meta », ajoute Alain Saulnier.

Le problème est qu’il n’existe aucune alternative canadienne à la plateforme Facebook, nuance Mireille Lalancette, professeure à l’Université du Québec à Trois-Rivières (UQTR) et spécialiste de la communication politique. « 95 % de la population et plus sont sur Facebook. C’est un média incontournable pour les politiciens, malheureusement. »

Une étude publiée cette semaine par le Centre pour les médias, la technologie et la démocratie de l’Université McGill, conclut que 41 % des Québécois consultent Facebook chaque semaine pour s’informer sur la politique et l’actualité, malgré l’absence d’articles de nouvelles. C’est aussi la plateforme la plus populaire, et la seule qui est utilisée de manière similaire par tous les groupes d’âge.

Une porte-parole du Parti libéral du Canada a d’ailleurs justifié l’utilisation de Facebook par le souci de « faire connaître le plan ambitieux de Mark Carney » aussi sur les plateformes numériques.

Une stratégie qui perdure

La compilation du Devoir montre que l’équipe du premier ministre n’a effectivement jamais cessé de dépenser son argent pour le faire apparaître dans les fils des utilisateurs de Facebook et d’Instagram, après avoir consacré quelque 2 millions de dollars à cette stratégie pour la campagne électorale de 2025.

Les dizaines de milliers de dollars qui étaient alors envoyés quotidiennement à la multinationale californienne pour la seule page de Mark Carney ont représenté une part significative du budget total du Parti libéral pour ses publicités en ligne, chiffré à 8,3 millions $ dans son rapport officiel pour les élections de 2025.

En guise de comparaison, le PLC n’a consacré qu’une fraction de ce montant en 2026 pour faire mousser la page de son chef, soit environ 74 000 dollars (en date de cette semaine). Cela équivaut à une moyenne d’environ 322 $ par jour, tous les jours.

Certaines journées spécifiques ont toutefois connu des pics importants de dépenses. C’est le cas des 72 heures précédant l’élection partielle dans Terrebonne, tenue le 13 avril dernier, lors desquelles la page du premier ministre a été mise à contribution pour sceller la victoire de la libérale Tatiana Auguste. Le coût : près de 1300 $ par jour en publications commanditées.

Mark Carney a consenti l’an dernier à abolir la taxe sur les services numériques de 3 % des revenus canadiens de Meta et d’autres géants du Web, lors d’une tentative infructueuse d’accord commercial avec le président américain Donald Trump. Il n’a communiqué aucune intention de ressusciter ce projet de taxe malgré l’échec des plus récentes négociations commerciales.

M. Carney détient personnellement des actions de Meta Platforms et de centaines d’autres grandes compagnies, montre une liste publiée l’an dernier par le bureau du commissaire aux conflits d’intérêts et à l’éthique.

En plus de Chicoutimi–Le Fjord, où les libéraux tentent de faire élire l’ancien président des Producteurs de lait du Québec, Daniel Gobeil, un scrutin aura lieu lundi prochain dans deux circonscriptions sûres pour le parti de Mark Carney : North Vancouver–Capilano, en Colombie-Britannique, et Beaches–East York, à Toronto.

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