«Arrêtez de nous ignorer», intiment les Premières Nations aux partis
Largement ignorées depuis le début de la campagne électorale, les Premières Nations ont convergé devant l’Assemblée nationale, lundi, pour servir un avertissement au prochain gouvernement : « L’avenir du Québec ne se construira ni contre nous, ni sans nous. »
« Nous disons au prochain gouvernement, à tous les partis et à la société civile : arrêtez de nous ignorer, arrêtez de nous mettre de côté, arrêtez de nous invisibiliser », a lancé le Chef du Conseil de la Nation Anishnabe de Lac Simon, Lucien Wabanonik. Une demande qui fait tristement écho à la campagne de 2022, où les enjeux autochtones affleuraient à peine à la surface de la conversation électorale.
Au moment où plusieurs partis ambitionnent d’accroître l’exploitation des ressources naturelles québécoises, personne ne doit croire, a ajouté le chef anishnabe, que le sous-sol, les forêts ou les rivières appartiennent « au bon vouloir des membres du gouvernement du Québec ».
« Il n’y aura pas d’accès au territoire, a martelé M. Wabanonik, sans le consentement libre et éclairé de nos nations et de nos peuples. »
« Un manque de respect total »
« Les barrages, les mines, les forêts, l’énergie, les infrastructures et les grands projets dont on nous parle depuis des semaines touchent directement le cœur de nos territoires, le cœur de nos droits et le cœur de nos nations, a énuméré le grand chef de la nation Wendat, Pierre Picard. Alors comment pouvez-vous prétendre parler de l’avenir du Québec sans parler des Premières Nations et des Inuits ? […] À force de nous exclure des discussions sur l’avenir du Québec, il devient clair qu’il s’agit d’un choix et non pas d’un simple oubli. »
L’absence de considération à l’égard des Premières Nations se traduit de différentes manières depuis le début de la campagne, selon leurs représentants et leurs représentantes. Le chef du Conseil de la Première Nation des Innus Essipit, Martin Dufour, déplore qu’aucun parti n’ait répondu à l’invitation de sa communauté de prendre connaissance du Traité Petapan, que les innus de Mashteuiatsh, d’Essipit et de Nutashkuan négocient depuis 46 ans avec Québec et Ottawa.
« C’est un manque de respect total » de la part de partis qui prétendent pourtant, a-t-il dénoncé avec colère, vouloir construire des relations de nations à nations avec les premiers peuples.
Le chef de la communauté d’Unamen Shipu-La Romaine, Ernest Courtois, avait parcouru quelque 1100 kilomètres pour planter ses revendications à Québec. L’ombre de l’entente de Churchill Falls plane sur sa collectivité d’environ 1200 personnes.
« On est vraiment touchés par ce projet-là et ni Hydro-Québec, ni le gouvernement du Québec ne nous a consultés ou informés. Pourtant, c’est un territoire non cédé : le prochain gouvernement qui va rentrer, il va falloir qu’il collabore. S’il ne collabore pas, a averti M. Courtois, je ne collabore pas aussi. »
Six ans après le décès de Joyce Echaquan
La prise de parole des Premières Nations survenait six ans, jour pour jour, après le décès de Joyce Echaquan dans un hôpital de Joliette.
« Malgré les enquêtes, les rapports, les témoignages et les données qui se sont accumulés au fil des années, a souligné Ghislain Quitich, conseiller de la communauté atikamekw de Manawan, le gouvernement du Québec refuse toujours de reconnaître l’existence du racisme systémique. Nous continuerons à demander haut et fort, a-t-il poursuivi, l’adoption du principe de Joyce. »
Une quinzaine de représentants et de représentantes autochtones avaient bravé la distance et le froid automnal pour dénoncer devant « le cœur du pouvoir politique au Québec » le manque d’appétit des partis à l’égard des enjeux et des réalités de leurs communautés.
« Cette situation est désolante », a lancé la cheffe Chantal Kitabich de la communauté de Pikogan, surtout au moment où plusieurs communautés font face « à une montée préoccupante de la violence et de l’insécurité, à la présence grandissante du crime organisé, à la circulation de drogues de plus en plus dangereuses, au manque de ressources en santé mentale et en services sociaux, à la crise du logement, à l’itinérance ainsi qu’aux violences vécues par les femmes, les enfants et les familles [qui] fragilisent le tissu social ».
À une semaine du scrutin, le chef de l’Assemblée des Premières Nations Québec-Labrador, Francis Verrault-Paul, estime qu’il n’est pas trop tard pour que les partis mettent la « première pierre d’une nouvelle relation » avec les autochtones.
« Un des thèmes forts de la campagne, c’est le changement. J’y adhère totalement parce qu’on ne veut pas le statu quo des huit dernières années, a-t-il indiqué. On ne veut pas rejouer dans ce même film-là [qui a fait en sorte] que nos droits ont en été profondément bousculés par la réforme du régime forestier ou par le projet de constitution. »
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