Vu d’Europe : le changement climatique décime la plus grande colonie de manchots du monde, en Antarctique

Sur l’île Zavodovski, dans l’archipel des îles Sandwich du Sud, se trouvait jusqu’ici la plus grande colonie de manchots de la planète. Mais depuis 14 ans, les effectifs d’oiseaux marins se sont effondrés. Selon une étude publiée le 7 octobre dernier dans la revue scientifique Current Biology, le changement climatique en est la principale cause : il perturbe les chaînes alimentaires et réduit la disponibilité du krill, la principale source de nourriture de ces oiseaux.
Grâce à des images prises par des drones et des satellites, les chercheurs du British Antarctic Survey (BAS) ont pu mesurer l’ampleur du déclin. Le nombre de couples reproducteurs sur l’île est passé d’environ 1,09 million en janvier 2011 à quelque 402.000 en 2025, soit une baisse de 63%, ou plus de 680.000 individus. "C’est une disparition très rapide", souligne auprès de l’AFP Norman Ratcliffe, principal auteur de l’étude et chercheur au BAS.
Ces résultats font craindre que le déclin ne s’étende à l’ensemble de l’archipel des îles Sandwich du Sud, qui abrite environ 38% de la population mondiale de manchots à jugulaire. Face à cette chute, les chercheurs estiment que l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) devrait réévaluer le statut de conservation de l’espèce, actuellement classée en "préoccupation mineure", et envisager de la faire passer dans la catégorie "en danger".
Raréfaction des ressources alimentaires
Les scientifiques relient l’effondrement de la colonie à la raréfaction du krill, de petits crustacés semblables à des crevettes qui constituent l’alimentation principale des manchots à jugulaire. Le réchauffement des eaux océaniques ferait migrer ces organismes vers le sud, en quête d’eaux plus froides, ce qui compliquerait l’accès des manchots à leurs proies. "Nous pensons que le changement climatique, agissant à travers les réseaux trophiques – les chaînes alimentaires interconnectées dans un écosystème – est probablement le principal facteur", explique Norman Ratcliffe.
Selon l’étude, la population de manchots à jugulaire de l’île a diminué d’environ 7% par an. Un phénomène d’autant plus préoccupant que des travaux menés en 2011 avaient considéré les populations de cette espèce comme stables dans l’ensemble des îles de l’archipel.
Les chercheurs jugent donc que ces nouvelles observations remettent en cause l’évaluation de 2011. Ils soulignent la nécessité de suivre l’évolution des colonies pour déterminer si la tendance se reproduit dans d’autres zones de l’archipel.
L’activité volcanique n’explique pas le déclin de l’espèce
L’île Zavodovski abrite le Mont Curry, un volcan entré en éruption en 2016 et dont on redoutait alors les effets sur la colonie. L’étude exclut pourtant l’hypothèse d’une cause volcanique. Selon les chercheurs, le nuage de cendres a été poussé vers le nord-est, au-dessus d’une zone de l’île que les manchots n’occupaient pas. Par ailleurs, la surface occupée par la colonie diminuait déjà avant l’éruption et a continué de reculer au même rythme après.
"Nous ne pensons pas que le volcan soit en cause, ni qu’il soit le facteur principal du déclin, car nous avons observé une diminution linéaire du nombre de manchots à jugulaire", assure Norman Ratcliffe.
Un autre élément va dans ce sens : tandis que la population de manchots à jugulaire déclinait, celle des gorfous dorés (ou à crête jaune) augmentait, passant d’environ 338 000 individus en 2011 à environ 433 000 en 2025. Les chercheurs y voient, au moins en partie, l’effet d’une alimentation plus variée : les gorfous dorés consomment un éventail de proies plus large, ce qui les rendrait moins vulnérables aux variations de disponibilité du krill.
Un déclin sans précédent
L’évolution des deux espèces a transformé la composition de la faune de Zavodovski. Les gorfous dorés y sont désormais plus nombreux que les manchots à jugulaire et, ensemble, et les deux espèces réunies totalisent environ 835 000 individus sur l’île. Selon l’étude, il s’agit du changement le plus marqué dans la composition d’une communauté de manchots jamais observé sur un seul site de l’Antarctique.
Le titre de plus grande colonie de manchots au monde revient donc désormais au cap Adare, de l’autre côté du continent, où plus d’un million de manchots Adélie ont été recensés en 2018.
Un article écrit par RTVE. es (RTVE – groupe audiovisuel public espagnol), initialement publié le 9 octobre 2026 à 08 : 56 CEST.
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