Le conflit israélo-palestinien et la solution à deux États : "À quoi ça sert de répéter ce refrain si on ne propose pas une autre façon d’y parvenir ?"

Robert Malley invite à dépasser le dogme de la solution à deux États, à réfléchir à d’autres acteurs autour de la table et propose une autre piste : il encourage à partir véritablement d’une page blanche, à remonter au-delà de la création de l’État d’Israël et à ne plus rester focalisés sur la date de 1967, une date arbitraire sur laquelle reposait le dogme du processus d’Oslo.
L’idée était de régler le problème né en 1967 avec l’occupation israélienne de la Cisjordanie et de Gaza, en rendant ces territoires aux Palestiniens. "En tant que négociateur, c’était la date qui nous semblait la plus pratique, la plus convenable", explique aujourd’hui l’invité de Julie Morelle et Pascal Claude, "mais ce conflit remonte à bien plus longtemps. Le conflit entre Israéliens et Palestiniens n’est pas né en 67. Sinon, pourquoi est-ce que les Palestiniens se seraient battus entre 1948, date de la création d’Israël, date de la Nakba, la catastrophe qu’ont vécu les Palestiniens avec l’expulsion, le départ de 700.000 réfugiés palestiniens, la déposition de leurs terres".
Et puis il faut aussi prendre en considération "le parcours du peuple juif, ce qu’il a vécu, qui explique ses peurs, ses craintes", nous dit Robert Malley. On aurait mal diagnostiqué le problème et c’est une des raisons pour lesquelles le processus de paix a échoué : "le problème entre Israéliens et Palestiniens, c’est un problème de deux nations qui font face à une lutte existentielle avec toute une histoire, des émotions, une psychologie" :
- Du côté palestinien : un "désir de retour", difficilement compatible avec la reconnaissance d’un État juif.
- Du côté des Israéliens juifs : "il y a toute cette histoire d’oppression, de persécution, de peur, et cette volonté d’avoir un contrôle absolu de leur sécurité, qui s’accommode très mal de l’existence d’un intérêt palestinien véritablement souverain".
La solution proposée dans les années 90 était trop étroite, ou le problème trop vaste pour tenir dans l’étroitesse d’une solution à deux États, qui ne répondait pas à toutes ces craintes, toutes ces frayeurs, tous ces espoirs de part et d’autre, nous explique le conseiller.
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