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Wednesday, September 23, 2026

Prix de l’énergie : le choc énergétique revient, mais pas l’argent... la Belgique peut-elle rejouer le scénario de 2022 ?

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Face à la remontée des prix de l’énergie, le débat sur les aides aux ménages et aux entreprises ressurgit. Faut-il réduire les taxes, soutenir les secteurs les plus exposés ou laisser jouer les mécanismes du marché ? Pour l’économiste Bertrand Candelon, professeur à l’UCLouvain, une partie de la réponse se trouve dans les mesures déjà prises lors de la crise énergétique de 2022. Mais, prévient-il, la Belgique ne dispose plus aujourd’hui des mêmes marges de manœuvre budgétaires.

"J’ai l’impression de voir le film 'Le jour de la marmotte' : on se retrouve, à chaque crise, à répéter les mêmes problèmes et les mêmes solutions", résume-t-il. Une manière de souligner le caractère récurrent des crises énergétiques et des réponses publiques qui les accompagnent.

Malheureusement, maintenant, on a moins de marge budgétaire

En 2022, au plus fort de la crise énergétique après le déclenchement de la guerre en Ukraine, le gouvernement fédéral, dirigé par Alexander De Croo, avait multiplié les mesures pour amortir le choc : baisse temporaire de la TVA sur l’énergie, réduction des accises sur les carburants, aides aux ménages et dispositifs de soutien aux entreprises. Au niveau européen, des mécanismes exceptionnels avaient également été mis en place, notamment une contribution temporaire sur les bénéfices excédentaires de certains acteurs du secteur énergétique.

Mais trois ans plus tard, le contexte budgétaire belge a changé. "Malheureusement, maintenant, on a moins de marge budgétaire", estime Bertrand Candelon. Une nouvelle baisse des taxes ou une nouvelle aide directe doit donc être financée quelque part.

Pour comprendre le débat, il faut d’abord regarder ce que paie réellement le consommateur lorsqu’il fait le plein. Le prix du carburant ne dépend pas uniquement du cours du pétrole brut.

Il comprend également les coûts de raffinage, les marges des différents acteurs et la fiscalité. "Sur les 2,50 euros de diesel qu’on paye à la pompe, il y a la moitié qui vient du produit et des marges, et la moitié des taxes", explique l’économiste. Si la fiscalité constitue donc un levier directement accessible aux pouvoirs publics, réduire les accises ou la TVA permettrait de diminuer le prix payé par le consommateur, cela signifie également moins de recettes pour l’État.

C’est là que se trouve, selon Bertrand Candelon, une partie du problème belge :"Si on baisse les taxes pour augmenter les impôts, on reprend d’une main ce qu’on donne de l’autre."

Quand on va à la pompe, on paye une partie du déficit public

Le contexte budgétaire actuel, où le gouvernement cherche au minimum 10 milliards d’euros, ne permettrait pas, selon le spécialiste, des mesures telles que celles prises par d’autres pays européens. En Espagne, où le gouvernement de Pédro Sanchez avait baissé le niveau de taxe à la pompe de 21 à 10%, les consommateurs ont profité d’une diminution d’environ 29 centimes par litre pour l’essence 95 et 23 centimes pour le diesel. Mêmes mesures en Italie, en Allemagne et au Portugal.

Mais la question n’est donc pas seulement de savoir comment faire baisser la facture à la pompe, mais aussi de savoir comment financer cette baisse. "En Belgique, on paie plus cher que dans d’autres pays européens. Pourquoi ? Parce qu’on doit renflouer les caisses de l’État", analyse le chercheur. "Les gens peut-être ne le perçoivent pas mais quand on va à la pompe, on paye une partie du déficit public. On doit trouver 10 milliards. Si on fait la même chose qu’en Italie, ça sera 15 milliards à trouver. On le payera d’une autre façon."

Mais comment l’Italie, l’Espagne, l’Allemagne ont réussi à appliquer ces mesures ? "Parce qu’ils ont un déficit public annuel qui est en deçà des 3%. Donc, ils ont des marges pour aider. Clairement, c’est ce qu’on a eu en 2022, quand il y a eu la crise énergétique, il y a eu des marges pour aider, pour limiter la TVA, pour empêcher la TVA de 21 à 6, pour aider. Là, on est dans une situation où il n’y a plus de marge, il n’y a plus d’espace fiscal, il n’y a plus d’argent."

Au-delà de la fiscalité, l’économiste met en avant une autre faiblesse : le rapport de force entre un petit État comme la Belgique et les grandes multinationales du secteur énergétique. "Ce sont des rapports de force entre entreprises multinationales et États", explique-t-il. Pour Candelon, le problème est particulièrement important lorsqu’un pays négocie seul avec un groupe mondial : "Un pays petit comme la Belgique ou Luxembourg, les marges de négociation, c’est presque zéro", estime-t-il.

La réponse pourrait dès lors, selon lui, davantage se situer au niveau européen. Plutôt que de voir chaque État négocier séparément avec les grands groupes énergétiques, une approche commune permettrait de disposer d’un poids plus important. "Il faudrait peut-être une politique européenne plus active pour négocier face à ces multinationales qui ont des surfaces énormes", avance-t-il.

Cette question renvoie directement à celle de la coordination européenne. En 2022, l’Union européenne avait déjà adopté plusieurs mesures communes pour répondre à la crise énergétique, dont une contribution temporaire de solidarité sur les bénéfices excédentaires des secteurs du pétrole, du gaz, du charbon et du raffinage.

Il faut sortir de l’urgence

Pour Bertrand Candelon, la répétition des crises pose surtout la question de la dépendance énergétique européenne. À court terme, certaines mesures peuvent réduire la consommation : il cite notamment le télétravail, qui permettrait de limiter certains déplacements, ou des dispositifs destinés à lisser les charges des entreprises fortement dépendantes de l’énergie. Mais ces réponses ne peuvent, selon lui, constituer une stratégie permanente.

"Un moment ou un autre, il faut qu’on arrête cette dépendance aux énergies fossiles ", estime-t-il.

L’enjeu est donc de passer progressivement de mesures conjoncturelles, destinées à répondre à une flambée des prix, à des mesures structurelles visant à réduire la vulnérabilité de l’économie européenne. "Il faut mettre tout en place pour que ça ne se reproduise pas. On ne peut pas avoir 2022, 2025, 2026 peut-être 2029, et avoir toujours les mêmes questions. Je comprends à un moment la population ne va plus supporter parce qu’on ne va pas rejouer le même film tous les 3 ans. À un moment il faut prendre des solutions structurelles."

Car le prochain choc énergétique est, par définition, difficile à prévoir. "Le prix du pétrole, on dit en statistique, c’est une marche aléatoire. Donc c’est quasiment impossible de prévoir", rappelle Bertrand Candelon.

Et c’est peut-être là que se trouve la principale leçon de 2022 : la question n’est plus seulement de savoir quelles aides mettre en place lorsque les prix flambent, mais comment faire en sorte que la prochaine crise énergétique expose moins les ménages, les entreprises et les finances publiques.

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