"Mon cœur est rock" : Grégoire Gerstmans, le piano jusque dans la peau

À l’écouter effleurer les touches de son piano, on pourrait lui prêter un parcours voué à la musique classique. Pourtant, ce sont bien ses premiers amours pour la batterie, la guitare et le rock qui l’emmèneront sur les routes des États-Unis en quête de blues.
"Je suis né en 1985, je fais partie des nouveaux compositeurs. Donc si je fais de la musique classique, j’estime que c’est de la Nouvelle Musique Classique". Aujourd’hui, c’est bien comme un artiste néoclassique que Grégoire se décrit.
"Maintenant, vraiment, mon inspiration, c’est le rock […] Mon cœur est rock", conclut-il, sourire aux lèvres. Car sous la douceur des notes, c’est cette passion-là qui rugit.
Chez cet artiste également passé par la peinture et passionné de photographie, la musique appartient à un univers bien plus vaste, fait d’images, de souvenirs et de sensations. Grégoire Gerstmans prend le temps de chercher et accepte de ne pas tout pouvoir résoudre.
Le blues, une histoire de sincérité
My Babe de Little Walter résonne entre les murs de sa voiture et le paysage du Missouri défile de tous les côtés. À l’époque, lors d’un de ses multiples voyages aux États-Unis, Grégoire Gerstmans part découvrir toutes les choses que tend à nous offrir le blues. Son programme tient en quelques mots : "je veux comprendre, voir, sentir, jouer, composer". De quoi nourrir sa soif de mélomane.
Mais l’artiste comprend rapidement que ce voyage lui fait aussi prendre la mesure de la distance qui sépare l’histoire douloureuse du genre – exutoire cathartique des esclaves dans les États-Unis du 19e siècle -, avec son propre vécu. Le blues a son histoire, et Grégoire lui rend hommage en la laissant vivre.
"J’aime bien être sincère dans ce que je fais. Et ma recherche, c’est comme la fin d’un bouquin. J’avais besoin d’ouvrir autre chose", souligne-t-il.
La musique pour les siens
Chez Grégoire Gerstmans, ses proches l’inspirent. Autant que les conversations d’ailleurs. L’un de ses premiers titres, 1957, rend hommage à son père, joueur d'alto ayant travaillé avec des pointures de la musique comme Alain Bashung, Dominique A ou encore William Sheller. Son épouse l’accompagne elle aussi dans la création, notamment dans les moments de doute. Pour la décrire, deux mots sortent du lot dans la bouche de l’artiste : "le pilier."
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Accepter que tout ne soit pas parfait
Avec Hypnagogie, son premier album, le compositeur explorait ce passage entre la veille et le sommeil, lorsque conscient et inconscient se rencontrent. Son nouvel album déplace cette attention vers le temps et le moment présent. Ce moment où il faut "accepter que les choses ne soient pas toujours finies, pas parfaites. […] J’accepte réellement dans ce processus de ne pas atteindre la perfection", dit-il.
Du blues au bleu Klein
Une sensibilité que l’on retrouve dans l’imagerie qui accompagne l’artiste. Formé à la peinture à Saint-Luc, fasciné par l’autoportrait, Grégoire Gerstmans a choisi d’en explorer le sien pour mettre en image ce nouvel album. Un autoportrait qui joue avec le flou. "Et comme je rends hommage au trouble, rien de mieux que de l’explorer comme ça", conclut-il.
Son coup de cœur culturel, tradition du vendredi soir oblige, nous ramène, lui aussi, à la peinture. Et pas des moindres : le monochrome bleu d’Yves Klein, découvert au musée Ludwig à Cologne une vingtaine d’années auparavant. Le coup de foudre était total.
De quoi rivaliser avec François De Brigode qui, lui aussi, vous partage ses coups de cœur culturels de la semaine. Au menu ? Trois escales culturelles entre art, suspense et enchantement.
Rendez-vous la semaine prochaine pour la suite, ou retrouvez-nous sur La Une et en streaming sur RTBF Auvio.
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