ESPNSources: Rams' Garrett faces 6-week recovery, may be out until NovemberPunchNDDC urges Niger Delta communities to protect public infrastructureThe Jerusalem PostInside the Palestinian university that turned the Sbarro massacre into an exhibit - analysisRTP DesportoRonaldo pode começar no banco frente à NoruegaESPN DeportesRanking de las mejores jugadorasInquirerPNP sees more time to prepare after deferment of barangay, SK pollsBollywood HungamaEXCLUSIVE: Yami Gautam Dhar’s Nayyi Navelli trailer to be unveiled on September 30; makers plan special welcome with 250 dholsDaily MaverickDOWN TO EARTH: Eleven-man Wallabies resist Springboks’ rearguard to secure famous Perth winIl Fatto Quotidiano“Voglio dedicare più tempo a me e ai miei figli dopo un anno, come tu sai, personalmente un po’ complicato”: il maestro Stefano Magnanensi lascia Domenica In e Mara VenierRTL BoulevardPremier Jetten van podium gehaald na verstoren D66-toespraakABC NewsUK police arrest 5 men under terrorism, explosives acts close to US air baseEgypt IndependentDeluge begins in Hawaii as Hurricane Nolo continues to strengthen
The Daily Newsstand · Free, Always
Sunday, September 27, 2026

Laïcité de l’État | Blé d’Inde, hijab, colère

Translate

On ne s’attend pas à ce qu’une banale invitation à une épluchette de blé d’Inde à l’école provoque une réaction de colère. On ne s’attend pas non plus à ce qu’elle porte à réfléchir à la société que l’on contribue à créer à travers nos choix politiques. C’est pourtant ce qui est arrivé lorsque Joanne Codère a pris connaissance d’un courriel l’invitant à la fête de la rentrée scolaire de son enfant.

Publié à

« Toute la communauté est invitée à participer à l’épluchette, y lit-on. Les personnes désirant contribuer comme bénévoles devront toutefois se conformer aux dispositions de la Loi sur la laïcité de l’État. »

Traduction libre lorsqu’on vit dans un quartier de Montréal où on compte de nombreuses familles originaires du Maghreb : tout le monde est invité, sauf les mères bénévoles portant un hijab.

Joanne sait bien sûr que son école est tenue d’appliquer la loi 94. Adoptée dans la foulée du scandale de l’école Bedford, cette loi ne se contente pas d’élargir l’interdiction de porter un signe religieux aux membres du personnel scolaire. Elle s’étend aussi aux parents bénévoles. Ce qui, comme je l’ai déjà noté, loin de renforcer la laïcité, renforce surtout des préjugés⁠1.

Savoir que cette loi existe, c’est une chose. Réaliser l’impact dommageable qu’elle a sur le tissu social d’une école, c’en est une autre.

Tout d’un coup, devant une invitation qui exclut certains parents, cela n’a plus rien d’abstrait. En vertu de la loi, il y a deux catégories de mères. D’un côté, celles qui, comme Joanne, peuvent donner un coup de main à la fête de l’école habillées comme elles le veulent et passer de précieux moments auprès de leur enfant. De l’autre, les mères qui aimeraient faire exactement la même chose, mais qui, parce qu’elles portent un hijab, n’ont plus le droit de le faire.

« Une loi adoptée au nom de la laïcité produit, dans une école qui se donne pour mission de favoriser l’inclusion, des situations d’exclusion bien réelles », observe Joanne dans une lettre poignante que vous pouvez lire dans la section Dialogue2.

Est-ce vraiment ce genre de société que l’on veut construire ?

En exposant son « blé d’Inde de la colère » sur Facebook la semaine dernière, Joanne a été surprise par la déferlante de réactions. « J’ai vraiment exprimé ma colère en ne m’attendant pas à ce qu’elle circule autant. Mais manifestement, le message a interpellé de nombreuses personnes. »

Même son père, dont elle n’a pas toujours partagé les opinions politiques, l’a félicitée pour sa prise de parole. Lui qui a connu l’époque où les prêtres en soutane imposaient leur religion à l’école, il était de ceux qui croyaient au départ que la Loi sur la laïcité de l’État était une bonne chose. Mais en réalisant l’impact réel de cette loi, il a changé d’avis.

Dans une école primaire de Gatineau, il n’y a pas eu de blé d’Inde de la colère pour la rentrée, mais plutôt de la colère sans blé d’Inde, gracieuseté de la loi 94. La traditionnelle épluchette de maïs qui a lieu chaque année à la mi-septembre a carrément dû être annulée.

Pourquoi ? Parce que Hiba*, mère bénévole à l’école depuis près de 13 ans, qui avait reçu la formation nécessaire pour organiser et coordonner l’activité, porte un hijab.

En vertu de la nouvelle loi, elle avait le droit d’organiser l’épluchette. Mais elle n’avait pas le droit de servir les élèves, à moins d’enlever son hijab.

PHOTO FOURNIE PAR ELODIE MANTHA

Elodie Mantha et sa fille Eléanor

« Quand j’ai appris ça, j’étais choquée et estomaquée », raconte Elodie Mantha, parent d’une élève de 5e année de la même école. Les autres parents à qui elle a annoncé la nouvelle, tout autant.

« La réaction la plus commune a été : tu me niaises ? »

Ce n’était malheureusement pas une blague.

À contrecœur, Hiba, insultée, s’est désistée. « Moi, je fais ça par amour des enfants. Je le fais pour mon fils. Alors, préparer, organiser et ne pas interagir avec les élèves, je n’imagine pas… », me dit-elle.

Ce qui la peine le plus dans toute cette histoire ? L’impact sur les élèves qui n’ont rien demandé et qui se voient privés de leurs parents bénévoles dans un contexte de pénurie de ressources. « Ce sont nos écoles et nos enfants qui ont besoin de soutien », rappelle-t-elle.

Dans ce cas-ci, une activité de remplacement a finalement été organisée. Mais rien ne remplace la présence de parents souhaitant participer à la vie scolaire de leurs enfants.

Que doit dire Hiba à son fils de 9 ans qui se demande pourquoi sa maman, si appréciée par ses camarades lors des activités scolaires, n’a soudainement plus le droit d’y participer ? « Je n’ai pas de réponse pour lui. »

À ceux qui lui demandent pourquoi elle n’enlève pas son hijab le temps d’une activité bénévole, Hiba répond que c’est pour elle une question de liberté. « Des gens pensent que c’est une soumission au mari ou au père. Non, ça n’a rien à voir ! Je suis monoparentale et je portais le hijab avant même de me marier. Et quand mon père est décédé, j’étais encore une gamine de 8 ans. Personne ne m’a forcée à le porter. Et personne ne peut m’imposer de l’enlever. »

Elle trouve paradoxal le discours de ceux qui tout en restreignant sa liberté de choix prétendent du même coup vouloir défendre la liberté des femmes. Depuis quand libère-t-on des femmes en leur demandant d’obéir à des ordres ?

Elodie abonde dans le même sens et s’inquiète de l’effet de la loi sur les familles directement touchées. Comme Hiba, elle est favorable à la laïcité à l’école. « Mais je suis contre la discrimination et l’exclusion sociale, parce que c’est vraiment ce que l’on voit sur le terrain. Selon moi, la laïcité, c’est dans le contenu de ce qu’on enseigne, dans les valeurs éducatives des écoles et non dans l’habillement d’une bénévole ou d’une enseignante. »

Pour les directions scolaires qui ont l’odieux d’appliquer la loi 94, la situation est intenable sur le plan humain.

Comment annoncer à des parents bénévoles appréciés que l’on ne peut plus accepter leur aide ? Quel message leur envoie-t-on ? Quel message cela envoie-t-il à leurs enfants ?

« Ça nous écœure. On a honte », me confiait la directrice d’une école primaire de la grande région montréalaise. Car cela va fondamentalement à l’encontre des valeurs d’inclusion de la société québécoise.

Comment accepter que l’école québécoise inclusive devienne un lieu d’exclusion ?

Étonnamment, en pleine campagne électorale, cet enjeu qui suscite de vives inquiétudes est passé sous silence.

À la veille des élections, Joanne espère que son cri du cœur nourrira la réflexion et servira surtout à ramener un peu d’amour, d’inclusion et de bon sens dans un monde qui en a bien besoin.

Je l’espère aussi.

*Nom d’emprunt. La mère ne souhaite pas être nommée par souci de ne pas diriger l’attention sur elle plutôt que sur la réalité de l’école et des enfants.

1. Lisez la chronique « La loi qui renforce l’absurdité » 2. Lisez la lettre « Les blés d’Inde de la colère »

View the original on La Presse →

KioskNews shows a cleaned-up reading view extracted from the publisher’s page — the original always lives on their site, not ours.