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Sunday, September 27, 2026

En patrouille avec les gardiens de la nation wuikinuxv

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« Baleine à bosse ! » crie Josh Johnson. Un souffle jaillit ! Et encore ! Puis le cétacé plonge, exposant sa queue, et roule, donnant à voir ses nageoires. « Il nous offre tout un spectacle ! » dit le pilote de la grosse chaloupe, émerveillé.

Nous voguons sur le bassin de la Reine-Charlotte, en Colombie-Britannique. M. Johnson, un grand gaillard barbu, fait partie des « gardiens » de la nation wuikinuxv, une unité dont la mission est d’arpenter, d’étudier et de protéger le territoire traditionnel du peuple autochtone.

Pour lui, le labyrinthe d’îles, d’anses et de fjords qui perce la forêt pluviale est tout à découvrir. Il habite chez les siens, les Wuikinuxv (prononcer « wikèno », auparavant connus sous le nom d’Oweekeno), depuis seulement l’an dernier, après une vie passée en Alberta. Une « crise existentielle » l’en a chassé.

« À un moment donné, ça ne marchait plus… » confie-t-il à propos de sa vie familiale à Calgary. « Il fallait que je m’en aille, mais je n’avais nulle part où aller. Alors j’ai décidé de rentrer à la maison. »

Parmi la demi-douzaine de gardiens qui travaillent pour la nation wuikinuxv, M. Johnson apprend à connaître sa « maison » à la vitesse d’un balbuzard en vol piqué.

Ses tâches consistent à dénombrer les pêcheurs sportifs, à réaliser des pêches scientifiques, à inventorier les sites culturels, à nettoyer les décombres marins, etc.

Toutes les Premières Nations de la côte centrale de la Colombie-Britannique sont dotées de gardiens. Les fonds publics et philanthropiques issus de l’entente du Grand Ours, signée en 2006, soutiennent ces unités qui totalisent des dizaines de salariés.

Ces programmes donnent des yeux et des mains aux nations. En plus, ils offrent des emplois aux jeunes et aux nouveaux venus, comme M. Johnson. De ce fait, ils renforcent le lien millénaire — affaibli par la colonisation — entre les peuples et leur territoire.

Mission argon

Ce matin encore, les gardiens sautent dans leur bateau. La brume règne sur la vallée de Rivers Inlet. Les vigiles ont une mission spéciale : aller chercher une bonbonne d’argon, nécessaire à un soudeur qui est de passage au village pour réparer l’une de leurs embarcations.

Bo O’wadi, la coordonnatrice des gardiens wuikinuxv, est de l’équipage. Cela fait six ans que la jeune femme souriante, au front auréolé de points tatoués, travaille au sein de l’unité des gardiens.

Adolescente, Mme O’wadi n’aurait jamais imaginé vivre dans cette communauté autochtone isolée. Sa mère « est d’ascendance blanche coloniale », explique-t-elle, tandis que son père est autochtone. Enfant, Bo vivait avec sa mère à Nanaimo et se passionnait pour la danse. « La danse, c’était toute ma vie », raconte-t-elle.

En douzième année (17-18 ans), des douleurs terribles l’envahissent : elle est atteinte d’arthrite. La danse professionnelle, tout à coup, devient une trajectoire de vie impossible. Elle s’inscrit à l’université, mais l’enthousiasme manque. Et le prix exorbitant des loyers à Vancouver la convainc de déménager au village wuikinuxv, où vit son père.

Aujourd’hui, elle est comme un saumon dans l’eau. Sa vie est ancrée au village wuikinuxv, où habitent moins d’une centaine de personnes. Elle est là pour de bon.

Après une heure à naviguer sur le fjord, nous arrivons au minuscule pavillon de pêche de Sunshine Bay. Une maison en bardeaux de cèdre flotte sur une plateforme acculée au rivage abrupt. Un couple tient l’endroit depuis 22 ans. Mme O’wadi discute amicalement avec ses voisins, puis emprunte la bonbonne d’argon. Mission accomplie.

Cet établissement modeste s’attire le respect de la nation. Mais il faut dire que les relations entre les nations côtières et les pêcheurs sportifs, qui rêvent de glorieux saumons chinooks de 50 kilogrammes, ne sont pas toujours au beau fixe.

« Les sporties [pêcheurs sportifs] ne pêchent pas pour manger : ils veulent attraper un gros poisson et prendre une photo », affirme Bo O’wadi.

Dans Rivers Inlet, les luxueuses chaloupes de pêche au saumon abondent. Cumulativement, leurs prises se comparent à celles d’une exploitation commerciale, disent les Wuikinuxv, qui aimeraient interdire la pêche sportive dans la partie supérieure du bras de mer.

Durant une sortie où nous les accompagnons, les gardiens aperçoivent une rutilante chaloupe de pêche et s’en approchent. Depuis quelques jours, les saumons cabriolent dans le fjord.

« Bonjour, dit Adam Nelson, l’un des gardiens. Vous avez eu de la chance aujourd’hui ? » « Juste un poisson », répond l’un des deux pêcheurs. « Nous sommes les gardiens de la nation qui habite ici », poursuit M. Nelson. « Oui, nous savons qui vous êtes… » répond le pêcheur, l’air agacé, avant d’enfiler quelques explications.

Les gardiens wuikinuxv n’ont pas le pouvoir de remettre des constats d’infraction. Mais cela pourrait changer. Depuis 2023, leurs collègues des nations Nuxalk et Kitasoo Xai’xais, au nord, bénéficient de ce pouvoir dans les aires protégées de leur territoire en vertu d’une entente avec Parcs Canada.

Deux minutes plus tard, la conversation se répète avec un autre duo de pêcheurs sportifs. Les gardiens prennent des notes sur une tablette électronique. « Bienvenue sur le territoire », conclut M. Nelson.

Fenêtre sur les traditions

Pour Josh Johnson, qui raconte la reconquête de son identité autochtone dans des capsules sur YouTube, les apprentissages ne cessent jamais au sein de l’unité des gardiens.

Dans l’une de ses capsules, on le voit arracher une longue bande d’écorce de thuya géant — une pratique traditionnelle des peuples côtiers permettant de récolter la précieuse fibre, qui sert à fabriquer des filets ou des paniers, sans pour autant tuer l’arbre. En forêt, certains thuyas portent d’ailleurs une cicatrice centenaire qui témoigne d’une telle ponction.

Le territoire a beau paraître sauvage, d’innombrables traces témoignent d’une longue occupation humaine.

Pour preuve, alors qu’une patrouille des gardiens sur Rivers Inlet tire à sa fin, Bo O’wadi propose d’aller jeter un coup d’œil à un vieux pictogramme.

Un court trajet de bateau nous mène jusqu’à une paroi rocheuse, au ras de l’eau, où sont dessinés un personnage qui lève les mains et un aigle dont se profile le long bec. L’image est tracée avec une substance rouge.

« On ne sait pas ça date de quelle époque. Ça n’a jamais été daté ni analysé… » rapporte M. Johnson, admiratif, en imaginant ses ancêtres qui, comme lui, ratissaient ce territoire jusqu’à sa plus petite baie.

Ce reportage a été rendu possible par une bourse de la Fondation Sitka et du Centre canadien science et médias.

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