Midterms aux États-Unis: la relation avec Israël n'a «jamais autant pesé» sur un scrutin

Dans la campagne pour les élections législatives de mi-mandat, qui se tiendront le 3 novembre aux États-Unis, la question des relations entre Washington et Israël divise à la fois au sein du parti démocrate et au sein du parti républicain. Un scrutin en particulier l'illustre : la course au Sénat dans le Michigan, où Abdul El-Sayed, issu de l'aile gauche du parti démocrate, pourrait devenir le premier sénateur musulman des Etats-Unis.
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Large épaules, t-shirt noir et visage carré, Abdul El-Sayed, 41 ans, est devenu l'un des candidats les plus en vue de la campagne pour les élections de mi-mandat cette année. L'un de ses principaux sujets de campagne, le pouvoir d'achat - principale préoccupation des Américains - et l'accès à la santé : il défend une couverture de base pour tous.
Epidémiologiste et spécialiste en santé publique avant de se lancer en politique, ce fils d'exilés égyptiens fait partie de l'aile gauche du parti démocrate. Il n'est pas membre des Socialistes démocrates d'Amérique (DSA), mais il est soutenu par des figures centrales de ce mouvement, comme le maire de New York, Zohran Mamdani, ou encore l'élue à la Chambre des représentants Alexandria Ocasio-Cortez.
Début août, il a remporté sur le fil la primaire démocrate face à une candidate modérée, Haley Stevens, soutenue par l'establishment du parti. L'une des questions que pose sa candidature, c'est de savoir si un quelqu'un issu de l'aile gauche du parti démocrate peut gagner dans un état pivot, un état qui n'est pas acquis aux démocrates.
Opposé aux exportations d'armes vers Israël
Le 24 octobre, Barack Obama himself va venir faire campagne avec lui. Mais sa candidature ne fait pas l'unanimité. Certains démocrates refusent de le soutenir. Le cas d'Abdul El-Sayed illustre les divisions du parti sur un sujet devenu de plus en plus clivant depuis le 7 octobre 2023 : la relation entre les Etats-Unis et Israël.
Sans en faire son principal sujet de campagne, Abdul El-Sayed a dénoncé dès 2023 un génocide en cours à Gaza. Il critique le soutien de Washington aux autorités israéliennes, notamment les exportations d'armes vers Israël. « Notre argent ne devrait pas servir à infliger les pires souffrances dans des endroits comme Gaza. Il devrait être dépensé ici », répète le candidat lors de meetings à travers le Michigan, état frontalier du Canada, affecté par la guerre commerciale lancée par Donald Trump et la désindustrialisation.
Accusations d'antisémitisme
Lors d'un débat télévisé organisé le 8 octobre, son adversaire républicain Mike Rogers l'a accusé de toucher « de l'argent de gens qui soutiennent ouvertement le Hamas, le Hezbollah et al-Qaïda». Une affirmation qu'il n'a pas étayée. Mike Rogers accuse aussi Abdul El-Sayed de « propager l'antisémitisme ». Donald Trump, lui, assène que le candidat démocrate « déteste les juifs ».
Y compris au sein de son propre parti, certains reprochent à Abdul El-Sayed sa réaction après un attentat en mars contre une synagogue de l'agglomération de Detroit, dans le Michigan. « Les personnes blessées en blessent d'autres », avait réagi le candidat, plusieurs mois avant la primaire. Quatre membres de la famille de l'assaillant, d'origine libanaise, avaient été tués dans une frappe israélienne dans le sud du Liban quelques jours avant son passage à l'acte. Abdul El Sayed a finalement présenté des excuses fin août.
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Trente millions de dollars pour tenter d'empêcher son élection
L'élection dans le Michigan est suivie de près par les soutiens d'Israël aux États-Unis. Le principal groupe de pression pro-israélien aux États-Unis, l'AIPAC, a dépensé plus de 30 millions de dollars, pour tenter d'éviter la victoire d'Abdul El-Sayed à la primaire démocrate. Du jamais vu de la part de ce groupe pour un seul scrutin. « L’AIPAC a décidé de battre tous les records de dépenses contre nous, a assuré Abdul El-Sayed en meeting. Vous vous êtes demandé ce qu’on pourrait faire avec tout cet argent ? [...] Eux, ils ont décidé de le gaspiller dans des spots de campagne contre moi, encore et encore. »
Un sujet qui divise, y compris chez les républicains
Même son adversaire républicain, Mike Rogers, n'est pas très à l'aise avec le soutien de ce groupe pro-israélien. Il ne souhaite pas recevoir directement d'argent d'eux. Ce qui est nouveau et montre à quel point le sujet est devenu clivant, y compris chez les républicains. « Une aile du parti républicain est extrêmement mécontente », souligne Ian Lustick, Professeur émérite en sciences politiques à l'Université de Pennsylvanie.
« Les néo-isolationnistes dénoncent ce qu'ils appellent les « guerres sans fin » et se sont sentis trahis par la décision de Trump d'entrer en guerre contre l'Iran. Ils ont commencé à condamner très fermement le soutien états-unien à Israël. Cette aile reste minoritaire au sein du Parti républicain, mais c'est une minorité très importante », ajoute le chercheur, qui a publié cette année avec le journaliste d'investigation Eli Clifton le livre Israel's Lobby, America in the Grip of a Foreign Power (Atria/One Signal Publishers, Non traduit).
Au niveau national, il assure que ce sujet a pris une place inédite. « Les relations entre les États-Unis et Israël n'ont jamais été un sujet aussi important que lors de ces élections de mi-mandat », conclut-il.
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