Abattoir d'Ath : suite à la fermeture, une centaine d'éleveurs dans l'incertitude

Dans son exploitation familiale, Ludovic Lorfèvre, agriculteur et éleveur à Ormeignies (près de Ath) propose depuis quelques temps des colis de viande à la ferme. Notamment de viande de porc. Seulement voilà, parmi la cinquantaine de cochons qu'il possède, plusieurs devaient en principe partir à l'abattoir mais sont toujours dans leur enclos. "On va rentrer dans la deuxième semaine d'incertitude totale. Ça signifie quand même une certaine perte économique aussi. Car il faut les nourrir sans avoir de rentrées supplémentaires, forcément" se désole-t-il. Même si la vente de colis de viande en circuit court n'est pas seule activité commerciale, ce coup d'arrêt tombe très mal, juste au moment où la qualité de sa production venait d'être saluée dans plusieurs concours :"Au moment où on commence à avoir une certaine réussite, à se faire connaître, Voilà, ça nous tombe dessus. C'est un vrai coup de massue" nous confie-t-il.
En cause : la fermeture de l'abattoir d'Ath, fermé sur décision de justice depuis le début du mois de septembre. Une enquête a en effet été lancée par le parquet de Mons-Tournai à la suite de la diffusion de vidéos choc par l'association de défense du bien-être animal Gaia, en juin dernier. Les images disponibles faisant apparaître de possibles manquements au bien-être animal. Contacté, le parquet n'a pas fait de commentaire mais on sait que les devoirs d'enquête sont toujours en cours.
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Des investissements devenus non-rentables
En attendant, c'est cependant une bonne centaine d'éleveurs de la région qui se retrouvent donc sans solution de proximité. Dont certains qui, comme Ludovic Lorfèvre, avaient investis dans du matériel adéquat. "Ce sont tous des investissements qui ont été réalisés depuis quelques mois. Nous avons amélioré, rénové et ainsi de suite. Et aujourd'hui, tout est à l'arrêt" nous explique-t-il devant ses nouvelles remorques réfrigérées, acquises en vue de transporter sa production.
Avant le scandale, le site athois prenait en charge pas moins de 60% des abattages d'ovins en Wallonie. Depuis, de gros clients de l'abattoir se sont rabattus sur d'autres solutions d'abattage, que ce soit plus loin en Wallonie ou en Flandre et côté français, voir aux Pays-Bas. Mais au-delà de ça, ce sont surtout les plus petits éleveurs, ceux qui avaient parié sur le circuit court et des troupeaux non-standardisés, qui se retrouvent aujourd'hui laissés sur le carreau.
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Quand et comment rouvrir ?
Une situation qui vaut aussi pour une partie des coopérateurs de l'abattoir. Dans sa petite bergerie, Hubert Delrivière produit principalement des produits laitiers mais une partir de ses moutons est régulièrement valorisée en viande après être passée par le site athois. C'est d'ailleurs la raison pour laquelle il avait soutenu le projet de reprise de l'abattoir communal en une coopérative. Aujourd'hui, sans nier la nécessité de faire toute la lumière sur les éventuels incidents du passé, il craint surtout de voir l'outil complètement dévalorisé et plaide pour le rouvrir au plus vite, dans de bonnes conditions : "si c'est pour aller dans un abattoir à deux heures de route, ça veut dire qu'on ne fera plus du circuit court. La solution, elle est de maintenir les abattoirs tels qu'ils sont aujourd'hui, en les améliorant. Il faut maintenir des abattoirs de proximité. On en a déjà perdu beaucoup depuis vingt ans mais si on perd encore ceux-ci, on n'en aura plus" fait-il valoir à notre micro.
En ce qui concerne les allégations de maltraitance animale, la coopérative qui avait repris l'abattoir juste avant le scandale plaide en tout cas la bonne foi et dénonce des images parfois sorties de leur contexte. L'enquête est en cours et devra faire toute la lumière sur les éventuelles responsabilités des uns et des autres. À l'heure d'écrire ces lignes, nous n'avons reçu aucune inforamtion permettant de savoir combien de temps durera la fermeture de l'abattoir. Cette affaire aura en tout cas fait de nombreux dégâts dans la région athoise, où le monde de l'élevage espère surtout pouvoir repartir au plus vite sur de nouvelles bases.
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