Le Québec a octroyé très peu de puissance aux centres de données depuis février 2023
Malgré la pression extrêmement forte qu’exercent les promoteurs de centres de données, ceux-ci ont récolté moins de 1 % de la puissance électrique octroyée à de nouveaux consommateurs par le gouvernement du Québec en presque quatre ans.
Depuis le 15 février 2023, seuls 11 mégawatts (MW) ont été accordés pour brancher de nouveaux centres de données, a révélé Sarah Trabelsi, une représentante d’Hydro-Québec, lors d’une audience à la Régie de l’énergie, le 5 octobre. Une telle puissance électrique est presque négligeable à l’échelle de la province : elle correspond au rendement d’environ deux éoliennes modernes.
Les centres de données ont donc touché moins de 1 % des 1500 MW alloués depuis que les raccordements de 5 MW et plus doivent obtenir le feu vert du ministère de l’Économie, de l’Innovation de et l’Énergie (MEIE), en février 2023.
Au vu des informations publiques, le seul projet de centre de données ayant obtenu des mégawatts dans ce nouveau régime serait celui de Vantage Data Centers, pour l’agrandissement de ses installations à Pointe-Claire.
Les faibles allocations accordées ces dernières années aux centres de données contrastent vivement avec les demandes formulées par cette industrie, qui est en train d’inonder le gouvernement avec des sollicitations de raccordement. En effet, les requêtes en examen totalisent 2500 MW, apprenait-on lors des audiences à la Régie de l’énergie qui portent sur le doublement du tarif d’électricité des centres de données.
Avant février 2023, environ 840 MW avaient été octroyés à des centres de données au Québec. Microsoft, Amazon, QScale, OVHcloud et Keel (auparavant Bitfarms) en bénéficient, entre autres.
Depuis la fin 2025, l’État aimerait rouvrir le robinet à cette clientèle. « On a des centres de données qui sont prêts à payer la totale », expliquait l’automne dernier François Legault, qui était alors premier ministre du Québec. Le Québec manque toutefois de courant pour réaliser cette ambition : Hydro-Québec est devenue en 2025 un importateur net d’électricité, et ses contrats d’exportation aux États-Unis diminuent sa marge de manœuvre.
Et même si d’importants octrois de puissance ont été annulés ces dernières années (Northvolt, Lithion, Vale), le MEIE n’a pas redirigé les mégawatts libérés vers les centres de données. D’autres industries ont aussi soif d’énergie. Et il faut de l’électricité pour la décarbonation.
N’empêche que, tôt ou tard, des mégawatts supplémentaires seront accordés à des centres de données. En prévision de ces nouveaux branchements qui mettront de la pression sur son réseau, Hydro-Québec veut prémunir le reste de sa clientèle d’une hausse tarifaire. C’est pourquoi la société d’État propose de faire passer le tarif d’électricité pour les centres de données d’environ 7 cents le kilowattheure à 13 cents le kilowattheure. Les entreprises du secteur s’y opposent.
Promesses d’« exploitation responsable »
Des indices laissent cependant croire que certains promoteurs de centres de données seraient prêts à payer plus cher pour de l’électricité, tant qu’ils obtiennent un accès prioritaire et rapide.
À cet effet, des dizaines d’entreprises du secteur (Google, Microsoft, OpenAI, Anthropic…) viennent de signer, début septembre, les « principes du Canada pour une exploitation responsable des centres de données », qui stipulent entre autres que les centres de données « ne doivent pas refiler les coûts de l’électricité aux Canadiens ».
Pour Jean-Pierre Finet, qui est analyste au Regroupement des organismes environnementaux en énergie, cela signifie que les promoteurs des centres de données s’engagent à payer le prix marginal de la nouvelle électricité, soit environ 13 cents le kilowattheure au Québec. « Les gros joueurs, ils acceptent de payer plus cher, dans la mesure où ils ont la priorité », avance-t-il dans un entretien avec Le Devoir.
Dans son témoignage devant la Régie de l’énergie, Alexis Renaud-Bezot, un analyste de la firme Dunsky, a quant à lui affirmé : « Aujourd’hui, la course est à l’électricité disponible. Le coût passe un petit peu au second plan. »
Et, pour sa part, la représentante d’Hydro-Québec, Sarah Trabelsi, a souligné que la société d’État n’avait remarqué « aucun ralentissement » dans les demandes des exploitants de centres de données après qu’elle eut annoncé son intention de hausser leur tarif. « L’engouement est là, et il est là pour de bon », a-t-elle fait valoir aux régisseurs.
Parmi les projets de centres de données envisagés au Québec, le plus important est probablement celui de Google, qui planifie depuis 2021 la construction d’une installation sur une terre agricole que la firme a achetée à Beauharnois. Le géant américain veut obtenir 380 MW pour son projet, qui propulsera notamment des services d’intelligence artificielle.
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