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Friday, October 23, 2026

Sabotage, drones et violations de l’espace aérien : des menaces hybrides liées à la Russie analysées à travers toute l’Europe

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Au cours des dernières semaines et des derniers mois, les discussions autour de la guerre hybride menée par la Russie contre l’Europe se sont considérablement intensifiées. L’attention médiatique des médias européens a été dominée par des informations émanant de responsables de la sécurité et de l’armée, portant sur les derniers incidents en date, dont beaucoup demeurent inexpliqués ou entourés de mystère.

Les dirigeants européens ont pris conscience que de tels incidents se produisent désormais plus fréquemment. En septembre, le président français Emmanuel Macron a déclaré : "Personne n’est en sécurité", avant de convoquer une réunion sans précédent sur la guerre hybride de la Russie contre les alliés de l’Ukraine, en présence de candidats à la présidentielle de 2027 et de partis politiques à l’Élysée.

Dans un contexte de tensions géopolitiques croissantes, et en citant parfois directement les menaces hybrides, certains gouvernements européens ont diffusé des brochures sur la préparation aux situations d’urgence ou actualisé leurs campagnes de sensibilisation pour augmenter la résilience des foyers. "C’est une situation très grave", a déclaré Mikael Frisell, directeur général de l’Agence suédoise de la défense civile et de la résilience, aux journalistes de SVT. "La Russie a une stratégie visant à déstabiliser nos sociétés et à éroder le soutien occidental à l’Ukraine. Nous devons y répondre en prenant des mesures proactives et en nous préparant au pire."

La Dre Teija Tiilikainen, directrice du Centre européen d’excellence pour la lutte contre les menaces hybrides (Hybrid CoE), a déclaré à Eurovision News Spotlight que les volumes et les outils utilisés dans ces opérations sont en augmentation.

"De nouveaux États sont visés et de nouvelles technologies sont de plus en plus utilisées dans les opérations", a-t-elle précisé. "Dans le même temps, les outils plus anciens ne semblent pas disparaître pour autant. La guerre menée par la Russie contre l’Ukraine a clairement entraîné une multiplication des menaces, car la Russie utilise également cet instrument pour affaiblir le soutien occidental à l’Ukraine, en complément de ses efforts plus généraux pour fragiliser l’Occident et saper ses valeurs et son unité."

Les services de renseignement se sont également exprimés publiquement sur la tendance qu’ils observent sur le terrain. Le directeur général du MI5, le service de renseignement intérieur britannique, Ken McCallum, a déclaré le 13 octobre que la Russie intensifiait ses menaces hybrides contre les alliés de l’Ukraine, qualifiant Moscou de "principal agresseur".

De son côté, la Russie a nié à plusieurs reprises toute implication dans les dizaines d’incidents recensés à travers l’Europe et qualifiés d'"attaques hybrides". Elle affirme au contraire que "les capitales occidentales ont déclaré une véritable guerre hybride contre la Russie", selon les termes de Maria Zakharova, porte-parole du ministère des Affaires étrangères de la Russie, en mai 2026.

La Moldavie en offre un exemple frappant. Son ministre de la Défense, Anatolie Nosatîi, a déclaré fin septembre que le gouvernement avait enregistré 84 incursions de drones en 2026, accusant sans ambiguïté "la Russie de mettre en danger la vie de nos citoyens".

Face à la dimension de plus en plus physique que prennent ces opérations, une question fondamentale se pose : à quel moment un incident pourrait-il franchir un seuil et être qualifié d’agression militaire à part entière ?

Le Dr Tiilikainen a déclaré qu’il est difficile de définir un seuil clair, car cela dépendrait de la situation de sécurité générale. "Nous pourrions toutefois supposer que, dans le cas où une opération de menace hybride ou une attaque de guerre hybride entraînerait des pertes humaines, il y aurait une forte pression pour prendre des contre-mesures plus importantes", a-t-elle estimé.

Elle a ajouté que les membres de l’UE et de l’OTAN ne sont généralement pas disposés à définir où se situerait cette ligne rouge. " On considère que l’ambiguïté stratégique constitue un moyen efficace de dissuader les États hostiles", a-t-elle ajouté.

Malgré les récentes déclarations des dirigeants européens selon lesquelles les attaques hybrides russes sont en augmentation et s’intensifient, le secrétaire général de l’OTAN, Mark Rutte, a déclaré que l’alliance ne devrait pas surréagir.

"La Russie n’est pas dans une position favorable", a-t-il déclaré aux journalistes lors d’une conférence de presse à Tallinn le 14 octobre. "Ces attaques hybrides et tout ce que cela implique sont un signe de faiblesse. Ce qu’ils veulent, c’est que nous en parlions toute la journée, que nous soyons perturbés et que nous organisions des conférences de presse à ce sujet. Nous ne ferons pas ça. Nous réagirons là où nous devons réagir."

Cependant, le secrétaire général de l’OTAN a reconnu que la campagne hybride se poursuit, ajoutant : "Poutine tente d’affaiblir notre détermination et d’empêcher notre soutien à l’Ukraine." Interrogé par un journaliste au sujet de l’existence d’une base de données officielle des incidents hybrides en Europe, le service de presse de l’OTAN a répondu qu’ "il n’existe aucun document public ou non classifié que nous puissions vous communiquer à ce sujet".

L’escalade récente ne se manifeste pas uniquement dans les chiffres, mais aussi dans la nature même des incidents, souligne la Dre Tiilikainen. "Les opérations deviennent de plus en plus dynamiques et des formes même militaires sont utilisées. On peut dire que la zone grise entre la paix et la guerre – et la zone d’activités hostiles en dessous du seuil d’une attaque armée – s’élargit. De nouveaux outils sont testés, ainsi que la tolérance des pays euro-atlantiques, tout comme que leurs réactions et contre-mesures."

Cette enqueête est une collaboration de journalistes de France Télévisions, RTVE (Espagne), 3Cat (Espagne), NRK (Norvège), ORF (Autriche), Radio France, TVP Vot Tak (Pologne), ZDF (Allemagne), LRT (Lituanie), LSM (Lettonie), SRF (Suisse), VRT (Belgique), BR (Allemagne), SVT (Suède), France 24, Yle (Finlande), DR (Danemark), et EBU (Union européenne de radiodiffusion).

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