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Tuesday, November 3, 2026

Brûler les ponts est-il la meilleure façon de faire un pays?

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Sitôt élu comme nouveau premier ministre, Paul St-Pierre Plamondon (PSPP) a placé le Québec et la question de la souveraineté au cœur de ses discours et de ses décisions politiques. Dans son discours d’assermentation, il mentionnait l’équipe Lévesque de 1976 et promettait qu’il allait s’adresser aux Québécois en respectant leur intelligence. Il insistait sur le fait qu’il souhaitait leur redonner confiance en l’État et en sa capacité de répondre aux défis actuels. Il rappelait son désir de collaborer avec ses collègues chefs des autres partis et avec la société civile québécoise. Il plaidait pour un dialogue ouvert et civique et la capacité de coopérer par l’écoute de l’autre. La base d’une telle collaboration est, selon le nouveau premier ministre, le respect et la défense des intérêts du Québec.

Ce discours semble pourtant avoir été oublié seulement quelques jours après avoir été prononcé. Deux différends ont marqué les derniers jours. PSPP a choisi de ne pas participer à la rencontre du 26 octobre avec les autres premiers ministres des provinces et les représentants autochtones, et il a refusé de participer, puis a décidé d’envoyer un représentant (Pascal Paradis), au Sommet Canada-Union européenne des 29 et 30 octobre, qui se tenait à Montréal. La raison de ce refus : PSPP était invité à la table d’honneur, mais ne pouvait pas prendre la parole. Est-ce que la politique de la chaise vide est la plus porteuse ? Comment analyser la situation en regard du rôle du fédéral et de l’approche du Parti québécois ?

Un nouveau type de joueur sur la glace

Le retour du Parti québécois au pouvoir ramène à l’avant-plan la question nationale et celle de la relation Québec-Ottawa. Néanmoins, le désir de défendre les intérêts et la voix du Québec dans les pourparlers avec le reste du pays dépasse largement ce parti. Après l’échec de l’accord du lac Meech en 1990, Robert Bourassa s’était retiré de la table des négociations. Tandis qu’à la suite du rapatriement de la Constitution en 1982, le gouvernement de René Lévesque a décidé de ne plus participer aux conférences fédérales-provinciales, sauf lorsque des intérêts importants justifiaient sa présence. Il contestait ainsi le nouvel ordre constitutionnel adopté sans le consentement du Québec.

En mars 1983, Lévesque avait cependant participé à une conférence constitutionnelle consacrée aux droits des Autochtones. Dans sa déclaration d’ouverture, il avait alors expliqué que sa présence répondait à leur demande et traduisait sa solidarité envers eux, sans signifier qu’il reconnaissait pour autant la légitimité du rapatriement. Les choix de PSPP s’inscrivent donc dans une continuité historique.

Bien qu’il soit actuellement fort populaire au Québec, le premier ministre canadien, Mark Carney, devrait quand même jouer de prudence maintenant qu’il a un nouveau joueur devant lui. Adepte de hockey, il fera face à un nouveau joueur qui aime bien attaquer, patiner dans les coins et garder l’œil sur la rondelle. Il devra s’adapter à cette nouvelle réalité. Au-delà des revendications portées par PSPP et le Parti québécois, Carney devrait garder en tête que la question du respect du Québec reste importante pour tous les Québécois, qu’ils soient souverainistes ou fédéralistes, car tous restent quand même nationalistes. Autrement dit, l’identité québécoise est très importante et il importe de la respecter.

Mieux comprendre la doctrine Gérin-Lajoie

Au cœur de la philosophie des revendications québécoises se trouve la doctrine Gérin-Lajoie. Cette doctrine formulée en avril 1965 par Paul Gérin-Lajoie, alors ministre de l’Éducation dans le gouvernement libéral de Jean Lesage, est un héritage de la Révolution tranquille. Le Québec, qui développait alors les institutions que l’on connaît maintenant (notamment en culture et en éducation), désirait être en mesure d’agir à l’étranger dans les domaines qui relèvent de ses compétences et dont il est responsable. Le principe clé est donc celui-ci : le Québec, dans ses champs de compétence, a toute la légitimité d’agir à l’international.

La revendication d’une voix internationale québécoise ne peut donc pas être assimilée, à elle seule, à une entreprise référendaire. Elle nécessite cependant d’être revue et revisitée par le fédéral. L’argument de ne pas vouloir créer de précédent en donnant la parole à PSPP ne tient donc pas la route dans ce contexte. Il y a certainement des entorses possibles au protocole afin de garder intacte la relation du Canada avec le Québec et les Québécois. Autrement dit, Carney et son gouvernement devront trouver des voies de passage dans cette nouvelle dynamique fédérale-provinciale et (re)découvrir l’existence et la signification de la doctrine Gérin-Lajoie.

Rester fidèle à son image

En ce qui concerne PSPP, il faut comprendre que l’image qu’il a cultivée pendant six ans est d’abord et avant tout basée sur l’authenticité : il dit ce qu’il pense et fera ce qu’il dit. Il le fera parfois avec un ton belliqueux, certes, mais il tiendra ses promesses et défendra les intérêts du Québec. Il reste le seul leader du Parti québécois en 30 ans à ne pas avoir minoré les promesses d’un référendum au cours de sa campagne électorale.

Il a beau avoir annoncé que son gouvernement et lui ne seraient pas parfaits, il reste que l’approche adoptée par PSPP soulève des questions sur l’adoption d’une posture qui dénote une volonté de brûler les ponts plutôt que de dialoguer et de collaborer avec ses homologues. Les Québécois n’aiment habituellement pas la chicane. Une approche conflictuelle alimente certes le discours souverainiste et les raisons de quitter le Canada, mais peut faire perdre des appuis à une option qui reste encore peu populaire. Plus encore, cela soulève la question : comment faire un pays et s’entendre avec ses futurs voisins si l’on a déjà brûlé les ponts avec eux ?

Dans ce contexte, PSPP devra peut-être nuancer sa position en fonction de ses appuis : il reste élu au sein d’un gouvernement minoritaire. Les Québécois lui ayant accordé seulement 28 % des voix, ils ne lui ont pas donné carte blanche. Près des trois quarts des citoyens qui ont voté le 5 octobre dernier ont voté pour un autre parti que le Parti québécois et pour d’autres idées que les siennes.

Bien que la revendication d’une voix québécoise s’inscrive parfaitement dans une continuité historique qui dépasse le Parti québécois, le choix de s’absenter demeure sans doute, lui, une stratégie à réévaluer.

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