Elle a dénoncé 50 ans plus tard | Peine maximale pour un père agresseur « amoureux » de sa fille

Un père agresseur « amoureux » de sa fille a été condamné vendredi dernier à cinq ans de pénitencier, soit la peine maximale de l’époque. Même s’il prétend n’en garder aucun souvenir, Dominique Reis a fait vivre l’enfer à sa fille pendant sept ans dans les années 70.
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« Il a abusé de la vulnérabilité de sa fille durant sa jeune enfance à répétition et pendant des années en commettant sur elle des gestes de nature sexuelle variés lui causant ainsi des séquelles psychologiques permanentes », a décrit la juge Flavia K. Longo, la semaine dernière, au palais de justice de Montréal.
La victime, Sylvie Reis, a fait lever l’ordonnance de non-publication protégeant son identité. C’est pourquoi nous pouvons nommer son bourreau, Dominique Reis. L’homme de 78 ans a été déclaré coupable d’avoir attenté à la pudeur d’une personne de sexe féminin.
Entre 1971 et 1979, Dominique Reis a agressé sexuellement sa fille à de nombreuses reprises. Elle avait 5 ou 6 ans au début. Le Montréalais lui disait de garder cela « secret entre eux ». La fillette n’en dormait plus la nuit.
Quand Sylvie est en 4e année, les agressions se déroulent quotidiennement, de jour comme de nuit. Au fil des ans, les agressions deviennent de plus en plus intrusives : cunnilingus, masturbation, et finalement, relations complètes vers l’âge de 13 ans. Son père la félicite même d’« avoir bien fait cela » après une agression.
À l’époque, Dominique Reis entretient une relation « amoureuse » avec sa fille, même s’il est alors en couple avec une femme. Il dit même à sa fille qu’ils vont se marier.
« Il se montrait doux, affectueux et sensible à l’égard de la victime, suscitant et encourageant un sentiment d’amour conjugal chez elle. M. Reis aurait profité de cette situation en établissant et en maintenant les abus », affirme la juge.
La petite Sylvie était « terrorisée » et craignait d’être battue par son père. Elle était isolée et avait peu d’amis. Pendant des décennies, elle a gardé le silence pour protéger l’image de son père, avant de libérer sa voix et de le dénoncer aux policiers il y a quelques années.
« Elle mentionne qu’à 60 ans, elle n’a ni foyer ni emploi stable. Sa vie entière a été marquée par le doute et l’autodestruction et elle porte un poids immense de culpabilité », souligne la juge.
Un arrêt de la Cour suprême change la donne
L’avocate de la défense, Me Catherine Grenon, réclamait une peine de trois ans de détention, alors que le procureur de la Couronne, Me Charles Doucet, demandait la peine maximale, cinq ans de pénitencier.
Un accusé a droit d’être jugé en vertu du Code criminel qui était en vigueur à l’époque où les crimes ont été commis. C’est pourquoi Dominique Reis a été déclaré coupable d’attentat à la pudeur, une infraction qui n’existe plus au Code criminel. Aujourd’hui, il aurait été accusé d’inceste, de contacts sexuels ou d’agression sexuelle.
Cependant, la Cour suprême a rappelé l’an dernier, dans l’arrêt Sheppard, que les principes contemporains de détermination de la peine s’appliquent même pour les crimes « historiques ».
Autrement dit, les crimes sexuels commis contre les enfants doivent être punis beaucoup plus sévèrement aujourd’hui qu’à l’époque.
La juge a donc choisi d’imposer la peine maximale de cinq ans, compte tenu des nombreux facteurs aggravants : abus de confiance, conséquences psychologiques et physiques dévastatrices sur la victime, fréquence des agressions et jeune âge de la victime.
La juge a tenu compte des facteurs atténuants, dont la reconnaissance des faits de l’accusé, ses remords et son faible risque de récidive. Mais ces facteurs n’étaient pas assez importants pour justifier une peine moindre. Bref, les principes de dénonciation et de dissuasion doivent primer, selon la juge.
Dominique Reis devra s’inscrire pendant 10 ans au Registre des délinquants sexuels. À sa sortie de prison, il lui sera interdit de se trouver dans un parc, un terrain d’école ou un centre communautaire pendant plusieurs années.
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