De Charlevoix à Val-d’Or | Un caribou transféré discrètement pour freiner l’extinction d’un troupeau en Abitibi

Un caribou de la harde de Charlevoix a été discrètement transféré dans la harde de Val-d’Or, à la fin de septembre, dans une tentative du gouvernement québécois de freiner l’extinction du troupeau abitibien.
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Le mâle âgé de deux ans et demi a été amené par camion dans la nuit du 24 au 25 septembre, après avoir reçu un sédatif, a confirmé à La Presse le ministère de l’Environnement, qui a refusé d’accorder une entrevue sur le sujet.
« L’opération s’est bien déroulée et le caribou est en bonne santé », a indiqué un porte-parole, Robert Maranda.
PHOTO FOURNIE PAR LE MINISTÈRE DE L’ENVIRONNEMENT
Le mâle âgé de deux ans et demi a été amené par camion dans la nuit du 24 au 25 septembre, après avoir reçu un sédatif.
Ce transfert a pour objectif de favoriser « les probabilités de gestation » des femelles de la harde Val-d’Or en les accouplant avec un mâle « non apparenté génétiquement », poursuit M. Maranda.
La harde de caribous de Val-d’Or est dans un état critique : aucune naissance n’a eu lieu en 2026, pour la troisième fois en quatre ans, et deux caribous y sont morts depuis 2025, ce qui a réduit la population totale à sept individus.
Québec espère ainsi confirmer le potentiel reproducteur des femelles caribous de Val-d’Or, favoriser la croissance de la population et accroître la diversité génétique.
Insuffisant, dit la Première Nation de Lac-Simon
Le transfert d’un seul caribou « ne suffira pas, c’est clair », juge le chef de la Nation anichinabée de Lac-Simon, Lucien Wabanonik.
« C’est un plaster sur un besoin beaucoup plus large », a-t-il déclaré à La Presse, déplorant que Québec soit toujours incapable de s’attaquer aux causes du déclin du caribou et de restaurer son habitat.
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« On a déjà proposé des solutions dans les dernières années, dit-il. On a proposé des zones [de protection], mais ça a été rejeté par le Ministère, qui préfère donner plus de place à l’industrie forestière. »
Cette absence de plan irrite aussi le militant écologiste Henri Jacob, qui accuse Québec de ne pas faire les efforts nécessaires pour assurer la survie de la harde de Charlevoix.
« Le minimum, c’est 50 bêtes pour une harde, dit-il. On pense que la volonté politique, c’est carrément de les laisser disparaître. »
Ce transfert intervient plus de deux ans après le plan avorté de transférer des caribous de la harde de Témiscamie, au nord de Chibougamau, pour les amener à Val-d’Or.
Québec avait rétropédalé devant la colère des communautés autochtones, qui s’opposaient à un tel transfert tant qu’un plan de rétablissement de l’habitat du caribou n’était pas mis en place, refusant de condamner les bêtes à vivre en captivité pour le restant de leurs jours.
L’un ne remplace pas l’autre, assure cependant le Ministère. « L’opération de cet automne est complémentaire à un éventuel recours à la supplémentation en caribous de la population de Val-d’Or à partir d’une population source de caribous en nature », indique M. Maranda.
PHOTO FOURNIE PAR LE MINISTÈRE DE L’ENVIRONNEMENT
Le caribou a été relâché seul dans un sous-enclos d’isolement, afin de lui permettre de s’acclimater aux installations de Val-d’Or, de faciliter son observation et d’assurer une introduction progressive auprès des autres caribous, a indiqué le ministère de l’Environnement.
Une bonne idée, dit un expert
Ce transfert est vu d’un bon œil par le biologiste et professeur à l’Université du Québec à Rimouski Martin-Hugues St-Laurent.
« La population de caribous de Charlevoix en enclos est en croissance, elle se porte bien ; en prendre un pour dynamiser une harde en difficulté est une bonne idée », dit-il.
La harde de Charlevoix a une génétique très diversifiée, puisqu’elle est le fruit d’une réintroduction de caribous capturés dans les années 1960 au Labrador et sur la Basse-Côte-Nord, tandis que des problèmes de consanguinité pourraient expliquer les difficultés de la harde de Val-d’Or, indique-t-il.
C’est sûr qu’à sept individus, la probabilité que tu cruises ta cousine est élevée.
Mais cette bonne idée, qui permet de conserver la « signature génétique » des caribous de Val-d’Or et leur présence sur le territoire, doit impérativement s’accompagner du rétablissement de l’habitat des caribous de Val-d’Or, souligne aussi M. St-Laurent.
« Un moment donné, il va falloir les relâcher, et si on n’a pas réhabilité leur habitat, on va avoir pelleté des milliers et des millions de dollars par les fenêtres », dit-il.
C’est la première fois que Québec procède au transfert d’un caribou d’un enclos à un autre, mais il est trop tôt pour dire si l’opération sera répétée, indique le Ministère.
La communauté wendate de Wendake n’avait pas rappelé La Presse au moment de publier ces lignes.
Poursuite contre Ottawa
Le transfert d’un caribou de Charlevoix à Val-d’Or intervient après que les communautés anichinabées de Lac-Simon, Long Point et Kitcisakik ont intenté une poursuite contre le gouvernement fédéral, durant l’été. Elles reprochent à Ottawa l’abandon du décret d’urgence qui avait été recommandé par l’ancien ministre de l’Environnement Steven Guilbeault pour imposer des mesures de protection du caribou au Québec, accusant le gouvernement fédéral de manquer ainsi à ses obligations constitutionnelles. Ce décret a fait place à un accord financier prévoyant le versement par Ottawa de 25 millions de dollars sur cinq ans à Québec pour financer des mesures de rétablissement et de protection du caribou.
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