Les Autochtones, les grands oubliés de cette campagne
Henriette McKenzie en a connu, des hivers. Elle a vu tomber la neige autant qu’elle a vu s’envoler de nombreuses promesses. Aujourd’hui, cette Innue originaire de la Côte-Nord n’attend plus rien du gouvernement. Aux prochaines élections, elle n’ira pas voter.
« Les gouvernements nous promettent toujours plein d’affaires. Mais tout ce qu’ils veulent, c’est exploiter nos terres, faire plus d’argent avec l’électricité, avec les mines », confie l’aînée que Le Devoir a rencontrée lors d’un rassemblement à Westmount, à l’occasion de la Journée nationale de la vérité et de la réconciliation.
Elle aimerait faire passer un message aux différents partis en lice. « Je leur dirais qu’ils profitent beaucoup de nos territoires à exploiter. Déjà, on a perdu notre culture. Mais en plus, on est confiné, on n’a plus de territoire, ils ont inondé nos territoires avec Hydro-Québec. »
Un peu plus loin, c’est Anick Bonneville, de la Nation Wabanaki de Wôlinak, qui en a gros à dire. Elle déplore que les enjeux autochtones soient à peine abordés dans cette course électorale. « On est totalement invisibilisé dans cette campagne », dénonce-t-elle.
Le 28 septembre dernier, une coalition de chefs de Premières Nations s’est d’ailleurs réunie devant l’Assemblée nationale pour demander aux cinq partis ainsi qu’au prochain gouvernement de prêter plus d’attention aux affaires autochtones.
Anick Bonneville ne sait pas ce qu’elle fera le 5 octobre. Votera-t-elle pour un parti ? S’abstiendra-t-elle ?
« Ça va être difficile pour moi cette année parce qu’on parle beaucoup de référendum, on parle beaucoup d’un Québec souverain, explique-t-elle. La question de la souveraineté vient renier un peu mes droits. »
Elle confie éprouver un profond malaise à l’idée de voter pour Québec solidaire, un parti qui rejoint pourtant ses préoccupations. Mais ce « petit bout souverainiste » vient à l’encontre de qui elle est.
« Certains sont pour un pays, mais les gens ont de la difficulté à comprendre que pour nous, c’est un gros enjeu. Ils ne parlent pas de nous, de nos droits. Et après, ils se demandent pourquoi on ne s’implique pas en politique. »
La souveraineté du Québec, elle l’envisage avec beaucoup de méfiance, de peur.
« Ce ne serait pas la première fois qu’on signerait des traités, puis qu’ils ne seraient pas respectés. On a déjà été trahi par de fausses promesses. »
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