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Wednesday, November 4, 2026

Isabelle Brouillette n’a plus peur

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Il y a un an, à quelques jours près, Isabelle Brouillette essayait son nouveau nez en silicone. La comédienne devait encore apprivoiser un nouveau visage, qu’on a mutilé en décembre 2024 pour se débarrasser d’un agressif cancer du septum nasal. Et c’était un gros défi. Elle craignait d’être rejetée, prise pour un monstre.

« Aujourd’hui, ça va vraiment mieux. Ce que les gens voient, ça ne me dérange plus. Je n’ai plus peur de me montrer. Mais le porter demeure exigeant quotidiennement. C’est une masse inerte sur un corps en mouvement », dit-elle à propos de sa prothèse faciale, appelée épithèse.

Isabelle Brouillette est connue du public, depuis plus de 30 ans, grâce à sa présence dans des dizaines d’émissions de télévision — elle incarnait notamment Julie Faubert dans Stat —, plus d’une quinzaine de pièces de théâtre et quelques films. Par cette journée d’automne, c’est toutefois l’autrice qui est assise sur un petit divan dans les bureaux du Devoir, à côté de son sac et de son casque de vélo. Elle est en forme, souriante. Elle sort un signet promotionnel de son livre tout juste sorti en librairie, Journal de la femme météore.

Dès qu’elle est revenue chez elle après son opération et 25 jours à l’hôpital, en janvier 2025, Isabelle Brouillette a sorti un carnet et un crayon. « J’ai eu l’impulsion d’écrire pour ne pas oublier ce qui venait d’arriver. Je n’avais pas été en mesure de le faire avant, parce que j’ai d’abord été plongée dans une catastrophe qui ne me donnait pas du tout le réflexe d’écrire. Puis, durant l’hospitalisation, je n’en étais pas physiquement capable. Presque deux mois hautement remplis venaient de s’écouler. »

Pourquoi vouloir garder en mémoire cette période cauchemardesque ? Son instinct la poussait à raconter cette histoire hors de l’ordinaire. « On ne veut pas oublier des moments marquants de nos vies. J’avais envie de ne pas être terrassée par mon histoire, mais de bien la saisir, la posséder. »

N’ayant pas la force de la raconter d’un seul souffle, elle y est allée « par petites bouchées ». Un petit morceau chaque jour. Elle a ainsi écrit pendant 16 mois. Pour chaque date de ce journal intime, son quotidien de femme en reconstruction, qui subit notamment des traitements de radiothérapie, s’entremêle avec les souvenirs intenses de son diagnostic et de son hospitalisation.

Autoportraits à l’aquarelle

Isabelle Brouillette a aussi trouvé du réconfort dans la peinture, qui est une passion personnelle depuis des années. Elle a réalisé plus de 200 aquarelles durant cette période, dont beaucoup de portraits et d’autoportraits. Une cinquantaine d’entre elles colorent les pages de son livre.

« Ça faisait du bien de continuer à créer, malgré tout », souligne celle qui a déjà illustré quatre livres jeunesse, écrits par ses amies Édith Cochrane et la regrettée Sophie Faucher.

L’écriture a aiguisé sa curiosité. Elle traînait son calepin partout, notamment dans la salle d’attente lors de ses nombreux rendez-vous de santé. Elle observait et notait tout ce qui était inusité.

Son récit est une odyssée humaine, constituée de rencontres avec de multiples personnages qui lui ont sauvé la vie. Des chirurgiens otorhinolaryngologistes, des infirmières, des ergothérapeutes, des psychologues, des dentistes, des épithésistes. Sans oublier les proches qui l’ont soutenue quand tout s’écroulait : son conjoint, Henry, sa fille, Lula, sa mère, ses amis. C’est un voyage aux confins d’elle-même, durant lequel des vagues de douleur l’ont parfois submergée.

Au fil des pages, à mesure qu’elle reprend des forces, son écriture prend aussi de l’assurance. « Quand le livre commence, je suis l’ombre de moi-même et, quand je l’ai terminé, je jouais au théâtre », fait remarquer la comédienne.

Sous les projecteurs

En janvier 2026, elle est revenue dans l’œil du public. Elle a été reçue à Tout le monde en parle. Elle est remontée sur les planches dans deux pièces de théâtre. Mais elle n’a toujours pas eu l’occasion de rejouer à la télévision. Les conséquences de sa maladie sur sa vie professionnelle sont difficiles à mesurer.

« Plus on vieillit, comme actrice, moins il y a de travail. Deuxième chose, les productions télévisuelles et cinématographiques, au Québec, sont dans des années plus maigres. Troisième chose, j’ai une épithèse dans le visage », énumère-t-elle.

Isabelle Brouillette n’attend donc pas les bras croisés qu’on lui propose du travail. Elle poursuit ses propres projets, dont une collaboration avec l’autrice Catherine Léger, pour une pièce qui sera présentée l’été prochain au théâtre du Bic.

La Montréalaise est de retour à une nouvelle normalité. « Dans les derniers chapitres de ma vie, je suis une femme modifiée », résume-t-elle. Son parcours de la combattante semble tout à la fois loin et proche. Des larmes surgissent parfois à des moments inattendus.

Un témoignage d’espoir

Femme météore, femme étrange, femme samouraï… L’épreuve qu’Isabelle Brouillette a vécue l’a amenée à se qualifier de toutes sortes de façons. Aujourd’hui, elle est surtout une femme vivante.

« J’ai retrouvé une grande vivacité. Comme la convalescence est terminée, je ressens ma force. Je ne la tiens plus pour acquise », témoigne-t-elle.

Isabelle Brouillette croit que tous les gens ont en eux cette puissance insoupçonnée qui se révèle dans des moments de fragilité extrême. Elle espère qu’en lisant le récit de son expérience, d’autres personnes qui vivront des opérations mutilantes vont se dire : « Je sais que c’est loin, ça va demander de la patience et beaucoup de courage, mais ça va bien aller à un moment donné. »

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