Le SPVM renvoie sept policiers en lien avec des allégations de racisme
Le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) a procédé au congédiement « administratif » de sept policiers en lien avec des allégations de gestes « discriminatoires », « racistes » et « dérogatoires » survenus dans les postes de quartier 39 et 21. Une « mesure exceptionnelle » prise pour « l’intérêt public », a soutenu le directeur du SPVM, Fady Dagher, en conférence de presse, lundi.
Ces congédiements, qu’il a décrits comme une première dans l’histoire du SPVM, étaient « essentiels » pour rétablir la confiance du public, a souligné M. Dagher en fin d’après-midi, en ajoutant s’être posé la question suivante : « C’est bien beau, le criminel, c’est bien beau la déontologie, mais immédiatement, quels gestes peuvent être posés en lien avec ce cas-là ? »
L’annonce du congédiement des sept policiers, hommes et femmes, a lieu dans un contexte où les appels à l’action s’étaient multipliés dans les dernières semaines en lien avec de récentes allégations d’actes racistes et discriminatoires survenus dans les rangs du SPVM.
Des sept policiers congédiés, six étaient déjà suspendus, a précisé Fady Dagher. Ils avaient remis leurs armes et leur badge plus tôt cette année.
Sans préciser dans quels incidents exacts les policiers congédiés avaient été impliqués, M. Dagher a tout de même indiqué qu’il s’agissait de situations connues du public et pas de « nouveaux dossiers ».
Parmi les personnes congédiées, cinq policiers venaient du poste de quartier (PDQ) 39, au sein duquel les révélations d’actes racistes dans Montréal-Nord avaient mené au démantèlement d’une équipe de 16 personnes durant l’été.
Les deux autres policiers congédiés, affiliés au PDQ 21 (centre-ville de Montréal), auraient pour leur part été impliqués dans des actes répréhensibles commis envers des « personnes vulnérables », a précisé Fady Dagher, sans ajouter de détails.
Le congédiement de ces sept policiers ne signifie pas pour autant que le dossier est clos, a-t-il tenu à préciser. « Je ne peux pas vous dire qu’il n’y en aura pas d’autre [congédiement]. Mais ce n’est pas quelque chose que je vais vous annoncer chaque semaine non plus. »
Pour la suite, il se dit « conscient que la confiance a été largement fragilisée par ces cas que nous avons décidé de nous-mêmes d’exposer au grand jour et d’enquêter sans relâche », a-t-il souligné, se disant tout de même convaincu d’être capable de « reconstruire la confiance ».
Il a aussi affirmé vouloir protéger ses policiers qui commettent des erreurs en poste, mais que la situation des agents congédiés lundi était complètement différente. « On fait face à des comportements intentionnellement malveillants. »
Le président du syndicat des policiers, la Fraternité des policiers de Montréal, Yves Francœur, a répondu au Devoir qu’il ne commenterait pas pour l’instant les congédiements.
De son côté, la mairesse de Montréal, Soraya Martinez Ferrada, a salué la décision. « Le SPVM a posé un geste sans précédent pour rebâtir la confiance des citoyens. Personne n’est au-dessus des règles. Ce travail est exigeant et nécessaire, et il doit se poursuivre », affirme-t-elle.
La cheffe de Projet Montréal et cheffe de l’opposition, Ericka Alneus, a quant à elle affirmé que la décision « ne règle pas le fond des choses ». Elle réclame que Fady Dagher soit convoqué d’urgence devant le conseil municipal.
Questionné après l’annonce, le Regroupement des intervenants et intervenantes d’origine haïtienne a fait savoir au Devoir qu’il accueille favorablement la nouvelle, mais espère que les sanctions individuelles s’accompagneront de « changements structurels dans les pratiques, la supervision et la gouvernance pour prévenir la répétition de tels comportements ». Au mois d’août, l’organisme avait formulé cinq recommandations au SPVM pour regagner la confiance du public.
Une question de « cote de sécurité »
Des dossiers ont été montés et apportés au Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP) pour d’éventuelles poursuites, a confirmé M. Dagher. Reste que la décision de renvoyer les policiers demeure indépendante des démarches criminelles en cours. Ces policiers ont été renvoyés parce qu’ils n’atteignaient plus les « cotes de sécurité » nécessaires pour continuer leur travail. Ils ont alors été congédiés « administrativement ».
« Lorsque j’ai revu toutes les évaluations, les grilles, avec les enquêteurs et les avocats de la Ville, il faut admettre qu’ils [les policiers congédiés] n’ont plus été capables de repasser les tests de cotes de sécurité », a ajouté le directeur de la police montréalaise. Leur accréditation leur a alors été retirée, ce qui a entraîné leur congédiement.
Différents événements
Pour rappel, plusieurs enquêtes criminelles et disciplinaires sur divers événements survenus au sein du SPVM sont toujours en cours.
En juin, le SPVM avait dévoilé au grand jour des allégations de comportements racistes au sein d’une équipe affectée à Montréal-Nord. Certains policiers du PDQ 39 auraient entre autres collectionné des mèches de cheveux de personnes qu’ils appréhendaient, à la manière de trophées.
Dans les dernières semaines, d’autres allégations ont fait surface. Un policier du PDQ 21 aurait posé des gestes racistes et un agent du PDQ 39 est soupçonné d’entrave à la justice dans une affaire de violence conjugale. Radio-Canada a dévoilé que cet agent aurait supprimé des preuves de violence conjugale. Le Devoir n’a pu confirmer cette information de façon indépendante.
Des informations concernant un policier du PDQ 21 qui aurait uriné sur une personne en situation d’itinérance ont aussi circulé, mais le directeur du SPVM a affirmé ne pas mener d’enquête à ce sujet présentement.
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