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Friday, October 23, 2026

Thibaudet, Batiashvili et Capuçon : le trio qui sonne riche

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La salle Bourgie présentait en deux soirées l’une de ses affiches de la saison : un concert du trio formé de Jean-Yves Thibaudet, Lisa Batiashvili et Gautier Capuçon. Les protagonistes ont exercé leur maestria à grand renfort de décibels dans une discipline censée être de la musique de chambre.

Présentée en 2023 par son promoteur de l’époque, l’agence HarrisonParrott, comme le « TBC Trio » — dénomination que nous adopterons dans ce compte rendu —, l’association Thibaudet, Batiashvili et Capuçon s’inscrit dans l’histoire de ces trios de vedettes, comme, historiquement, pour le meilleur, Rubinstein, Heifetz et Piatigorsky dans plusieurs enregistrements ou, version flop absolu, Richter, Oïstrakh et Rostropovitch dans le Triple Concerto de Beethoven.

Même si nos goûts nous portent à apprécier davantage les ensembles constitués comme le Beaux Arts Trio ou, aujourd’hui, le Trio Wanderer, voire, récemment, le Trio Hermitage qui a ouvert la saison montréalaise, ou encore les vraies aventures amicales comme jadis les Tetzlaff avec Lars Vogt, le trio de solistes n’est pas condamné d’avance, ainsi que l’ont prouvé Argerich, Kremer et Maisky, miraculeux dans leur enregistrement du Trio de Tchaïkovski.

Art du dialogue

De ce que nous avons entendu jeudi, le TBC Trio a allègrement testé le volume sonore qu’il pourrait déployer samedi au Lincoln Center de New York. Sauf qu’il l’a fait à la salle Bourgie et que cela faisait beaucoup de bruit. Du Trio TBC, on retient une chose : ça sonne riche ! La puissance acoustique est proportionnelle à l’aura des artistes, et probablement à leur cachet.

Le public était aux anges. Assurément, la prestation s’est révélée instrumentalement cossue. Mais quelle part de cet auditoire était venue « voir des vedettes de près » et laquelle est une habituée des concerts chambristes du Ladies’ Morning Musical Club ? La première a visiblement pris un plaisir certain. La seconde a dû trouver le temps bien long, voire jubiler, comme nous, au moment où tout s’est arrêté. Car le problème est fondamental : il aurait dû s’agir de musique de chambre. Et la musique de chambre, ce n’est pas un triple concerto sans orchestre.

La musique de chambre, c’est l’art du dialogue, des transitions, de la subtilité, des nuances. C’est un style. Avec Thibaudet, Batiashvili et Capuçon, ça devient un système et le système est très simple : on se passe les phrases comme un ballon. À chacun de briller à son tour, si possible au-dessus du mezzo-forte, et quand tout le monde joue ensemble, c’est plein gaz.

Jean-Yves Thibaudet en pianiste de trio, on repassera. Nous avons même dû demander si c’était bien le Steinway de Hambourg qui dégageait une telle insignifiance. Lisa Batiashvili, c’est le tranchant et l’impact à tout prix. Quant à Gautier Capuçon, il semble tenter de nuancer le trait au début, mais comprend bien vite que cela ne sert à rien.

De la musique, il y en a eu un peu dans les deux derniers mouvements de l’Opus 65 de Dvořák, encore qu’il faille relativiser… Pour donner une idée de la façon dont ce répertoire a été abordé (Chostakovitch, puis Debussy, puis Dvořák, quelle totale ineptie d’assemblage au demeurant), prenons l’attaque du mouvement lent de Dvořák, au violoncelle : une nuance entre mezzo-forte et forte avec un vibrato à fond. Or, la partition indique un piano espressivo qui ne culmine que brièvement forte à la troisième mesure.

Qu’est-ce que tout cela veut dire ? Que l’objet est tout autre, que cette écriture réclame une finesse infinie et que de cette délicatesse naissent des atmosphères (Debussy !) et des émotions qui, in fine, ont bien plus de portée que les décibels.

Le TBC Trio avait préparé un rappel, mais, pour nous, c’en était largement assez. Du coup, nous regrettons d’avoir manqué le Requiem de Mozart par l’Orchestre de l’Agora, alors que mercredi et jeudi, trois événements d’envergure se livraient concurrence à Montréal.

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