Accès à la télémédecine en psychiatrie | « C’est un cercle vicieux kafkaïen »

Inquiète pour son enfant souffrant cloîtré à la maison, une mère de famille des Laurentides implore la clinique médicale qui le suit d’organiser des consultations en virtuel. En vain. La télémédecine « sauve des vies », explique pour sa part l’Association des médecins psychiatres du Québec, même si ce n’est pas la panacée.
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Le cas de Mathis*, 21 ans, illustre « les limites inhumaines de la bureaucratie médicale actuelle ».
C’est du moins ce que Melanie de Souza, la maman de ce jeune adulte souffrant de troubles de santé mentale sévères, conclut depuis que son enfant est passé dans le « système adulte » après des années de suivi en pédopsychiatrie.
Mathis est trop malade pour quitter la maison pour se rendre à des rendez-vous en personne, décrit la mère rencontrée au domicile familial à Rosemère.
« Malgré sa détresse et notre volonté d’obtenir de l’aide, la clinique qui suit Mathis refuse catégoriquement de le voir virtuellement pour assurer un suivi », déplore-t-elle.
Mathis est une personne non binaire qui a reçu un diagnostic de trouble obsessif compulsif à l’adolescence. L’ado, qui n’arrivait plus à fréquenter l’école, a reçu d’excellents soins en pédopsychiatrie, précise la maman.
Une fois adulte, Mathis, qui s’identifie par le pronom iel, a été placé sur une liste d’attente pour obtenir un suivi avec un psychiatre dans le réseau public. En attendant son transfert dans le « système adulte », sa pédopsychiatre a continué son suivi en raison de ses besoins criants.
En pédopsychiatrie, on acceptait de lui donner des rendez-vous en virtuel quand Mathis n’arrivait pas à sortir de la maison, raconte la maman. Et quand cela allait mieux, l’ado reprenait les rencontres médicales en chair et en os.
« Pour vous donner une idée, Mathis peut prendre 30 à 40 minutes le soir avant de se mettre au lit en raison de rituels très précis, décrit-elle. Se préparer pour sortir de la maison, cela prend des heures. »
Des rendez-vous virtuels refusés
Son premier rendez-vous à la Clinique externe de psychiatrie de Sainte-Thérèse – rattachée à Santé Québec Laurentides (appelé jusqu’à récemment CISSS des Laurentides) – en février 2025 s’est déroulé en présentiel.
Sa nouvelle psychiatre a prescrit une nouvelle médication. Six semaines après le début du nouveau traitement, Mathis ne voyait pas d’amélioration à son état. Pire, Mathis n’allait pas bien du tout, se désole-t-elle.
PHOTO MARTIN TREMBLAY, LA PRESSE
Melanie de Souza voit son enfant Mathis dépérir à la maison en étant habitée d’un grand sentiment d’impuissance.
Très inquiète de voir son enfant dépérir (Mathis ne mange presque plus), Mme de Souza a beaucoup insisté pour obtenir une consultation en télémédecine.
Une infirmière et une travailleuse sociale se sont finalement déplacées à la maison, décrit Mme de Souza, et ont permis à Mathis de se connecter pour rencontrer la psychiatre durant une séance virtuelle.
Mais depuis, c’est « retour à la case départ ». Cette clinique du réseau public refuse d’organiser d’autres rendez-vous en virtuel et indique même que si Mathis ne se présente pas à son prochain rendez-vous fixé en décembre, la clinique va mettre fin au suivi.
Manque de flexibilité dénoncé
La Presse a pu consulter une série d’échanges entre ladite clinique et Mme de Souza. On lui reproche d’avoir raté son dernier rendez-vous en personne en août dernier. « La clinique l’avait fixé à 9 h 30, je leur avais dit que ça ne marcherait pas ; c’était trop tôt compte tenu du temps que cela prend à Mathis pour sortir de la maison », poursuit la mère qui travaille d’ailleurs à temps plein en télétravail pour être auprès de son enfant malade.
À ses yeux, le système de santé manque cruellement d’empathie et de flexibilité pour ceux qui souffrent de troubles de santé mentale. « C’est un cercle vicieux kafkaïen : on lui refuse les soins à distance dont iel a besoin pour guérir, sous prétexte que “tout le monde” a la capacité de se présenter en personne pour des rendez-vous », déplore la maman indignée.
À une époque où la télémédecine est mise en avant comme une solution d’accessibilité, ce refus rigide de la part d’une clinique laisse une jeune personne vulnérable sans aucune prise en charge.
Chez Santé Québec Laurentides, « par souci du respect des règles de confidentialité, il [n’est] pas possible de commenter une situation particulière », indique sa conseillère en communication Juliette Lacasse dans une réponse transmise par courriel.
Toutefois, pour « chaque situation, une évaluation clinique est réalisée afin de déterminer la modalité d’intervention la plus appropriée en fonction des besoins de la personne », assure-t-on à Santé Québec Laurentides, qui englobe la clinique qui suit Mathis.
« Les services peuvent être offerts en présence, par téléphone ou en télésanté. La télésanté constitue une option précieuse pour faciliter l’accès, notamment lorsque les déplacements représentent un obstacle », souligne la conseillère en communication.
Or, dans certaines circonstances, une rencontre en présence peut être nécessaire afin de compléter l’évaluation, de préciser les besoins de la personne, ou encore de déterminer la suite du suivi, précise-t-on. « Cette exigence ponctuelle n’exclut pas le recours à la télésanté à une étape ultérieure, dès lors que cette modalité s’avère adaptée », conclut la porte-parole de Santé Québec Laurentides.
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