Les centres de données installés au Québec appartiennent majoritairement à des intérêts états-uniens
Le collectif Numérique responsable et soutenable (NRS) et le centre de recherche et de développement COlab dressent un état des lieux des centres de données actuels et projetés au Québec, ainsi qu’une estimation de leurs besoins en électricité.
Les experts de ces deux organismes ont recensé et cartographié 72 centres de données en service au Québec. La plupart sont concentrés autour de Montréal et de Québec. Aucun de ces centres de données n’est actuellement utilisé pour l’entraînement de l’intelligence artificielle (IA) pour de gros agents de conversation comme ChatGPT. Il s’agit de centres de données qui mettent leur puissance de calcul et de stockage à la disposition des entreprises privées et des sociétés d’État du Québec, précise Alexandre Theve, chargé de projets de recherche au collectif NRS.
Ces centres de données ont représenté 3,1 % des ventes d’électricité au Québec en 2025. Leurs équipements de calcul, de stockage et de réseau entraînent une importante consommation électrique pour leur fonctionnement, leur refroidissement (car ces équipements dégagent énormément de chaleur) et leur sécurité.
Plus précisément, l’ensemble de ces centres de données (comprenant aussi les centres de cryptomonnaie) ont souscrit des contrats auprès d’Hydro-Québec totalisant près de 1488 mégawatts (MW), qu’on dénomme la « puissance totale installée ». En d’autres termes, ces centres de données ont demandé à Hydro-Québec de leur rendre disponible cette puissance d’environ 1500 MW, qui correspond à ce qu’est capable de délivrer la centrale Manic-5. Mais elles n’utilisent pas la totalité de cette puissance. Leur consommation réelle est de l’ordre de 500 à 600 MW, soit de 30 % de cette énergie en moyenne sur l’année, explique M. Theve, qui a travaillé bénévolement à cet état des lieux au sein du collectif NRS, un regroupement citoyen.
Des intérêts états-uniens
Les experts ont également cherché à savoir à qui appartiennent ces centres de données. Pour ce faire, ils ont identifié la nationalité des actionnaires qui les contrôlent. Ils ont ainsi constaté qu’à peine le tiers de la puissance électrique installée ou, en d’autres termes, à peine un tiers de la capacité de calcul, soit 572 MW sur 1 488 MW, est détenu par des intérêts canadiens. Parmi les actionnaires autres que les actionnaires canadiens, la majorité est états-unienne et quelques-uns sont européens (Royaume-Uni, Pologne, France, Pays-Bas).
« Ce chiffre permet de se faire une idée de la capacité de calcul que nous possédons sur le territoire, soit qui est au moins en partie sous souveraineté canadienne. Il s’agit d’un ordre de grandeur qui, certes, est imparfait, puisque le fait qu’il y ait un actionnaire canadien parmi la liste des actionnaires [d’une entreprise] ne garantit pas la souveraineté. Mais ça permet de poser des questions relatives au contrôle de ces infrastructures numériques, comme : quels seraient les risques et les capacités de résilience en cas d’aggravation des tensions géopolitiques avec des pays qui seraient détenteurs de ces infrastructures-là ? » fait remarquer l’ingénieur spécialisé en énergie et informatique.
Une présence vouée à s’accroître
Le compte rendu fait également état de 12 centres de données qui sont en construction ou en voie de l’être. Or, aucun de ces centres en devenir n’appartient à des entreprises canadiennes ou ne comprend d’actionnaires canadiens. Mais ils monopoliseront 644 MW additionnels.
En se basant sur les documents d’Hydro-Québec, les deux organismes prévoient un taux d’accroissement de la consommation des centres de données de l’ordre de plus de 10 % par an. Hydro-Québec s’attend à une consommation supplémentaire allant de 300 MW à 1100 MW sur son réseau pour les centres de données qui s’ajouteront d’ici 2035.
Les experts estiment que 25 % des nouvelles capacités de production d’Hydro-Québec prévues en vertu du Plan de gestion intégrée des ressources énergétiques (PGIRE) d’ici 2035 « devront être consacrées aux centres de données si on veut répondre à leurs besoins énergétiques. Ne resteront que 75 % des nouvelles capacités de production pour le reste des besoins des autres industries », souligne M. Theve.
Ce dernier insiste sur le fait que cet état des lieux rassemble des données pour alimenter un débat démocratique sur cet « enjeu de l’accès à l’énergie des centres de données ».
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