Face au manque de place en IPPJ, le gouvernement de la Fédération Wallonie-Bruxelles valide les bracelets électroniques pour mineurs

Quelque 300 jeunes sont actuellement en attente d’une place en IPPJ. Lors des débordements à Liège et à Bruxelles la semaine passée, plusieurs mineurs qui avaient commis des infractions n’avaient pas pu être pris en charge, faute de place.
Face à cette situation, le gouvernement de la Fédération Wallonie-Bruxelles a annoncé plancher sur la mise en place de bracelets électroniques pour mineurs, un dispositif qui était jusqu’ici réservé aux adultes. Un projet-pilote a été adopté ce vendredi matin. 40 bracelets électroniques vont être attribués à des jeunes sortant d’IPPJ. La ministre de la Jeunesse Valérie Lescrenier (Les Engagés) doit encore rencontrer l’Union francophone des magistrats dans les prochaines semaines pour fixer les modalités.
"Ce sont des bracelets qui pourront être utilisés soit en fin de peine en IPPJ, soit en alternative à l’IPPJ. Mais c’est un projet que nous allons étudier avec les magistrats maintenant pour être sûrs qu’ils répondent parfaitement à leurs attentes. Et puis pour le reste, il faut que ce soit un jeune qui a un logement, qui a un environnement positif autour de lui", a indiqué Valérie Lescrenier.
Valérie Lescrenier, ministre de la Jeunesse, le 12 octobre 2026, à Jambes, dans la province de Namur. © Belga
"Nous travaillons également en direct avec les magistrats pour optimiser les places en IPPJ, qui passeront de 245 à 301 à l’horizon 2028, et nous ne ménageons pas nos efforts pour répondre aux besoins énormes de l’aide à la jeunesse", avait ajouté la ministre Lescrenier en commission du parlement communautaire ce mardi.
Une mesure contestée
À peine adoptée, cette mesure est aussi décriée. Pour Me Martin Aubry, avocat spécialisé en droit de la jeunesse, le placement sous bracelet électronique n’est pas une réponse appropriée : "Là, ça veut dire qu’on passe à une mesure restrictive de liberté supplémentaire plutôt que d’aller vers des mesures de prévention, d’éducation. Deuxième chose qui me paraît tout à fait contestable, c’est que cette mesure est discriminatoire. Mettre quelqu’un sous bracelet dans une habitation qui est correcte avec une famille qui est soutenante, peut-être. Mais mettre quelqu’un sous bracelet dans un appartement de 50 mètres carrés, ça me paraît beaucoup plus compliqué par exemple" explique-t-il.
Même son de cloche du côté du délégué général aux droits de l’enfant. Pour lui, au lieu d’une réponse sécuritaire, il faut agir sur la prévention : "Vous pouvez agir sur les effets, ça n’aura pas d’impact sur le passage à l’acte. Malheureusement, il faut agir sur les causes" estime Solayman Laqdim.
"Aujourd’hui, le cadre légal permet déjà de prendre toute une série de mesures. Les magistrats ont à leur disposition une mesure de surveillance, une mesure de maintien dans le milieu de vie sous condition. Et pour l’exécution de ces mesures, ils peuvent avoir la police ou le service de protection de la jeunesse qui assurent le suivi. Donc créer un nouveau dispositif sans donner les moyens au système d’exister, honnêtement, je ne suis pas sûr que ça aura beaucoup d’impacté", ajoute-t-il.
Une prévention qui, selon les acteurs du monde de la jeunesse, doit aussi se concentrer sur les mineurs en danger avant qu’ils ne sombrent dans la délinquance. Aujourd’hui, près de 4500 d’entre eux sont dans l’attente d’une prise en charge.
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