Ils l’ont fait | Moins d’asphalte dans leur cour d’école

Les élèves de l’école de l’Étincelle à Granby rêvent d’un endroit où s’asseoir à l’ombre pendant la récréation. Pour y parvenir, ils ont retiré 780 m2 d’asphalte de leur cour d’école et planté des arbres, contribuant ainsi à l’un des plus grands projets de déminéralisation à la main au Québec.
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Malgré le temps frais de ce début d’automne, il n’est pas difficile de s’imaginer à quel point le mercure peut grimper dans cette cour d’école asphaltée. « Il fait vraiment chaud en été », confirme Rosalie, une élève de l’école.
Le 30 septembre dernier, avec ses camarades de la 3e à la 6e année, elle a pris le problème à bras-le-corps. Munis de gants et d’embouts rigides sur les chaussures et après avoir reçu des consignes de sécurité, ils ont été environ 150 à se relayer. Leur mission : soulever des morceaux d’asphalte qui avaient été préalablement concassés et les déposer dans la pelle d’une chargeuse.
PHOTO MARTIN CHAMBERLAND, LA PRESSE
Rosalie et son amie se sont mises à deux pour soulever les plus gros morceaux.
« Ça prend un peu de force ! », a lancé Rachidah. Difficile ? « Oui », répond Rosalie. « C’est pour ça qu’il faut vraiment s’entraider pour pouvoir mieux réussir, mieux performer dans ce qu’on fait. »
Le pavillon Saint-Luc de l’école de l’Étincelle est la troisième école de Granby à bénéficier d’une aide financière de la Ville, soit 50 000 $, pour retirer de l’asphalte dans sa cour.
Même en étant situé en région, Granby n’est pas à l’abri des îlots de chaleur. Les écoles « sont des milieux qui sont très minéralisés », constate la mairesse, Julie Bourdon. « C’est un secteur où il y a des îlots de chaleur. On n’est pas loin des Galeries de Granby. » Cet investissement s’inscrit aussi dans la volonté de la Ville d’améliorer l’écoulement des eaux de pluie pour prévenir les inondations.
Le projet est évalué à environ 165 000 $. Il est orchestré par le Conseil régional de l’environnement (CRE) de l’Estrie, en collaboration avec le Centre de services scolaire du Val-des-Cerfs et le Centre d’écologie urbaine qui pilote le programme Sous les pavés. Dans le cadre de ce programme, offert à travers le Québec, il s’agit d’une superficie record. « On voulait faire un site vitrine plus gros que les autres pour donner l’exemple et pour montrer ce que ça peut faire comme différence dans une cour d’école », expose Sophie Saint-Jean Ledoux, chargée de projets au Centre d’écologie urbaine.
Pensée par les enfants
Les enfants ont été mis à contribution pour repenser la cour. « J’ai demandé d’avoir un lieu relax et un arbre où les papillons pourraient venir et se poser. Et une classe extérieure », énumère Rachidah. Rosalie souhaitait quant à elle avoir une forêt pour se cacher ou étudier à l’ombre.
PHOTO MARTIN CHAMBERLAND, LA PRESSE
Rachidah et Rosalie
La directrice adjointe de l’école, Isabelle Quirion, constate que certains élèves aiment socialiser plutôt que de participer à des sports organisés. La petite forêt qui sera aménagée au centre de la cour répondra à ce besoin.
Située en milieu défavorisé, l’école accueille aussi des classes d’adaptation scolaire. Les aménagements, comme le sentier de la forêt et la classe extérieure, ont donc été pensés pour être accessibles en fauteuil roulant.
Ceux qui aiment bouger ne sont pas pénalisés. L’espace ne manque pas et l’école a choisi de conserver les populaires terrains de quatre coins et de basketball. L’hiver, une patinoire municipale est installée dans la cour. Cette zone a aussi été gardée intacte.
« On voulait ajouter et ne pas enlever d’espace de jeu, précise Mme Quirion. Les coins où on déminéralise, ce sont des coins qui n’étaient pas valorisés par les enfants. »
La semaine dernière, 48 arbres et arbustes indigènes ont été plantés dans les différentes zones déminéralisées. Les enfants ont voté pour leur coup de cœur : le pin blanc, le tulipier de Virginie et le chalef argenté.
PHOTO FOURNIE PAR LE CENTRE D’ÉCOLOGIE URBAINE
La forêt enchantée prend forme dans la cour de l’école de l’Étincelle.
Plusieurs de ces végétaux sont financés grâce à un don de 10 000 $, versé à l’organisme Les Ami.e.s des boisés de Granby et à la Fondation SETHY (devenue Symbiose nature) par l’ancien député François Bonnardel et le CIUSSS de l’Estrie pour compenser le déboisement d’une forêt en 2022 dans le cadre de la construction d’une maison des aînés. Plus de 300 arbres matures avaient été coupés, ce qui avait été vivement dénoncé par les citoyens.
Ces arbres apporteront de la fraîcheur dans la cour d’école. « Quand il fait chaud à l’extérieur, il fait chaud dans l’école aussi », observe Isabelle Quirion.
Selon Sophie Saint-Jean Ledoux, l’impact du verdissement sur la baisse de température d’une cour d’école est difficile à mesurer pour un projet précis. Elle indique que dans un îlot de chaleur urbain (ICU), la température peut être de 12 °C supérieure à celle d’un secteur boisé.
L’effet ne sera pas instantané. « On peut parler d’une dizaine, une quinzaine, voire une vingtaine d’années avant que les arbres atteignent leur grand déploiement », estime Judith Lacharité, chargée de projets en verdissement au CRE de l’Estrie. « Quand les [enfants de la maternelle] vont être rendus en sixième année, les arbres auront sûrement bien grandi », prédit Rosalie.
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