Des Montréalais demandent la décélération du développement de l’IA
L’organisation Pause IA a rassemblé quelques dizaines de manifestants samedi après-midi au Square Philips à Montréal. Ils réclament une pause « mondiale » et « coordonnée » du développement de l’intelligence artificielle (IA), « le temps que nous sachions les rendre sûres et démocratiquement contrôlées ».
Alignés aux abords du trottoir en face de l’ancien La Baie au centre-ville, les manifestants ont scandé en boucle leur slogan « l’IA nous met en danger, on a le droit d’être protégés », distribuant du même coup des brochures aux passants curieux. Sous des applaudissements timides et les klaxons des voitures sur la rue Sainte-Catherine, la trentaine de personnes présentes a manifesté un peu moins de deux heures.
« Actuellement, il y a un développement très, très effréné de l’IA. Mais concrètement, elle est moins réglementée qu’un stand de limonade ! » lance à titre d’exemple Étienne Langlois, un organisateur pour Pause IA, rencontré sur place.
Concrètement, les activistes étaient mobilisés samedi pour réclamer une entente entre tous les pays, dont le Canada, pour mettre « sur pause » le développement de l’IA. Ils veulent une réglementation internationale rigoureuse et surveillée. « Au même titre que le développement des armes biologiques, par exemple », illustre le jeune organisateur.
Selon lui, le moment est particulièrement propice pour les décideurs. « On en parle de plus en plus [de l’IA]. Les gens ont peur, avec raison. Ce serait un bon moment », dit-il.
Questionné sur la place que prend la question de la gestion de l’IA dans la campagne électorale provinciale actuelle, Étienne Langlois s’avoue agréablement surpris que le sujet ait été abordé lors du débat des chefs à Radio-Canada. Il est toutefois conscient que ce n’est pas un thème d’avant-plan. « On voit une ouverture des différents paliers », dit-il, en accueillant de la main les manifestants venus supporter l’idée de Pause IA.
« L’IA est le futur, arrêtez de chialer ! »
Les passants, habituellement peu impliqués dans ce genre de mobilisation, étaient nombreux à commenter lorsqu’ils passaient devant le groupe de manifestants. Alors que l’action battait son plein, une dame, plus âgée, s’est approchée de Guillaume Elias, un manifestant, pour se photographier avec le symbole « pause » sur sa pancarte, avant de reprendre son chemin.
Un peu plus tard, après une prise de parole de Jeremy Eliosoff, leader national du mouvement au Canada, c’était au tour d’un passant en désaccord avec le mouvement de se faire entendre. « L’IA est le futur, arrêtez de chialer », a-t-il lâché en s’arrêtant devant un petit groupe de manifestants.
« On n’est pas contre l’IA, on veut seulement qu’elle soit réglementée », ont répliqué spontanément les quatre jeunes. Après un échange courtois et une poignée de main amicale, le passant a finalement continué sa route, une brochure en main.
Alban Borcien tenait bien en main sa pancarte « Protest and survive [manifester et survivez] » lorsque Le Devoir l’a approché. Travaillant dans le domaine de la psychologie, elle dit observer tous les jours les effets du développement rapide de l’IA et qu’il était important pour elle de se déplacer pour appuyer le mouvement de la « pause ».
« La pause serait un moyen de prendre une grande respiration et réfléchir à ce que l’on veut faire de l’IA, croit-elle. Mais personne ne veut le faire seul. Il faut une certaine forme d’accord international », ajoute Alba Borcien.
Le mouvement Pause IA s’est initialement développé à Utrecht aux Pays-Bas grâce au développeur Joep Meindertsma, qui a laissé son emploi « parce qu’il ne pouvait plus ignorer les risques existentiels que pose l’IA », a rappelé Jeremy Eliosoff dans son discours samedi. « Il faut écouter les experts. »
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