Les opineux du bonnet
Elle est longue, cette campagne électorale, et parfois même quelque peu cacophonique avec ces cinq futurs premiers ministres en puissance qui, jour après jour, tiennent de nombreux points de presse ; surtout pour une personne comme moi qui, fixée depuis longtemps, n’a pas besoin de se faire conter fleurette pour savoir à qui accorder son vote.
Boulimique d’information et ne pouvant m’empêcher de suivre cette campagne électorale, je porte alors mon attention un peu moins sur les propos des différents chefs de parti et beaucoup plus sur les images qui défilent sur mes écrans : le décor, les expressions faciales, le langage corporel des différents chefs, mais aussi et surtout les différents candidats que chaque parti prend plaisir à planter derrière leur leader respectif lors des points de presse.
Le monde politique a fait fleurir de magnifiques figures de style, toutes plus ou moins péjoratives à l’endroit d’un certain type de politicien ou de candidat. Il y a les députés d’arrière-ban du parlement, que certains osent traiter de plantes vertes tellement leur utilité est minimale. Lors d’une élection, on parle aussi de candidats poteaux, qui acceptent stoïquement de représenter une circonscription où leurs chances d’être élus avoisinent le zéro absolu.
Et puis, que dire de tous ces figurants qui entourent leur chef lors des points de presse télédiffusés ? À les voir hocher de la tête à la moindre parole que prononce leur leader, je ne peux m’empêcher de les comparer aux bobbleheads, ces petites figurines qui dodelinent de la tête au gré de la moindre vibration ou dénivellation.
Pourquoi une pareille habitude ? Pourquoi opiner ainsi du bonnet d’une manière aussi mécanique ? Chers candidats, je vous le dis sincèrement : ce genre de comportement digne d’un automate ne vous avantage en rien et va même jusqu’à vous discréditer ! Nous savons tous que vous êtes d’accord avec votre chef, pas besoin d’en mettre autant !
D’ailleurs, il est facile de remarquer que les politiciens d’expérience, ceux qui ont vu neiger, ne tombent plus aussi facilement dans ce piège mimétique. Pourquoi ne pas vous inspirer d’eux ? Ce comportement est d’autant plus absurde que je soupçonne que la vigueur et la fréquence des hochements de tête sont inversement proportionnelles à l’expérience du candidat et à sa maîtrise du dossier concerné. Une façon, j’imagine, de se donner de l’assurance, d’inspirer confiance et de montrer aux électeurs qu’il connaît bien les enjeux dont il est question.
Candidats de tous les partis, d’ici la fin de cette campagne électorale, je vous demande, je vais même jusqu’à vous implorer de cesser d’opiner systématiquement du bonnet. Concentrez-vous, choisissez votre moment et inspirez-vous de cette maxime qui était inscrite sur l’une des colonnes du temple de Delphes : « Rien de trop » ! Si vous suivez ce précepte inspiré du dieu Apollon, vous gagnerez en crédibilité et aussi en sagesse.
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