Un jour, une carte – Les Québécois aux urnes : le retour des indépendantistes ?

Ce prochain scrutin nous entraîne "là où le fleuve se rétrécit" (c’est ainsi - dans la langue des Indiens d’origine - que l’on désigne cette ville devenue province : Québec), là où le fleuve Saint-Laurent passe d’un large cours d’eau à un véritable bras d’océan Atlantique.
Un territoire grand comme 50 fois la Belgique, avec des ressources naturelles en eau qui font tourner les machines qui donne de l’énergie très bon marché à tous les habitants. Pour autant les débats sont ailleurs : la pauvreté, la drogue, les sans abris font aussi partie de la campagne électorale. Encore un mot de vocabulaire québécois, on ne dit pas "sans-abri" dans la belle province, on parle de "personnes itinérantes". Dans les grandes villes comme Montreal et Québec, le fléau du fentanyl - cette drogue de synthèse venue des Etats-Unis - fait des ravages.
Québec : là où le fleuve se rétrécit. © 2019 Ollie Millington Getty Images
On croyait la campagne réglée il y a quelques semaines. Quand les négociations sur les droits de douane ont capoté avec les Etats-Unis, les Canadiens ont eu un sursaut patriotique : regroupement derrière les dirigeants canadiens, liens privilégiés avec l’Europe... La cohésion nationale face à l’ennemi économique Trump va jouer à plein, y compris pour les dirigeants québécois, avec leur première ministre Christine Fréchette en tête.
Cohésion nationale de courte durée
Mais cela n’aura duré que quelques jours, quelques petites semaines : les derniers sondages sont catastrophiques pour l’équipe au pouvoir avec sa majorité absolue au parlement. Cette coalition Avenir Québec pourrait se retrouver sans aucun siège au parlement début de semaine prochaine. Un effondrement.
Le scrutin est majoritaire dans chacune des circonscriptions électorales : un seul élu en un seul tour. Celle ou celui qui arrive en tête emporte le siège de député pour représenter son territoire au parlement provincial. Avec quelque 38% des votes, un parti peut disposer de la majorité absolue.
Tous les partis se sont coalisés contre la majorité sortante
En tête, le parti Québécois qui, selon les experts des sondages canadiens, entre en zone majoritaire avec plus de 30% des intentions de vote. Ils se démarquent par quelques éléments de programmes phare : le Québec aux Québécois, le renforcement de la langue française et l’attention aux exigences de la population, y compris dans les zones plus éloignées des centres-villes. Et quelques marqueurs électoraux bien sentis : la promesse d’un référendum sur l’indépendance du Québec vis-à-vis du Canada, une alliance avec l’Otan et le rejet du lien monarchique avec le Roi d’Angleterre, Charles III
Mais en embuscade, il y a le retour du parti conservateur québécois. Ce parti et son grand frère canadien avait perdu beaucoup de plumes dans un alignement avec Donald Trump. Il redresse la tête avec un discours plus dur anti-immigration, avec la promesse de renvoyer au moins 70.000 immigrés en séjour irrégulier et de lutte contre l’insécurité. Un parti qui fait course en tête à Montréal et à Québec. Il reste une dizaine de points en retrait mais connaît la plus forte progression dans un électorat volatil.
Le vote n’est pas obligatoire au Québec et l’enjeu sera aussi la mobilisation des 6 millions d’électeurs, en particulier les jeunes. À peine 2/3 de l’électorat se mobilise d’habitude. Une nouvelle fois, ces élections feront s'opposer vote des villes contre les campagnes, avec cette particularité que les grands ensembles urbains seraient plus conservateurs que dans les autres démocraties occidentales.
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