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Tuesday, November 3, 2026

«De souche»: une incursion aux racines de l’extrémisme identitaire

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Le journaliste et réalisateur Simon Coutu a l’habitude de fouiller dans les marges de la société pour examiner les mouvements radicaux qui y grouillent et y prolifèrent. Dans De souche, il offre une plongée dans les profondeurs de l’extrême droite identitaire qui gravite autour de la théorie du grand remplacement, une chimère aux relents racistes et complotistes qui compte des adeptes jusqu’à la Maison-Blanche.

Cette fable xénophobe soutient que des élites politiques ouvrent toutes grandes les frontières nationales pour noyer la population « de souche » sous l’immigration. La frange la plus radicale de ce mouvement réclame même une « remigration », soit un renvoi massif de gens vers leur pays d’origine au nom de la préservation d’un noyau ancestral à la « pureté » fantasmée.

Autrefois reléguée aux confins d’Internet et des théories politiques les plus extrémistes, cette doctrine gagne aujourd’hui du terrain. Le Rassemblement national, en France, s’en fait le héraut et se trouve aux portes de l’Élysée et de Matignon. Dès le premier jour de sa carrière politique, Donald Trump a assimilé l’immigration mexicaine à l’arrivée de « violeurs » en sol américain — et la population l’a élu deux fois plutôt qu’une à la présidence.

Une normalisation de l’extrême

Même ici, Simon Coutu a constaté que de plus en plus de gens entretiennent le rêve d’un Québec aussi blanc que les fleurs de lys qui ornent le drapeau. Selon un rapport de la Chaire de l’UNESCO en prévention de la radicalisation et de l’extrémisme violent (Chaire UNESCO-PREV), quelque 15 % des Québécois adhèrent à la théorie du grand remplacement.

« Clairement, il y a une normalisation que je trouve inquiétante, explique le réalisateur indépendant. Ça reste un mouvement qui est marginal, mais qui a quand même fait sa place, aujourd’hui, dans un discours beaucoup plus mainstream. »

Dans les journaux à grand tirage, plusieurs tribunes colportent des idées proches du grand remplacement, souligne le documentaire. « Au Québec, explique David Morin, professeur à l’École de politique appliquée de l’Université de Sherbrooke et cotitulaire de la Chaire UNESCO-PREV, on a des chroniqueurs qui reformulent la théorie du grand remplacement en essayant de lui ôter sa dimension trop complotiste. »

De souche pige à même le corpus de Christian Rioux, ancien du Devoir passé au Journal de Montréal, de Joseph Facal et de Mathieu Bock-Côté pour étayer cette normalisation. Leurs discours sur l’immigration percolent dans les esprits jusqu’à résonner dans les rues du Québec, où des groupuscules, à l’image de Nouvelle Alliance et de Second Sons, manifestent ouvertement leur intolérance.

« Nous avons fondé ce pays : nous avons droit, nous pouvons prétendre, à une forme de prédominance », explique sans gêne le président de Nouvelle Alliance, François Gervais, dans le documentaire. Au Québec, la part de la population issue de l’immigration est croissante, mais demeure largement minoritaire : à peine 15 % en 2021, selon les données de l’Institut de la statistique du Québec.

Ouvrir une discussion saine sur l’immigration

Si la première moitié de De souche expose les extrêmes pour mieux montrer jusqu’où peuvent dériver les discours identitaires, la seconde partie sert à donner des balises factuelles pour encadrer les débats sur les politiques migratoires. Remettre en question le multiculturalisme ou encore les orientations gouvernementales en matière d’immigration demeure sain lorsque cela est fait de la bonne manière, estime le réalisateur, parce qu’« il n’y a pas que des coucous qui ont peur » des changements démographiques en cours.

« Le but du documentaire, ce n’était pas de lancer la roche à qui que ce soit, mais plutôt d’ouvrir une discussion, souligne Simon Coutu. Est-ce que nous avons fait les choses de la bonne manière, par exemple après la pandémie, dans l’octroi des permis de travail temporaire ? Est-ce que nous avons accueilli trop de gens ? Est-ce que nos politiques en immigration étaient bien faites au courant des dernières années ? Nous nous permettons de poser ces questions. »

« Dans tous les sujets que je couvre à l’extrême, ajoute-t-il, il y a souvent un fond de vérité ou de malaise qui s’explique. En Occident, nous faisons moins d’enfants et, pour demeurer en croissance, nous avons fait le choix d’ouvrir nos portes. C’est un choix de société et les choix de société doivent être discutés. Être critique de l’immigration, conclut le journaliste, ça ne veut pas nécessairement dire être raciste. »

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