À l’orée de la mort, Louis-José Houde célébre la vie
À 48 ans, presque 49, père de deux jeunes garçons, Louis-José Houde s’apprête à dévoiler son sixième spectacle, certainement le plus autobiographique de sa carrière, un parcours exceptionnel au cours duquel il aurait vendu 1 479 738 billets ! Pour Et jusqu’à la fin la beauté, l’humoriste s’est donné toute une mission : faire rire en abordant ses déboires avec la maladie d’Alzheimer de sa mère, la proche aidance et le système de santé. « J’ai beaucoup de plaisir à faire le spectacle, tient d’entrée de jeu à préciser l’humoriste. Ça m’a fait énormément de bien de l’écrire, et c’est tout aussi cathartique de le défendre sur scène. Le but, c’est toujours le même que pour mes autres spectacles : faire rire les gens. »
En 2018, Angèle, la mère de Louis-José Houde, divorcée depuis quelques années, ayant quitté Brossard pour s’installer à Québec et vivre une retraite faisant la part belle aux arts, reçoit un diagnostic qui vient tout bouleverser. « La maladie n’a pas été foudroyante, explique l’humoriste. Il n’y a pas deux histoires pareilles, mais ma mère, au début, elle était lucide, tout à fait consciente qu’elle avait un trouble cognitif léger qui allait un jour la mener à la maladie d’Alzheimer. Ça m’a fait beaucoup de peine, ce diagnostic, parce que ma mère a toujours été une femme cultivée, curieuse, passionnée de littérature et de théâtre. D’ailleurs, le titre du spectacle vient de là, du fait que la maladie ne l’a jamais empêchée de répondre à la beauté, notamment à celle de la musique. »
Dès 2019, par déformation professionnelle aussi bien que pour garder la tête hors de l’eau, l’humoriste commence à prendre des notes. « Je documentais ce que traversait ma mère, mais aussi ce que nous vivions, mes sœurs et moi. La maladie s’est déployée à peu près en même temps que la pandémie. Le premier confinement, c’est ça qui l’a un peu envoyée de l’autre côté de la lucidité. Elle ne comprenait plus rien. Au moment où on recevait 150 nouvelles consignes par jour, elle a tout simplement arrêté d’emmagasiner quoi que ce soit. Ça a été des années difficiles, surtout quand elle s’est mise à perdre sa lucidité, quand la paranoïa et l’angoisse ont embarqué, mais aussi des années non dépourvues de situations que je qualifierais de souriantes. »
Tragique et comique à la fois
L’humoriste reconnaît qu’il a très souvent le réflexe de « dédramatiser » les situations, de « trouver » le comique dans tout. « Je ne pense pas que j’aurais pu faire ce spectacle au début de ma carrière. C’est le métier qui a fait que j’ai été capable de voir qu’il y avait, dans l’autodérision de ma mère, la base de tout un spectacle. En 2024, je suis monté à vélo jusqu’au Lac-aux-Castors et j’ai tapé toutes les notes que j’avais prises depuis 2019. Je me suis retrouvé avec 300 pages de matériel ! »
Aujourd’hui, nous apprend Houde, le spectacle tient sur 68 pages. « Il a fallu couper beaucoup de choses, parce qu’il n’y a qu’une fine marge dans laquelle on peut décemment nager, un mince espace entre le tragique et le comique, un endroit précis où on n’est pas dans le pathos, mais pas non plus en train de rire aux dépens de ma mère. À propos de ses pertes de mémoire, par exemple, j’ai mis l’accent sur les anecdotes où elles causent des situations dans lesquelles je suis en quelque sorte la victime. Autrement dit, je ne ris jamais d’elle. Il y a des moments plus durs, évidemment, je n’évite pas ce qui est difficile, mais ça reste un spectacle d’humour. »
Tout en reconnaissant que le spectacle rend une forme d’hommage à sa mère, l’humoriste avoue qu’il l’a conçu en pensant à celles et à ceux qui vivent une situation comparable à la sienne, des gens qui, comme lui, en ont long à dire sur des sujets tels que la vie en résidence, les voisins de chambre, l’homologation du mandat de protection, l’interrogatoire, les propos suicidaires et les coups de fil incessants. « C’est un récit de proche aidance… drôle ! Il y a du laid, mais il y a également du très beau dans tout ça. Mon défi, c’est de faire rire les gens qui vivent ça en ce moment, qui l’ont vécu ou qui anticipent de le vivre prochainement. »
L’humoriste conclut en parlant des rapprochements que la maladie a permis de créer entre sa mère et lui. « J’ai passé des centaines d’heures avec ma mère, des heures que je n’aurais pas passées avec elle si elle n’avait pas été malade, mais je pose aussi dans le spectacle un regard plus global sur la situation. Si j’arrive à alléger un peu le quotidien des gens qui sont touchés par une épreuve semblable, j’aurai accompli ma mission. »
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