Des rues pleines de manifestants et des partis politiques vides : qu'est-ce que le paradoxe de "l’hyperpolitique" ?

Le phénomène décrit une "répolitisation" sans "réinstitutionnalisation" : d’un côté, les individus se politisent plus, on voit davantage de manifestations, d’activité politique et de participation électorale. Mais de l’autre, pas plus d’engagement au niveau des syndicats ou des partis politiques. C’est ce qu’Anton Jäger nomme dès 2008 "l’hyperpolitique".
La crise financière mondiale marque un tournant avec les années 1990-2000. L’auteur considère cette période comme "l’époque de la post-politique, où on voit une dépolitisation et aussi une désinstitutionnalisation en même temps". Avec la mise en place de politiques d’austérité instaurées après la crise, le contrat social se fissure et la colère populaire augmente.
D’autres événements comme le Brexit ou l’élection de Donald Trump illustrent aussi ce phénomène. Ils seront même amplifiés par l’arrivée des réseaux sociaux : "Je crois quand même que le numérique, et surtout la situation politique contemporaine, stimule une mobilisation et une contestation beaucoup plus fortes, surtout de la part des jeunes".
La fin des institutions traditionnelles
Le manque d’engagement des citoyens au sein des institutions serait aussi dû à la "désinstitutionnalisation" de la politique. Il prend notamment l’exemple de l’explosion des partis traditionnels en France et en Allemagne : "La CDU en Allemagne, qui était quand même le Volkspartei, comme on disait, pour presque 50 années, pour l’entièreté de la République allemande après la guerre, maintenant fait des chiffres qui sont absolument désastreux".
En parallèle de cet effondrement, la participation électorale augmente : "L’AFD, elle, a su doubler le nombre de ses électeurs dans les dernières 20 années. Ça montre que les grands partis sont en crise, en chute même. Et en même temps, on voit une sorte de participation électorale ou une répolitisation assez forte aussi".
Manifestation du 17 octobre à Paris © Richard Bord via Getty Images
La personnalisation du cadre idéologique
L’affaiblissement des institutions a aussi pour conséquence la fragilisation des idéologies. Pour l’auteur, le phénomène est largement amplifié par les réseaux. S’il n’y a pas d’institutions pour articuler une idéologie, chacun peut adopter une idéologie personnalisée. Il sera donc par la suite plus difficile d’adhérer à un parti en particulier.
Pour Anton Jäger, l’hyperpolitique a donc tendance à atomiser des individus et leurs idéologies. Selon lui, la rue et les quartiers constituent des espaces essentiels pour retisser les liens collectifs et redonner une dimension politique à des générations de plus en plus fragmentées : "Le numérique ne donne pas la même possibilité de créer des solidarités" que ces espaces de sociabilité.
► Écoutez ci-dessus l’intégralité de cette discussion dans le podcast du Monde en direct.
KioskNews shows a cleaned-up reading view extracted from the publisher’s page — the original always lives on their site, not ours.