Contestation en Albanie: dans les Balkans, l’UE face à ses contradictions

Une nouvelle journée de mobilisation, mardi 21 octobre, en Albanie pour dénoncer la corruption du gouvernement et réclamer le départ du Premier ministre, Edi Rama. Un mouvement de protestation qui met l’Union européenne dans l’embarras. Il interroge, comme la Serbie avant l’Albanie, sa stratégie d’élargissement dans les Balkans.
L’élargissement de l’Union européenne dans les Balkans est une priorité de Bruxelles. « Une priorité » et « un investissement géopolitique crucial » selon les mots même d'Antonio Costa, le président du Conseil européen, lors d'une tournée dans les Balkans en juin dernier. Une priorité car pour Bruxelles, il y a une volonté d’ancrer les Balkans à l’Ouest et de contrer l’influence de la Russie dans cette région qui, durant la guerre froide, faisait partie du bloc de l’Est.
Cinq pays de la région ont aujourd’hui le statut de candidat officiel et un, le Kosovo, de candidat potentiel. Deux, le Monténégro et l’Albanie, font figure de candidats les plus avancés dans la région. Ce pourrait être dès l’année prochaine pour le Monténégro. Et il y a trois semaines, la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen estimait que pour l’Albanie aussi « l’objectif est en vue ». Même si elle reconnaissait qu’il « reste du travail à accomplir ».
Corruption
Mais ces manifestations soulignent que cet objectif n’est peut-être pas si proche que ça. Les manifestants dénoncent la corruption au sein du gouvernement. Une corruption qui est documentée. L’Albanie était 91e l’an dernier dans le classement de l’organisation Transparency International, sur 182 pays. L’Albanie a même chuté de onze places par rapport à 2024.
Le pays a fait des efforts dans la lutte contre la corruption avec notamment la mise en place d’une structure spéciale pour enquêter et juger les faits de corruption et liés au crime organisé en décembre 2019. Elle a eu des résultats : d’anciens hauts dirigeants placés en détention. Mais lorsqu’en octobre dernier, elle a inculpé la vice-Première ministre, Belinda Balluku, une proche du chef du gouvernement, celui-ci l’a protégée. Et le parlement a refusé de lever son immunité parlementaire.
Ces manifestations posent aussi la question de l’état de droit. Si Edi Rama dénonce les violences des manifestants qui ont incendié des bâtiments publics, les organisateurs de ce mouvement, eux, des violences policières à l’encontre des manifestants et des journalistes.
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Tiédeur européenne
Mais l’Union européenne a une réponse très discrète sur ces mouvements. La délégation de l’UE en Albanie s’est contentée d’appeler les autorités à adopter une réponse proportionnée. Et de rappeler que « la liberté de réunion et la liberté d'expression sont des droits fondamentaux et des valeurs européennes essentielles ».
Et en Serbie aussi, des manifestants ont pris la rue pour dénoncer la corruption. Leur mouvement a commencé en novembre 2024 ; il a gagné de l’ampleur. Lui aussi a été marqué par des actes de violence ; manifestants et forces de l’ordre s’en rejetaient la responsabilité. Là aussi, l’Union européenne avait souligné son attachement au droit de manifester et avait appelé à une réponse proportionnée de la part des forces de l’ordre, se gardant toutefois de dénoncer frontalement leur gestion de ces manifestations.
Valeurs de l’UE
Le mouvement a conduit à des élections législatives anticipées. Elles auront lieu ce dimanche. Un parti issu de la contestation se présente. Mais des craintes pèsent sur l'intégrité du scrutin.
Bruxelles veut éviter que les dirigeants de ces pays aillent trouver à Moscou un soutien qu’ils n’auraient pas au sein de l’Union européenne. Cela explique la tiédeur de ses réactions face à ses mouvements. Mais la Serbie et l’Albanie posent une question : pour contrer l’influence russe en Europe, l’UE n’est-elle pas en train de renoncer aux valeurs sur lesquelles elle s’est bâtie ?
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