Quand la peur de manquer d’argent jette une ombre sur la retraite
Plusieurs lecteurs nous ont fait part de leurs craintes de nature économique, et c’est la peur de manquer d’argent à la retraite qui trône au sommet de leurs préoccupations. Ce qui pourrait faire dérailler leurs plans ? Une dérive de l’intelligence artificielle (IA), la hausse du coût de la vie et une crise financière majeure.
Une dérive de l’intelligence artificielle
« Je crève de peur que mon fonds de retraite CELI, qui est en fait comme un régime à cotisations déterminées, s’écrase d’un seul coup sous le poids spéculatif des IA », nous écrit Pierre François Gagnon, en réponse à un appel à tous lancé par Le Devoir. Le Longueuillois s’inquiète des conséquences que pourrait entraîner un effondrement des titres des entreprises d’intelligence artificielle, « trop peu rentables », qui accaparent une part de plus en plus importante des grands indices boursiers.
« Je suis retraité et ma plus grande peur : une cyberattaque dans le domaine financier qui anéantirait toutes mes épargnes de retraite », craint pour sa part Luc Lemieux. Il se dit convaincu que « la majorité des retraités ont une certaine crainte — pour ne pas dire une crainte certaine — que leurs économies durement accumulées puissent disparaître [à la suite d’un incident] causé par l’IA ».
Nos lecteurs ne sont pas seuls à s’inquiéter de manquer d’argent à la retraite. Selon un sondage commandé par Sun Life en avril dernier, 44 % de 1921 adultes canadiens sondés s’inquiètent de ne pas avoir assez d’épargne pour la retraite. L’incertitude économique aurait des effets néfastes sur la santé mentale et le niveau de stress de plusieurs personnes (26 %), de même que sur leur sommeil (19 %) et leur bien-être général (22 %).
Quand il est question d’incertitude économique, on note chez nos lecteurs que les questions liées à l’intelligence artificielle ne sont jamais bien loin.
Danielle Villeneuve, une travailleuse autonome de Laval, regarde l’IA avec une bonne dose de scepticisme. Celle qui se décrit comme « une personne âgée qui “télétravaille” encore » soulève les possibilités de fraudes bancaires facilitées par les outils technologiques, comme les hypertrucages (deepfakes). « Et c’est sans parler des risques des fuites de données [engendrés par] la capacité de l’intelligence artificielle de sortir de son “carré de sable”. »
Au-delà de l’intelligence artificielle, la hausse du coût de la vie préoccupe plusieurs retraités. « N’ayant que les pensions gouvernementales pour vivre, j’ai peur de ne plus être capable de payer mon loyer ! » affirme Pierre Raymond, 83 ans.
Une hausse du coût de la vie
Yves, qui préfère taire son nom de famille, est à la retraite depuis trois ans. Il continue néanmoins à travailler à temps partiel « par crainte de ne pas arriver à boucler les fins de mois éventuellement ». Celui qui se dit « éconoanxieux » redoute une spirale à la hausse du coût de la vie, faisant en sorte que « notre style de vie soit quelque chose qui appartient au passé ».
Pas étonnant que près de la moitié des Québécois (48 %) ressent une anxiété financière importante, selon un sondage Léger mené pour l’organisme Centraide du Grand Montréal auprès de 2003 adultes de la province. Une personne sur quatre affirme aussi que sa situation s’est détériorée dans les six derniers mois.
Une crise financière
Les souvenirs de la crise financière de 2008 sont encore vifs chez nos lecteurs. Ils sont nombreux à avoir peur d’un effondrement boursier qui plongerait l’économie mondiale en récession.
« J’ai peur d’un krach provoqué par un repli des investisse[ments] dans l’IA, dont les rendements pourraient s’avérer décevants », écrit Carole. Les spéculations vont d’ailleurs bon train à savoir s’il y a une bulle de l’intelligence artificielle sur les marchés boursiers et, le cas échéant, si et quand elle pourrait éclater.
« Je sais que 2008 avait été causée par les subprimes, mais, cette fois-ci, les contrecoups de l’élection américaine à venir en 2028 résonnent chez moi avec autant de force », avance pour sa part Hélène Paquet, une lectrice de Sainte-Anne-de-Beaupré. Elle redoute d’éventuels troubles politiques au sud de la frontière. « J’ai l’impression que la nervosité extrême des marchés actuels n’a pas fini de nous stresser. Et ça va se répercuter sur mes économies, moi qui viens tout juste d’entamer ma retraite. »
La femme de 66 ans s’inquiète aussi pour ses pairs. « Comment ferons-nous pour aider les centaines de milliers de personnes qui sont sur le point d’arriver à la retraite, et qui n’ont pas pu épargner comme j’ai eu le privilège de le faire ? »
Une question qui risque de résonner chez Marie Gaudreau, une ancienne travailleuse autonome aujourd’hui retraitée et qui n’a pas de fonds de pension. Elle s’inquiète en particulier pour les femmes, qui ont souvent occupé des emplois moins bien payés que les hommes et qui n’ont pas pu se bâtir un patrimoine aussi important. « J’ai réussi à mettre un peu d’argent de côté, mais ça ne me donne pas les moyens de vivre très vieille. Je crains de finir mes jours dans l’extrême pauvreté. »
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