Quels seront les enjeux en environnement de la campagne électorale?
Développement éolien, protection de 30 % du territoire d’ici 2030, électrification des transports, industrie gazière : même si, en ce début de campagne électorale au Québec, l’environnement n’est pas le premier thème sur lequel sautent les chefs de parti, les dossiers ne manquent pas.
Après l’ère des grandes promesses écologiques et celle, plus récente, des grands dégonflages, les partis risquent d’insuffler un esprit plus pragmatique à leurs propositions en environnement et d’insister sur leur influence sur le coût de la vie.
« On pense que les partis doivent mettre en avant des solutions pour nous défaire de notre dépendance aux énergies fossiles — et ce, pour reprendre le contrôle sur notre portefeuille », affirme Andréanne Brazeau, analyste pour la Fondation David Suzuki.
Plusieurs écologistes pensent que le Québec est mûr pour se « débarrasser » des énergies fossiles, à l’instar d’autres pays qui galopent vers les technologies électriques, sans cesse plus abordables et efficaces.
L’enjeu n’est pas seulement climatique : il est aussi économique et géopolitique. « L’électrification nous permettrait d’avoir le contrôle sur le prix de notre énergie », soutient Mme Brazeau, qui espère que le prochain gouvernement va rétablir l’« ambition » du Québec en matière de véhicules électriques.
Rappelons que le Québec perd plus de 10 milliards de dollars par année en essence. Cela correspond à environ 3000 $ par ménage.
L’hiver dernier, le gouvernement caquiste a repoussé de 2030 à 2035 l’objectif québécois de réduction des émissions de gaz à effet de serre de 37,5 % par rapport à 1990. L’État avait été incapable de mettre le Québec sur une trajectoire rendant possible l’atteinte de cette cible.
Mélanie Busby, une responsable du Front commun pour la transition énergétique (FCTE) — qui regroupe des groupes écologistes, syndicaux, citoyens et communautaires —, pense aussi que la campagne électorale est l’occasion, pour le Québec, de décider comment se sevrer des énergies fossiles. Mais ce n’est pas une raison pour accroître aveuglément la production d’énergie renouvelable afin de soutenir le développement industriel, « comme le PGIRE nous invite à le faire », avertit-elle.
Le Plan de gestion intégré des ressources énergétiques, ou PGIRE, était la pièce maîtresse de la planification énergétique du gouvernement caquiste. La première itération, déposée en juin 2026, n’a pas l’étoffe nécessaire pour jouer son rôle fédérateur, selon bien des gens du milieu de l’énergie. Voilà pourquoi le FCTE demande maintenant un « BAPE générique sur l’avenir énergétique et industriel du Québec », c’est-à-dire une grande consultation menée par le Bureau d’audiences publiques sur l’environnement.
Cela va dans le sens d’une demande de longue date des groupes écologistes, qui veulent la tenue d’un BAPE générique sur le développement éolien au Québec.
La sobriété avant tout
Pour répondre à la forte demande en électricité propre, Hydro-Québec veut tripler la production d’énergie éolienne d’ici 2035. Il faudra pour cela installer environ 1700 grandes turbines modernes. Les répercussions sur les paysages et les écosystèmes seront considérables. Dans la dernière année, plusieurs groupes d’opposition se sont organisés dans la province.
Bâtir des éoliennes, « ça ne peut pas être la seule solution », dit Martin Vaillancourt, directeur du Regroupement national des conseils régionaux de l’environnement du Québec (RNCREQ). Le gouvernement doit avant tout rehausser l’efficacité et la sobriété énergétiques, selon lui.
À ce chapitre, les thermopompes — qui utilisent environ trois fois moins d’énergie que les radiateurs électriques pour chauffer un même espace — représentent une solution énergétique sur laquelle les partis pourraient vouloir miser, à force de subventions.
En effet, ces appareils permettent aux ménages d’économiser des centaines de dollars par année sur leur facture d’Hydro-Québec tout en rendant de l’électricité disponible pour décarboner d’autres secteurs.
Au Parti conservateur, on promet d’éliminer le marché du carbone, qui existe au Québec depuis 2013 et auquel l’État de Washington vient de se joindre. Le Fonds d’électrification et de changements climatiques (FECC) — qui finance la transition énergétique, mais qui a souvent été critiqué par les vérificateurs officiels — serait aussi éliminé.
Les autres partis soutiennent le marché du carbone et le FECC, qui sont au cœur de l’arsenal climatique québécois. En juillet, Christine Fréchette invitait les autres provinces à s’y joindre. Le Parti québécois, lui, veut cesser le « gaspillage » au sein du FECC et prioriser « les dépenses les plus efficaces », notamment en électrification.
Biodiversité, gaz naturel
En matière de biodiversité, le Québec a pour objectif de protéger 30 % de son territoire d’ici 2030. Pour choisir les aires protégées, des processus de concertation régionale, pilotés par les conseils régionaux de l’environnement, sont en cours. Les rapports seront rendus à la fin de l’automne.
« Moi, dit M. Vaillancourt, j’aimerais entendre les partis politiques dire : on va s’engager à recevoir le résultat de ces concertations-là et à faire en sorte que ça devienne des projets de conservation. » Pour l’instant, le Québec ne protège que 17 % de son territoire terrestre.
Sur un autre tableau, les écologistes comptent bien s’opposer à l’idée d’exploiter du gaz naturel au Québec. Le Parti conservateur voudrait rouvrir cette industrie qui, selon lui, enrichirait la province. La première ministre sortante, Christine Fréchette, soupèse également cette possibilité.
L’exploitation de gaz naturel par fracturation pose des risques pour les nappes phréatiques. Il y a une quinzaine d’années, les Québécois avaient fermé la porte à cette industrie polluante qui aurait défiguré la vallée du Saint-Laurent avec jusqu’à 20 000 puits.
En outre, durant la campagne électorale, les chefs seront probablement amenés à se prononcer sur le projet d’exportation de gaz naturel liquéfié (GNL) de Kino Aski, qui inclut l’entreprise norvégienne Marinvest, à Baie-Comeau.
Avec un pipeline et un terminal portuaire, les promoteurs proposent d’exporter vers l’Europe 15 millions de tonnes de GNL provenant de l’Ouest canadien par année. Ce projet industriel majeur aurait des conséquences sur les écosystèmes du Québec. Il nécessiterait par ailleurs un bloc de puissance d’Hydro-Québec pour « équilibrer » son parc éolien privé de 1700 mégawatts.
Il va sans dire que les groupes environnementaux promettent de se battre contre Kino Aski. La combustion de 15 millions de tonnes de GNL émet plus de 40 millions de tonnes de CO2, soit environ la moitié des émissions annuelles du Québec. Pour Andréanne Brazeau, « il faut laisser les énergies du passé dans le passé ».
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