Les conifères regagnent du terrain dans les forêts du Québec
Après le déclin des conifères provoqué par l’épidémie de la tordeuse des bourgeons de l’épinette qui a sévi de 1972 à 1986, ces essences d’arbre sont en bonne voie de reconquérir les forêts du Québec. Une équipe de chercheuses de l’Université Concordia a fait cette constatation en analysant des images satellite et les inventaires forestiers effectués sur le terrain entre 1985 à 2021.
Les chercheuses ont étudié dans un premier temps des inventaires de divers types de forêts (forêts boréales, forêts mixtes et forêts tempérées décidues, aussi appelées caducifoliées) sises dans différentes régions du Québec et allant de la fin de l’épidémie de la tordeuse des bourgeons de l’épinette jusqu’à 2021. À partir de ces données, elles ont estimé l’importance relative (qui combine la fréquence, la densité et la superficie occupée) de chaque espèce d’arbres au cours du temps.
Elles ont ainsi remarqué que l’importance relative des conifères s’est accrue au sein de tous les types de forêts au cours de la période examinée, alors que celle des espèces de feuillus telles que le bouleau blanc, le peuplier faux-tremble et l’érable à sucre a diminué plus récemment.
Les forêts mixtes sont celles qui ont connu les hausses les plus importantes en conifères. Cette résurgence des conifères est carrément dominée par le sapin baumier, « une espèce résiliente qui est tolérante à l’ombre », font remarquer les chercheuses.
Comment expliquent-elles cette transformation ?
« Quand les conifères ont été décimés par l’épidémie de tordeuse de bourgeons de l’épinette — le sapin baumier ayant été le plus touché —, les espèces de feuillus ont profité des trouées créées dans la canopée par la mort de ces arbres pour proliférer », explique Jennifer Donnini, qui effectue un doctorat sous la direction de la professeure Angela Kross au Département de géographie, urbanisme et environnement de l’Université Concordia.
Lors d’une étude précédente, l’analyse d’inventaires forestiers effectués avant 1985 avait effectivement montré une prolifération d’espèces de feuillus, plus particulièrement de bouleaux blancs, une essence qui croît rapidement, dans les endroits où le sapin baumier avait presque complètement disparu.
« Des sapins baumiers ont néanmoins commencé à se régénérer sous les feuillus. Tolérants à l’ombre, ils ont pu survivre sous la canopée des feuillus jusqu’à ce que ces derniers soient touchés par des perturbations qui leur ont alors permis de compétitionner et de croître vers la canopée. Il leur a fallu 30 ans pour se régénérer et reprendre le contrôle de la canopée », poursuit Jennifer Donnini.
Ces perturbations susceptibles de causer la mort et la chute des feuillus peuvent être des vents violents, une infestation d’insectes, comme la livrée des forêts, ou des aménagements forestiers, comme des coupes. Ces perturbations induisent des ouvertures dans la canopée dont les conifères, comme le sapin baumier, tirent parti, précise la doctorante.
Les nouvelles proportions de conifères et de feuillus constatées dans les forêts du Québec auront des effets importants sur l’environnement, prévient-elle. Parce que les conifères et les feuillus séquestrent le carbone différemment et ils réagissent différemment aux incendies.
« Les conifères sont généralement plus inflammables que les feuillus. Ce sont des résineux dans lesquels le feu monte rapidement vers la canopée. On l’a vu dans la région de Bordeaux, en Gironde, où le feu se répandait rapidement dans les pinèdes. Les conifères peuvent affecter la propension des forêts à brûler, ils peuvent accroître les probabilités d’incendies graves », explique Jennifer Donnini, qui va continuer à travailler sur les feux de forêt dans ses recherches. Plus particulièrement, elle étudiera différentes variables des forêts, dont leur composition en conifères et en feuillus, pour voir comment ces variables influencent les feux de forêt au Québec.
Dans le cadre de leur étude qui fait l’objet d’une publication dans le Journal of Forestry Research, les chercheuses ont mis au point un outil informatique qu’elles ont entraîné par apprentissage automatique et qui permet de discerner sur des images satellites les grands changements qu’a subis la composition des forêts au cours des décennies.
Bien que ces images ne fournissent pas autant de détails que les inventaires, elles permettent de relever les grandes tendances, dont la proportion de feuillus et de conifères dans les divers types de forêt.
Ces images satellitaires s’avéreront très utiles pour la planification de l’aménagement des forêts, souligne la jeune chercheuse.
Ce contenu est réalisé en collaboration avec l’Université Concordia.
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