Rencontre avec les chefs des Premières Nations | Carney prêt à abolir la « loi raciste » sur les Indiens

(Ottawa) Le premier ministre Mark Carney ouvre la porte à l’abolition de la Loi sur les Indiens à l’issue d’une rencontre historique entre les premiers ministres et les chefs des Premières Nations. Il accepte ainsi la suggestion de son homologue du Manitoba, Wab Kinew, pour qui le Canada ne devrait pas avoir de « système d’identification fondé sur la race ».
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« C’est un anachronisme de notre passé et, j’hésite à le dire comme cela, c’est un euphémisme, c’est une loi raciste, au fond », a-t-il répondu en conférence de presse.
Plus tôt dans la journée, le premier ministre Kinew avait brandi sa carte de statut d’Indien lors d’une mêlée de presse et avait dit que le Canada ne devrait plus avoir de « système d’identification fondé sur la race ». Il estime que la Loi sur les Indiens a fait son temps et qu’elle doit faire place à une approche plus moderne. Il est le premier Autochtone issu d’une Première Nation à diriger un gouvernement provincial.
PHOTO JUSTIN TANG, LA PRESSE CANADIENNE
Wab Kinew
« Je partage son point de vue et je m’engage dans un processus qui permettra au Canada de dépasser la Loi sur les Indiens », a déclaré le premier ministre Carney.
Il a demandé à la ministre des Services aux Autochtones, Mandy Gull-Masty, et à la ministre des Relations Couronne-Autochtones, Rebecca Alty, de travailler de concert avec l’Assemblée des Premières Nations (APN) en ce sens. Il a noté que le gouvernement répond à une demande exprimée par le premier ministre Kinew et par d’autres chefs lors de la rencontre, mais pas par tous.
Le projet de loi S-2 sur la transmission du statut de membre des Premières Nations entre les générations pour éliminer des inégalités entre les sexes dans la Loi sur les Indiens fait également partie des éléments qui créent des conditions propices à une réforme ou même l’abolition de cette législation. Mais il a insisté sur la nécessité de le faire en partenariat avec les Premières Nations.
« Il leur appartiendra de trancher cette question », a affirmé la cheffe de l’APN, Cindy Woodhouse Nepinak.
Elle a constaté que la loi avait créé « beaucoup de fauxtochtones », des gens se disant autochtones sans être membres d’une Première Nation. Certains ont réellement des racines autochtones, mais n’appartiennent plus à leur communauté en raison des critères du gouvernement.
« Je sais que ce sont des conversations difficiles, mais c’est la vérité », a-t-elle dit.
Rencontre historique
À l’ouverture de la rencontre, la cheffe Woodhouse Nepinak avait affirmé que le Canada peut considérer les Premières Nations comme un allié face à la guerre commerciale avec les États-Unis et les menaces séparatistes, mais que la création de richesse ne doit pas se faire au détriment de leurs droits et de l’environnement.
« C’est la première fois, en 119 ans de relations entre la Couronne et les Premières Nations, qu’une réunion des premiers ministres se consacre exclusivement aux priorités des Premières Nations », a-t-elle soulevé.
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Woodhouse Nepinak et Mark Carney
Elle a pris soin de rappeler que les Premières Nations habitaient le territoire canadien « bien avant l’établissement de toute frontière coloniale. »
La dernière rencontre entre des représentants des peuples autochtones et les premiers ministres fédéral, provinciaux et territoriaux remonte à 2005 lors de la conférence de Kelowna organisée par l’ancien premier ministre Paul Martin.
Le premier ministre Mark Carney avait invité les chefs autochtones à la table des premiers ministres en décembre après que la conclusion de l’entente de principe le gouvernement fédéral et celui de l’Alberta pour la construction d’un oléoduc vers la Colombie-Britannique eut suscité la colère d’un bon nombre de communautés dans l’Ouest canadien.
« Nous devons corriger une injustice historique, mais il nous faut aller plus loin, a-t-il affirmé à l’ouverture de la rencontre. Nous devons également assurer un véritable partage des opportunités – par l’éducation, la santé, les infrastructures essentielles et la sécurité au sein des communautés – en établissant un socle commun. »
Il a annoncé des sommes de 2,5 milliards sur cinq ans et de 450 millions récurrents pour aider les Premières Nations à se préparer aux situations d’urgence comme les incendies de forêt et les inondations qui les touchent de façon disproportionnée. Le gouvernement fédéral versera également plus de 630 millions sur quatre ans et 250 millions de façon récurrente pour les services policiers dans les communautés autochtones et inuites. À cela s’ajoute, 140 millions pour la prévention du crime.
Il a promis que les Premières Nations auront leur part de richesse découlant des projets de développement économique que son gouvernement souhaite accélérer. D’abord avec la création d’un fonds souverain qui leur serait destiné, en élargissant la Loi sur la gestion financière des Premières Nations afin de simplifier l’accès à du financement pour investir dans les grands projets et ainsi en tirer des bénéfices.
Elles obtiendront une part des 8 milliards pour la formation et l’embauche de travailleurs qualifiés de même que 260 millions sur quatre ans pour que ces travailleurs autochtones aient accès aux opportunités d’emploi découlant de ces projets. D’autres annonces sont à venir dans le budget fédéral qui sera déposé le 5 novembre.
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