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Friday, October 30, 2026

«Fracture américaine»: prendre les États-Unis par les extrêmes

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La société américaine est polarisée. On l’entend dire tous les jours. Toutes les tendances et leurs contraires semblent se croiser quotidiennement chez nos voisins du Sud. Pour l’illustrer, le journaliste Simon Coutu s’est rendu sur le terrain, à travers différents États américains, pour rencontrer des hommes et des femmes qui incarnent, selon lui, cette polarité. Ça a donné la série documentaire Fracture américaine, dont on peut voir les quatre épisodes à TV5.

Dans Fracture américaine, on croise autant des stars de la porno queer que des extrémistes religieux de l’Église baptiste de Westboro, des hommes alpha en quête d’identité que des féministes cultivant le cannabis, des brigades des Blacks Lions, les héritiers des Black Panthers, que des citoyens américains traquant les immigrants en situation irrégulière à la frontière mexicaine en Arizona, ou encore des influenceurs politiques de droite et de gauche.

Simon Coutu le reconnaît en entrevue, les personnages qu’il rencontre ne sont pas nécessairement représentatifs de la société américaine. « Ça n’est pas un portrait, à mon avis, de ce qu’est la société américaine. Mais je pense que l’addition de tous ces extrêmes donne un portrait qui n’est pas exhaustif, mais au niveau des enjeux abordés, assez juste », dit-il.

Ce qui est particulier aussi, c’est que tous ces gens s’expriment librement à la caméra. La liberté d’expression est d’ailleurs l’argument brandi maintes et maintes fois dans les épisodes du documentaire.

« La liberté d’expression, c’est le premier amendement. Et c’est à mon avis ce qui différencie notre société de celle des Américains », fait valoir le journaliste en entrevue. « Autant les ultrareligieux que le monde de la pornographie revendiquent le droit de dire et de faire ce qu’ils veulent. Et ça, c’est profondément américain. »

Plusieurs participants au documentaire reconnaissent d’ailleurs qu’ils ne pourraient faire ce qu’ils font ailleurs dans le monde.

C’est vrai aussi, bien sûr, pour le port d’armes à feu. Lorsque Simon Coutu suit les Black Lions à Philadelphie, on les voit circuler avec des armes dignes d’un arsenal militaire, et entrer librement avec dans les commerces. Même chose pour la brigade qui surveille bénévolement les frontières de l’Arizona pour traquer les personnes qui entrent au pays de façon illégale.

« Un citoyen qui se trimballe avec un fusil à pompe, à la limite, dans un contexte rural comme à la frontière avec le Mexique, c’est déjà complètement étrange, mais on est dans le bois. Mais à Philadelphie, dans une zone urbaine grosso modo de la grosseur de Montréal, c’est quand même perçu comme normal. Il n’y a personne qui s’en offusque. Au contraire, les gens les klaxonnent pour les féliciter », raconte-t-il.

Il soutient que cette méfiance envers un gouvernement potentiellement tyrannique, qui justifie le port d’armes, fait également partie de l’ADN américain.

Le tout ne vient évidemment pas sans paradoxe. On sait, par exemple, que les conservateurs sont de grands consommateurs de pornographie.

Reste que les points de vue présentés dans le documentaire sont tellement diamétralement opposés qu’on se demande comment ils pourraient un jour se réconcilier.

Des rêves évanouis

Un membre des Black Lions, originaire d’un autre pays, croit qu’il est nécessaire de s’armer, pour se faire respecter, lorsqu’on est un homme de couleur dans les rues de Philadelphie. « Le rêve que j’avais en venant aux États-Unis, et la réalité que j’y ai trouvée, ce sont des opposés, raconte-t-il. Ma vie était plus paisible là-bas. »

Cette polarité se fait évidemment entendre largement à travers les influenceurs politiques du pays. Un Américain sur cinq se fie à eux pour s’informer.

Pour Naima Troutt, une influenceuse politique libérale rencontrée dans le documentaire, c’est un constat consternant, particulièrement parce que le contenu des influenceurs est géré par des algorithmes, et que les algorithmes vont toujours montrer le « pire du pire » de la société. Cette information qui circule en vase clos est sûrement liée à la polarité constatée.

Alex Stein, un influenceur conservateur qui court les conseils municipaux pour ridiculiser, notamment, les personnes homosexuelles et les féministes, admet que son but est de générer des émotions, donc des clics, et non de s’appuyer sur des faits.

Dans le contexte politique tendu qui parcourt les États-Unis, l’humour est peut-être une voie de sortie honorable. C’est en tout cas ce que semble penser une star de la porno queer, lorsqu’elle lance à la caméra un grand éclat de rire à l’évocation de l’Église baptiste de Westboro.

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