Mathieu Lacombe | Un ministre caquiste au party électoral du PQ

(Québec) Le ministre de la Culture et des Communications, Mathieu Lacombe, a participé à la soirée électorale du Parti québécois (PQ) lundi, causant la surprise chez des péquistes et la consternation chez des caquistes.
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« Il a franchi le Rubicon ! », a lâché un lieutenant de la Coalition avenir Québec (CAQ). « Tu ne peux pas, le soir de l’élection, laisser tomber ta famille politique comme ça, surtout avec les responsabilités que tu as. En même temps, ça ne me surprend pas tant que ça, on le sait que c’est un souverainiste. »
Selon nos informations, Mathieu Lacombe est allé rejoindre des amis péquistes au rassemblement de la victoire à l’Espace St-Denis, à Montréal. Son nom ne figurait pas, dit-on, sur la liste des VIP attendus au party. Le PQ ne lui aurait rien promis.
Le ministre n’a prévenu ni son cabinet ni sa cheffe, Christine Fréchette. Il l’avait appuyée durant la course à la direction, mais leur relation s’est détériorée depuis, confie-t-on.
L’entourage de la première ministre sortante a entendu la rumeur de la présence de M. Lacombe au party du PQ, mais il n’en avait toujours pas eu la confirmation officielle en milieu de journée jeudi.
Mathieu Lacombe n’a pas répondu à nos appels ni à nos textos. Il n’était pas sur les rangs aux élections ; il n’a pas sollicité un nouveau mandat dans Papineau, circonscription de l’Outaouais remportée par le PQ lundi pour la première fois depuis 1976.
Il est ministre jusqu’à la formation du cabinet de Paul St-Pierre Plamondon, dans moins de deux semaines. Le conseil des ministres péquiste sera dévoilé de toute évidence le 21 octobre puisque les directeurs de cabinet du gouvernement caquiste ont été informés qu’ils occuperont leurs fonctions jusqu’à cette date. M. St-Pierre Plamondon réunit ses candidats élus et défaits vendredi, à Drummondville.
« Geste de rupture »
La présence de Mathieu Lacombe au rassemblement péquiste a été remarquée par des militants qui ont relayé la nouvelle à des proches. « Quand on m’a dit qu’il était là, j’ai dit : hein ? Quoi ? Le fucking ministre de la Culture ? ! ? » a lancé un péquiste, reprenant les mots de l’humoriste Gabrielle Caron qui avait reconnu Mathieu Lacombe à l’un de ses spectacles à Québec – la vidéo est devenue virale il y a un an. « Disons qu’on était pas mal surpris qu’il soit là. »
Son allégeance souverainiste est néanmoins connue. Mathieu Lacombe avait fait une sortie remarquée à ce sujet en mai : « Si d’aventure il devait y en avoir un [référendum], je pense que c’est assez clair que je serais dans le camp du Oui, comme certains de mes collègues aussi. » Il répliquait alors à Jean Boulet qui, quelques heures plus tôt en commission parlementaire, avait déclaré qu’il serait dans le camp du Non comme les libéraux.
À la CAQ, c’est la consternation. La décision du collègue Lacombe est perçue comme un « geste de rupture ». On le soupçonne de bâtir des ponts avec le nouveau gouvernement péquiste en vue d’une nomination. On souligne qu’il est une bonne connaissance de Me Nadine Koussa, la nouvelle cheffe de cabinet de Paul St-Pierre Plamondon.
Ténor de l’aile nationaliste, le ministre de la Justice, Simon Jolin-Barrette, a dénoncé à l’interne le manque de jugement de son collègue.
« Linge sale »
Les lendemains de la défaite sont difficiles à la CAQ, rayée de la carte électorale lundi. La directrice de cabinet Geneviève Bélisle et son adjoint Alex Perreault ont convoqué les chefs de cabinet des ministres pour un « post-mortem » mercredi. « C’était un peu rapide pour faire cette rencontre-là. On a lavé notre linge sale alors qu’on l’avait encore sur le dos », a illustré l’un d’eux.
Le directeur de cabinet de M. Lacombe, Atim Leon, a causé des remous en attribuant la défaite surtout à François Legault, sa décision tardive de démissionner et le bilan de huit ans au pouvoir. Piqués au vif, les plus fidèles de l’ancien premier ministre ont plutôt déploré des erreurs stratégiques de Christine Fréchette, sa performance décevante aux débats des chefs, la mise en berne du nationalisme et ses tergiversations concernant sa position personnelle sur la souveraineté. La rencontre a duré tout au plus une heure.
Certains n’ont pas digéré le fameux « Je ne suis pas François Legault » lancé par Christine Fréchette au début de l’un débat des chefs. M. Legault s’en est amusé sur le groupe de discussion de son pool de hockey. « Je ne suis pas Christine Fréchette », a écrit le fondateur de la CAQ, sur le ton d’une blague.
Il ne faut pas s’y méprendre toutefois : la sortie de sa successeure l’a bel et bien déçu, confie-t-on.
Un chef par intérim le 17 octobre
Avec la démission de Christine Fréchette, le conseil exécutif de la CAQ choisira un chef par intérim le 17 octobre. Des noms circulent sur la place publique (Ian Lafrenière, Bernard Drainville, Samuel Poulin, Guillaume Rousseau, Mathieu Lévesque), mais des lieutenants caquistes invitent à la prudence avant de tirer des conclusions hâtives, certains d’entre eux n’étant pas vraiment intéressés.
« Plein de monde a levé la main », soutient la directrice générale du parti, Brigitte Legault. « Il faut quelqu’un qui va se donner à temps plein, qui a de l’énergie parce que ce n’est pas une mince tâche. Il faut quelqu’un qui va faire consensus, parce qu’on est une coalition. »
Elle reste en poste pour « un petit bout », le temps de « fermer les livres » du scrutin et faire une « rationalisation » du personnel. Pas moins de 77 candidats caquistes n’ont pas obtenu les 15 % de votes nécessaires pour obtenir d’Élections Québec le remboursement de 50 % de leurs dépenses électorales.
Avec 13 % des votes dans l’ensemble du Québec, la CAQ recevra de l’État un peu plus d’un million par année en allocations. Le parti recevait plus de cinq millions annuellement auparavant, grâce aux 41 % obtenus aux élections de 2022.
De l’argent, on n’en aura pas trop. On avait mis de l’argent de côté au cas où il y ait un gouvernement minoritaire, en cas d’autres élections après. Mais si on veut relancer un parti, ça prend des sous. Et une course à la direction, on en a déjà eu une cette année, ça coûte cher.
Il n’est « pas question de fusion avec un autre parti ». « Il y a encore de la place pour la CAQ et on va y travailler », insiste-t-elle.
Brigitte Legault refuse d’épiloguer sur les raisons de la débâcle électorale. « Ce n’est pas seulement un élément, une chose qui a fait qu’on n’a pas gagné. Je pense que les gens savent que ce n’est pas juste de sa faute [à Christine Fréchette], c’est plein de monde comme moi qui décide. Moi, je suis capable de prendre aussi une part de responsabilité là-dedans. […] On fera un diagnostic en équipe pour savoir exactement ce qu’on peut améliorer. »
Pour faire son bilan, la CAQ tiendra des « post-mortem régionaux ». « Mme Fréchette a accepté de [participer] à plusieurs » d’entre eux, signale Brigitte Legault. Cette décision de la cheffe démissionnaire est mal accueillie par plusieurs caquistes, constate-t-on.
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