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Saturday, October 31, 2026

Une coop d’habitation pour aînés de Vaudreuil-Dorion va perdre des services de santé

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Louise Marie Dawson reçoit Le Devoir dans son appartement, un logement lumineux situé au dernier étage d’un des deux immeubles qui forment la coop de solidarité la Seigneurie de Vaudreuil. Derrière son sourire chaleureux, on dénote toutefois une grande inquiétude.

Son monde a été bouleversé à la mi-septembre, quand elle a reçu une lettre de Santé Québec. L’agence l’informait qu’en raison d’une réorganisation des services, sa coopérative ne pourrait plus compter sur la présence en continu d’une auxiliaire en santé et en services sociaux à partir du 14 décembre. « C’était le principe du CLSC à la coop, explique la femme de 71 ans. C’était comme un intermédiaire entre les services sur la route et le CHSLD. »

Celle qui habite la coopérative depuis 17 ans veut éviter à tout prix de se retrouver en CHSLD.

Le modèle, qui serait unique au Québec, a vu le jour en même temps que la coop, en 2007. Près de 200 résidents y habitent aujourd’hui. Depuis l’annonce de Santé Québec, Mme Dawson dit voir des gens « paniqués, nerveux » face à ce changement. « On est une coop de personnes âgées seulement. La moyenne d’âge est de 80 ans. »

« L’analyse clinique des besoins des résidents a démontré qu’une présence continue 24 heures sur 24, 7 jours sur 7, n’était plus requise », souligne Santé Québec Montérégie-Ouest par courriel. La société d’État indique que « peu, voire aucune, intervention n’était requise en soirée et durant la nuit ». En conséquence, les résidents de la coopérative se verront offrir « l’offre régulière de soutien à domicile du CLSC ».

Vers la fin d’un modèle ?

En changeant l’offre de service, on vient bouleverser la nature même de la coop, estime Mme Dawson. Elle craint notamment que l’absence d’une présence du CLSC en soirée nuise à l’offre de soins, entre autres ceux relatifs à l’hygiène corporelle des résidents souffrant d’incontinence.

Assise aux côtés de Mme Dawson, Danielle Crête partage ses inquiétudes. La résidente de 73 ans se désole de la perte d’une présence continue de professionnels de la santé. « Je suis venue vivre ici pour me sentir en sécurité », dit-elle. Un sentiment mis à mal par l’annonce du changement de services. D’autant que les visites d’auxiliaires représentent l’une des rares occasions de socialiser pour certains résidents, regrette Mme Crête, qui habite la coop depuis 16 ans. Avec la réorganisation, « tout le côté humain disparaît ».

« Nous comprenons que ce changement puisse susciter des préoccupations chez les résidents et leurs proches, reconnaît Santé Québec Montérégie-Ouest. Tous les usagers ont déjà été rencontrés individuellement afin de réviser leur plan de services et de confirmer les besoins qui demeureront après le 14 décembre 2026. »

« Il est important de préciser que nos équipes continueront d’offrir des services sur place », écrit la société d’État, qui insiste sur le fait que les usagers « continueront de recevoir les services requis en fonction de leurs besoins de santé ».

Danielle Crête en doute. Elle affirme qu’avec le nouveau plan de service, elle aura droit à moins de visites pour des soins de santé et que celles-ci auront lieu à des heures inadéquates. « Je ne suis pas très bien avec ça. »

« La coop appartient aux membres »

Mme Dawson déplore que la voix des usagers ne soit pas entendue, tant par les gestionnaires de l’établissement que par Santé Québec. Elle redoute que ce genre de décision — prise à l’encontre de la volonté des membres, selon elle — laisse présager une perte d’autonomie de la coopérative. « C’est notre coop ! La coop appartient aux membres. »

Au moment où ces lignes étaient écrites, Le Devoir n’avait pas été en mesure d’entrer en contact avec la direction de l’établissement. On pouvait encore lire sur le site Web de la coopérative que « les services du CSSS [centre de santé et de services sociaux, aujourd’hui une branche régionale de Santé Québec] sont disponibles en permanence pour une clientèle ciblée ».

Chez Santé Québec Montérégie Ouest, on soutient que la réorganisation « vise également à améliorer l’accès aux services à domicile pour l’ensemble de la population de Vaudreuil-Soulanges, en permettant d’offrir davantage d’heures de services sur le territoire ».

Même si la société d’État se veut rassurante, Danielle Crête et Louise Marie Dawson, toutes deux très combatives, ne comptent pas rester les bras croisés. Cette dernière a lancé une pétition pour maintenir les services actuels en place. Vendredi, elle avait recueilli plus de 550 signatures.

Ce reportage a été financé grâce au soutien de la Caisse d’économie solidaire de Desjardins, et a été rédigé en toute indépendance éditoriale.

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