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Monday, October 19, 2026

"Je veux qu’on protège mon argent" : chez les retraités de Floride, la grogne monte contre Trump

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Il y a deux ans, à la veille de l’élection qui allait offrir à Donald Trump un second mandat, nous traversions les États-Unis à la rencontre des Américains, dans les bars et les stations-service. Nous découvrions alors une Amérique profondément polarisée, moins entre ses deux océans qu’entre ses villes et ses campagnes, bien plus trumpistes qu’on ne l’avait imaginé.

À l’approche des élections de mi-mandat, nous reprenons la route pour confronter les promesses de Trump à la réalité. L’Amérique est-elle redevenue great again ? Le Président a-t-il convaincu ou déçu ? Est-il toujours tout-puissant ou commence-t-il à perdre le pays ?

De Miami à San Francisco, nous traverserons la Floride, la Géorgie, le Tennessee, le Mississippi, la Louisiane, le Texas, le Nouveau-Mexique, l’Arizona, l’Utah, le Nevada et la Californie.

Mais c’est à Miami que notre périple commence

Miami, c’est l’Amérique sous les tropiques. Le soleil, les palmiers et la promesse d’une vie nouvelle. C’est aussi une ville où l’espagnol précède souvent l’anglais. À partir des années soixante, l’arrivée massive des exilés cubains a profondément transformé la ville. Ils ont été suivis par les Haïtiens, les Portoricains, les Dominicains, mais aussi par les Colombiens et les Vénézuéliens. Miami est ainsi devenu, dans les années quatre-vingt, la capitale latino des États-Unis.

La Floride, Sunshine State, en quelques chiffres. C’est d’abord 23 millions d’habitants : le troisième État le plus peuplé du pays derrière la Californie et le Texas. C’est aussi 365 jours de soleil promis par an et, depuis des années, près de mille nouveaux habitants chaque jour. 365.000 par an. Un million de personnes de plus tous les deux ans et demi. Attirés par les palmiers, le soleil, l’absence d’impôt sur le revenu et la promesse d’une vie paisible. Exactement comme dans la sublime chanson de Jimmy Buffett, Margaritaville, sortie en 1977.

Politiquement, la Floride n’est plus le swing state qu’elle fut longtemps. En trois élections présidentielles, elle est devenue nettement républicaine. En 2024, Trump y a remporté 56% des voix. Mar-a-Lago s’est imposé comme l’un des centres de gravité de la politique américaine et le gouverneur Ron DeSantis a transformé la Floride en laboratoire de la droite avec les lois "Don’t Say Gay", la bataille contre Disney ou l’offensive contre l’enseignement de l’histoire raciale critique. Ici, les guerres culturelles sont frontales.

La Floride est aussi l’un des États les plus paradoxaux du pays. Derrière le paradis des touristes et des retraités se cachent de profondes inégalités : un logement devenu hors de prix, des travailleurs précaires et la menace des ouragans, qui fait exploser le coût des assurances. Ici, un habitant dépense en moyenne plus de 11.000 dollars par an pour assurer son logement en raison des risques climatiques. Soit pas loin d’un tiers de ses revenus annuels moyens.

Pour confronter les promesses de Trump à la réalité, nous sommes allés 400 kilomètres au nord de Miami. Dans une zone surnommée : "The Villages".

Au cœur de la Floride, la plus grande communauté de retraités du monde : plus de 150.000 habitants, presque tous âgés de plus de 60 ans. Ici, il est interdit d’habiter avec des enfants de moins de dix-neuf ans. Et on ne peut devenir propriétaire que si l’un des deux époux a déjà cinquante-cinq ans. 95% des habitants sont blancs et l’âge médian est de 74 ans. Inutile de dire qu’on y vote massivement républicain.

Bienvenue dans le Truman Show

Le spectacle est en effet ahurissant. The Villages s’étend sur trois comtés sur une superficie comparable à San Francisco. On y trouve 55 terrains de golf et presque tout le monde se déplace en voiturette électrique. Les centres commerciaux reconstituent des rues américaines des années cinquante. Le moindre bar ou restaurant est à l’avenant. Bref, The Villages est un immense paradis artificiel où la retraite ressemble à des vacances permanentes.

Sur Lake Sumter Landing Market Square, où tout est à sa place, l’herbe parfaitement coupée et les façades doucement pastel, nous rencontrons Steve et Loïs. À la question de savoir si leur situation financière a changé ces deux dernières années, ils répondent un grand oui. "Car tout a augmenté, dit Steve, la petite septantaine. L’inflation est hors de contrôle. Tout augmente. Et au cœur de cette problématique, il y a clairement la guerre en Iran qui cause tous ces problèmes. Cela affecte l’économie mondiale. Et c’est Trump qui a décidé cette guerre."

Quand on lui demande ce qui a le plus augmenté ces deux dernières années, il répond : "L’essence bien sûr. Mais aussi la nourriture qui augmente encore plus. Et les assurances…". Steve enchaîne : "Et puis, il y a les tarifs imposés au monde par Trump, que nous, Américains, finissons par payer nous-mêmes. C’est bien simple, les tarifs de Trump sont une nouvelle taxe imposée aux Américains."

Pamela et Phil, un autre couple rencontré, ont aussi senti un coup sur leur budget ces dernières années. Avec le même triptyque : essence, nourriture, assurances. Dans quelques jours, ils voteront pour les midterms, les élections de mi-mandat. Qu’est-ce qui pèsera dans leur vote ? Phil saute sur la question : "Je veux que le gouvernement protège mon argent. Je voterai donc pour ceux qui vont dans ce sens. C’est le plus important pour nous. Nous sommes retraités donc nous ne pouvons plus générer de revenus additionnels et il faut donc que le gouvernement protège ce que nous avons".

Donald Trump a bel et bien tenu sa promesse de campagne en ne touchant pas à Medicare ni à la Social Security. Verdict de notre journée : il a protégé les retraites mais pas le pouvoir d’achat des retraités. C’est la petite musique entendue toute cette journée. Qui risque d’être l’air officiel des prochains midterms. Et très certainement le sujet sur lequel le parti républicain sera peut-être sanctionné dans quelques jours. Car en plein territoire MAGA (Make America Great Again), nous n’avons rencontré personne pour nous faire l’éloge du Président. Une nouveauté. À confirmer ou pas dans les prochains jours.

Ce soir, nous arriverons à Macon, Géorgie. On vous dit à demain, pour de nouvelles aventures.

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