Les « amis » des vieux

C’est Tristan Péloquin qui a rapporté cette histoire dégueulasse, jeudi. Elle raconte comment les vieux ont le don de se faire de nouveaux amis, en fin de vie…
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Titre : « Elle s’apprêtait à léguer 1,7 million au salon funéraire1 ».
Nicole Mourgue, donc. Morte en février dernier à l’âge de 76 ans. « Prédécédée », comme on dit dans les nécrologies, par son mari Roger Vaillancourt en 2022.
Mme Mourgue a dû lui organiser des obsèques. Elle est allée pas loin de chez elle, au salon funéraire J.A. Guilbault, boulevard Saint-Michel à Montréal, un peu au sud de la Promenade Masson…
Là, elle n’a pas trouvé de simples croque-morts, non, non ! Elle y a rencontré des amis, je parle du thanatologue Angelo Guilbault et de son employée et conjointe, Nathalie Bélanger.
Non seulement le couple s’est occupé du corps de M. Vaillancourt, mais ils se sont occupés de Mme Mourgue, en prime. Elle n’avait pas tellement de proches, la pauvre, pas de famille connue au Québec. Le couple Guilbault-Bélanger l’a prise sous son aile, ils sont devenus amis…
Et le jour où Nicole Mourgue a hérité de son mari en octobre 2022, la dame a signé devant notaire une procuration autorisant Nathalie Bélanger à faire toute réparation, amélioration et reconstruction jugée opportune à sa propriété…
Trois mois plus tard, elle retournait chez le notaire, cette fois pour y léguer tous ses avoirs à son « amie », Mme Bélanger.
Et en cas d’incapacité de l’« amie », Angelo Guilbault héritait du pactole de… 1,7 million.
Un chum, c’t’un chum !
Mais des voisins ont commencé à se poser des questions, ils ont dénoncé la situation au CLSC, dénonciation qui a vraisemblablement déclenché un « processus d’intervention concertée », un PIC, où les pouvoirs publics interviennent pour protéger des aînés vulnérables.
Certains aînés refusent le PIC…
Mme Mourgue l’aurait accepté, puisqu’une travailleuse sociale du CLSC de Rosemont l’a accompagnée chez le notaire, selon un voisin : la dame a ainsi déshérité ses « amis » Guilbault et Bélanger.
Le couple chante une chanson bien différente de ce que les sources de Tristan lui ont raconté, preuves et témoignages concordants à l’appui. J’invite le lecteur à se faire sa propre idée en lisant l’enquête de Tristan.
Mais personnellement, les « amitiés » soudaines de personnages comme Guilbault et Bélanger avec des personnes âgées isolées comme Nicole Mourgue… J’ai un million sept cent mille raisons de ne pas y croire.
Nathalie Bélanger a dit à notre journaliste que Nicole Mourgue vivait dans une maison dangereuse qui avait besoin de réparations, qu’elle lui tenait compagnie, qu’elle jouait au Scrabble avec elle, etc., etc.
Oui, Nathalie… Mais la dame « valait » aussi 1,7 million, dont ton chum et toi alliez commodément hériter.
Et si le couple Guilbault-Bélanger était si inquiet pour la santé de Mme Mourgue, il aurait pu signaler son cas au Curateur public.
Évidemment, si t’appelles le Curateur public, y a moins de chances que la dame te mette sur son testament.
Alors il y a cette dégueulasserie : se lier d’amitié avec une dame isolée et se ramasser, comme par magie, sur son testament.
Mais il y a plus, et pire.
Il y a le cadre légal régissant ce genre de dégueulasserie. Une loi relève de Santé Québec et l’autre de l’Office de la protection du consommateur. Rien ne protège du genre d’amitié qui est tombée sur Mme Mourgue.
Il y a bien une Corporation des thanatologues, oui. Il y a un code d’éthique des croque-morts, oui, qui demande aux membres de « s’abstenir d’intervenir dans les affaires personnelles de ses clients sur des sujets qui ne relèvent pas de sa compétence à moins d’avoir mis en garde le client de ce fait »…
Si le couple Guilbault-Bélanger n’est pas intervenu dans « les affaires personnelles » de Nicole Mourgue, je ne sais pas comment décrire cette « intervention » !
Je trouve le code d’éthique des thanatologues bien mou. Un médecin n’a pas le droit de coucher avec son patient, une psychologue n’a pas le droit de coucher avec son client. Simple de même, sinon c’est la radiation…
Mais un thanatologue peut se faire « ami » avec une vieille en fin de vie et se retrouver sur son testament : rien n’interdit cela.
Autre mollesse : la Corporation des thanatologues fait des enquêtes d’éthique, oui. Mais ses décisions ne sont pas publiques ! Pas moyen de savoir si ton croque-mort a fait des crosses dans le passé.
Ça protège qui, cette opacité ?
Pas le public.
Pas les vieux isolés, vulnérables, confus, assis sur un pactole.
Pas Nicole Mourgue.
Et voici la déclaration de la Corporation des thanatologues, après la publication du reportage :
Bien qu’aucune plainte ni aucun manquement ne nous aient été signalés à ce jour relativement à cette situation, la Corporation des thanatologues du Québec (CTQ) prend très au sérieux les enjeux éthiques soulevés par La Presse.
Nous rappelons que nos membres sont tenus de respecter les principes et les règles établis dans notre code d’éthique. La CTQ procédera donc à une analyse approfondie de la situation afin d’en évaluer les circonstances et de déterminer, s’il y a lieu, les suites appropriées.
Je trouve ça… mou. On a vu des défenses de l’intérêt public plus affirmées, mettons.
Je m’en voudrais de finir cette chronique avec de la colère. Y a du soleil dans cette histoire…
D’abord, les voisins qui ont levé un drapeau rouge, Pierre St-Amant, Anik de Passillé et Benoit Tardif.
Sans oublier un organisme communautaire qui n’est pas nommé.
Et ensuite, le « système » qui a déployé le PIC : le Curateur public, la Commission des droits de la personne, le CLSC de Rosemont…
Tout ce beau monde a renversé une ignoble écœuranterie.
Je pense notamment à cette travailleuse sociale du CLSC de Rosemont, qui est allée chez le notaire avec Mme Mourgue pour qu’elle déshérite les croque-morts opportunistes…
Ce que vous faites, Madame, est important : merci.
Mais vous le saviez déjà.
1. Lisez « Elle s’apprêtait à léguer 1,7 million au salon funéraire »
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