Le nouveau visage de «Cendrillon»
Arion Baroque présentait en cette fin de semaine, en version concert, l’opéra Cendrillon, mais pas dans une de ses déclinaisons connues, signées Rossini ou Massenet. L’opéra-comique de Nicolò Isouard, créé en 1810 à Paris, est une heureuse redécouverte réalisée en collaboration avec le Palazzetto Bru Zane.
Après avoir collaboré avec le Centre de musique baroque de Versailles et Benoît Dratwicki, Mathieu Lussier et Arion Baroque se sont tournés vers son frère jumeau, Alexandre Dratwicki, directeur artistique du Palazzetto Bru Zane, pour ressusciter un opéra-comique de 1810 né sous la plume de Nicolò Isouard (1773-1818).
Ce Français né à Malte fut militaire puis commerçant, avant de devenir éditeur de musique et compositeur à Paris, où il s’était installé en 1799. Les notes de programme d’Olivier Bara vantent un compositeur doué d’un « indéniable talent mélodique et d’un instinct dramatique », ce dont Cendrillon atteste tout à fait. Il n’y a aucun temps mort dans cette œuvre amusante et dynamique qui, selon le musicologue, s’était maintenue au répertoire pendant tout le XIXᵉ siècle et avait même été révisée par Adolphe Adam en 1847 pour être remise au goût du jour.
Ensembles
Le livret, futé, accorde une place importante à Alidor, précepteur du Prince Ramir qui œuvre habilement pour lui choisir la partenaire idéale et met en avant, pour les exploiter en figures comiques, les deux sœurs Clorinde et Tisbé, leur offrant des duos spectaculaires, puis, à chacune, un air de bravoure — Clorinde à l’acte II, lorsqu’elle veut séduire Dandini qu’elle pense être le roi par un air hispanisant, et Tisbé à l’acte III, lorsqu’elle exprime sa furie. De fait, les trois rôles féminins sont attribués à des sopranos. Quant au prince, il apparaît assez tôt dans l’opéra.
Isouard aime beaucoup les ensembles, et on ne peut dire qu’il serait influencé par Rossini en la matière, puisque, en 1810, ce dernier a 18 ans et débute à Venise avec La cambiale di matrimonio. Il y a aussi des originalités à l’orchestre, tel ce prélude avec solo de cor naturel (admirable Simon Poirier). Cendrillon n’est pas une curiosité anecdotique, mais un ouvrage vraiment séduisant, qui soutient l’attention constamment et dont on ne comprend pas la disparition.
La remarquable équipe réunie s’en va enregistrer l’œuvre dès lundi. Premier atout : le Ramir évidemment parfait (style, timbre, clarté, rayonnement) de Cyrille Dubois. Second point fort : l’équilibre à très haut niveau du trio de sopranos formé d’Emma Fekete, Magali Simard-Galdès et Florie Valiquette, chacune avec sa personnalité, mais se fondant magnifiquement.
L’abattage de Dominique Côté en Dandini (sous-fifre de la cour qui se fait passer pour le roi, pour débusquer les courtisanes) est impeccable, Julien Patenaude, qui assurait la mise en espace (avec d’amusantes projections), héritant pour sa part d’un rôle bouffe plus parlé. C’est l’idée d’équilibre des forces qu’il faut retenir pour le baryton Laurent Deleuil : l’intelligibilité du texte et l’instinct dramatique l’emportent sur le rayonnement et les atouts purement vocaux, mais le « mix » convient au rôle d’Alidor.
Mathieu Lussier emporte le tout (dont un chœur très bien préparé) avec enthousiasme et un orchestre parfois un peu fort, ce qui est inévitable à la salle Bourgie, absolument pas faite pour contenir autant de musiciens sur un plateau et absorber autant de complexité dans les sources sonores.
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