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Friday, October 30, 2026

À la COP17, on voit bien que la volonté politique ne suffit plus pour préserver la biodiversité

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La conférence de l’ONU qui rassemble actuellement en Arménie les 196 signataires de la Convention sur la diversité biologique est une COP de mi-parcours. Elle vise à faire le bilan des mesures prises par les gouvernements pour atteindre d’ici 2030 les 23 cibles du Cadre mondial de la biodiversité Kunming-Montréal, adopté lors de la COP15 de Montréal, en décembre 2022.

Or, à quatre ans de l’échéance, la première évaluation publiée par le Secrétariat de la Convention n’est pas très encourageante. Outre le fait que 17 % des États, notamment plusieurs pays en développement et petits États insulaires, n’ont pas eu les moyens et les capacités pour produire à temps leurs rapports, les progrès globalement réalisés pour atteindre ces cibles sont jugés de faibles à très faibles pour près des trois quarts d’entre elles. C’est notamment le cas pour les mesures visant l’élimination des subventions néfastes à la biodiversité ainsi que le financement des projets la préservant (cibles 18 et 19), l’aménagement participatif des territoires et la création de 30 % d’aires terrestres et marines protégées (cibles 1 et 3), la lutte contre la pollution et la protection des espèces en voie d’extinction (cibles 4 et 7), ainsi que l’inclusion des peuples autochtones, l’égalité des sexes et la lutte à la pauvreté (cibles 14, 22 et 23).

En somme, les gouvernements n’en font pas suffisamment et n’agissent pas assez rapidement pour respecter leurs engagements afin d’enrayer la perte de biodiversité et, à plus long terme, de bâtir des sociétés capables de vivre en harmonie avec la nature.

Pour expliquer cette incapacité collective à protéger le vivant, la Plateforme intergouvernementale scientifique et politique sur la biodiversité et les services écosystémiques (IPBES) recense trois causes principales : 1) la déconnexion et la domination vis-à-vis de la nature et d’autrui ; 2) la concentration du pouvoir et de la richesse ; 3) la priorisation des gains matériels, individuels et à court terme. Afin d’y faire face, les scientifiques de l’IPBES (l’équivalent du GIEC pour la biodiversité) tirent la sonnette d’alarme et appellent à mettre en place des changements systémiques visant à transformer en profondeur nos façons de penser, nos manières de faire et nos institutions.

Le problème serait donc relationnel (notre rapport à l’environnement physique et humain), social (la question des inégalités) et politique (choisir nos priorités). Et puisqu’il ne peut pas y avoir de solutions simples à des problèmes complexes, pour le surmonter, il va falloir aller au-delà de la volonté politique des gouvernements nationaux qui, actuellement, ne sont pas à la hauteur des enjeux.

Nous allons devoir mettre en place une véritable gouvernance du vivant qui intègre la société civile et ses multiples composantes (jeunes, peuples autochtones, communautés locales, femmes, scientifiques, syndicats, ONG…), mais aussi les gouvernements subnationaux (Québec, Californie, Catalogne…), les villes et les autorités locales, les entreprises et le secteur privé, les institutions publiques (notamment en éducation et en santé). Cela sans minimiser le rôle de premier plan que doivent jouer les États et les institutions internationales, ne serait-ce que parce que ce sont eux qui disposent formellement du pouvoir de définir les règles et d’allouer les fonds publics.

Alors que le gouvernement canadien opère un fâcheux recul sur les questions environnementales, le Québec est très visible et actif dans les COP et semble vouloir jouer son rôle dans cette gouvernance du vivant en émergence. Il appuie la présence des jeunes, des peuples autochtones, des groupes environnementalistes, des acteurs régionaux et du secteur privé. Il déploie une diplomatie infraétatique afin d’élargir ses alliances et de promouvoir ses initiatives, comme son Plan Nature 2030. Il reste cependant collectivement beaucoup à faire pour bâtir un Québec capable de vivre en harmonie avec la nature. Notamment, réduire les impacts des industries extractives (minière et forestière) et favoriser le développement d’une économie sociale et circulaire dans nos régions ; bien gérer notre hydroélectricité et mieux encadrer le développement de l’intelligence artificielle ; reconnaître la bonne gouvernance territoriale des peuples autochtones sur leurs terres ancestrales ; promouvoir l’éducation à la biodiversité…

La tâche est immense et ne peut dépendre des aléas de la politique partisane et des échéances électorales. Tout le monde a son rôle à jouer. Rappelons que si le Québec est passé en quelques mois, au cours de l’été et de l’automne 2019, de 8 % à près de 17 % d’aires protégées sur son territoire, c’est aussi parce que le 27 septembre 2019 a eu lieu la plus grande marche pour le climat jamais organisée, qui a mobilisé 500 000 personnes dans les rues de Montréal autour de Greta Thunberg.

Agir pour le changement, cela signifie sortir des sentiers battus et promouvoir des initiatives innovantes, mais cela veut aussi dire faire pression sur les décideurs pour qu’ils assument leurs responsabilités à l’égard des générations futures et plus largement du vivant, et s’émancipent du système injuste, inégalitaire et écocidaire dans lequel nous sommes englués. Tout comme la démocratie ne se défendra pas toute seule, il en est de même pour le vivant.

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