Dans le Golfe, l’instabilité comme seule perspective

Les États-Unis et Israël vont-ils relancer leur guerre contre l’Iran ? À deux reprises en moins de 24 heures, le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahu a évoqué cette perspective. Donald Trump a aussi laissé planer la menace. Qu’elle que soit la forme qu’elle prendra, la confrontation avec l’Iran prolonge l’instabilité autour du Golfe arabo-persique.
Dimanche soir d’abord puis lundi matin, Benyamin Netanyahu a tenu des propos menaçants vis-à-vis de l’Iran. Remerciant Donald Trump pour le soutien qu’il venait de lui accorder, le Premier ministre israélien a d’abord assuré qu’ensemble, ils allaient « finir le travail ». Puis le lendemain, lors d’une visite d’une base aérienne, il a assuré qu’Israël a « la capacité de frapper ses ennemis à tout moment ». Benyamin Netanyahu n’a pas cité l’Iran nommément. Mais la République islamique est, aux yeux des responsables israéliens, leur principal ennemi.
Et il n’est pas le premier à évoquer une reprise des bombardements en Iran. Donald Trump l’a fait avant lui. Le président états-unien a d’abord assuré que cela ne serait pas avant les élections de mi-mandat, donc le 3 novembre. Puis il a déclaré qu’il prendrait sa décision « très bientôt ». Avant, en fin de semaine dernière, d’évoquer une campagne simultanée de frappes sur les centrales électriques et les ponts iraniens.
Contexte électoral
En Israël comme aux États-Unis, des élections cruciales pour l’avenir des deux dirigeants doivent se tenir dans les prochains jours. Mardi prochain, les Israéliens sont appelés à renouveler leur parlement, et indirectement choisir un nouveau Premier ministre. Les sondages pronostiquent des résultats serrés entre Benyamin Netanyahu et son principal rival, Gadi Eisenkot. Quant à Donald Trump, il pourrait perdre sa majorité dans les deux chambres du Congrès une semaine plus tard. Ces déclarations sont à lire dans ce contexte électoral.
Benyamin Netanyahu mène toutes ses campagnes en se présentant comme l’homme capable d’assurer la sécurité d’Israël. Et depuis de nombreuses années, il désigne l’Iran comme la principale menace pour le pays. Par ces déclarations, il veut donc faire passer le message aux Israéliens qu’il continuera à les protéger. Et pour Donald Trump aussi, il s’agit, dans cette période électorale, de convaincre de sa capacité à défendre son pays. Mais lui a une autre considération à prendre en compte : l’impact de sa décision sur les prix du pétrole. Car la question du pouvoir d’achat est au cœur de la campagne aux États-Unis.
Attaques iraniennes dans le détroit d’Ormuz
De son côté, l’Iran maintient également la pression. De manière verbale, comme ses rivaux. Lorsque Benyamin Netanyahu a évoqué dimanche soir son intention de « finir le travail », le chef de la diplomatie iranienne a répondu : « la dernière fois que vous avez voulu "finir le travail", l'Iran en est sorti encore plus fort ». Mais militairement aussi. Ses attaques contre des bateaux dans le détroit d’Ormuz ont augmenté : plus d’une vingtaine depuis le début du mois. Téhéran veut contrer une reprise des flux pétroliers qui montrait que son emprise sur le détroit d'Ormuz s'affaiblissait.
Autres acteurs régionaux : les monarchies pétrolières du Golfe. Sans être partie prenante au conflit, elles avaient été les principales cibles des tirs iraniens en mars et avril. Et elles ont pleinement conscience qu’elles ont été propulsées le 28 février dernier dans une nouvelle ère. Ils seront entraînés dans chaque confrontation entre le bloc Israël - États-Unis et l’Iran. Et que la guerre reprenne ou pas, l’instabilité va durer.
La défense comme priorité pour les pays du Golfe
Leur priorité est donc devenue de renforcer leurs capacités de défense. Par des alliances : les Émirats arabes unis ont clairement signifié que, malgré leur désaccord sur le déclenchement de cette guerre, les Accords d’Abraham, avec leur volet lié à la défense, qu’ils ont signés avec Israël sont stratégiques. L’Arabie saoudite, elle, s’est rapprochée du Pakistan et de la Turquie avec qui elle a signé en juillet un accord de défense.
Mais les pays du Golfe veulent aussi développer leurs capacités de défense. Par des achats : ils multiplient ainsi les partenaires pour renforcer leur défense anti-aérienne. La Corée du Sud, l’Ukraine, la France en font partie. Mais aussi par le développement de leurs propres industries de défense. Et c’est l’un des enjeux de la visite actuelle d’Emmanuel Macron dans le Golfe où tous les pays partagent une certitude : pendant des décennies, le parapluie états-unien leur a permis de se concentrer sur leur développement économique. Aujourd’hui, il ne peut plus y avoir de développement économique s’ils ne sont pas en mesure d’assurer leur propre défense.
KioskNews shows a cleaned-up reading view extracted from the publisher’s page — the original always lives on their site, not ours.