Etudiants de Gaza, l’effet domino de la N-VA

Pour bien comprendre ce dossier, aussi sensible que symbolique, les faits : 13 étudiants gazaouis ont obtenu, comme des centaines d’autres chaque année à travers le monde, des bourses de recherche dans des universités belges.
Pour pouvoir venir jusqu’en Belgique, ils doivent obtenir un visa délivré par un poste diplomatique belge.
Problème : il n’y en a pas à Gaza. Il faudrait donc se rendre à Jérusalem ou Tel-Aviv.
C’est un premier problème, mais des solutions sont possibles, un visa électronique par exemple. Le ministre des Affaires étrangères Les Engagés, Maxime Prévot, y est favorable, mais pas la ministre N-VA de l’Asile et de la Migration.
Effet domino
Anneleen Van Bossuyt craint que cela n’ouvre la porte à d’autres cas similaires à Gaza ou ailleurs dans le monde. Elle utilise pour cela une expression, l’effet domino. Elle considère que trouver une solution pour ces 13 étudiants en entraînerait d’autres. Et elle a une conception très large de l’effet domino. Il y a d’abord la crainte que ces 13 personnes demandent un regroupement familial ou l’asile et ne rentrent pas à Gaza.
Ensuite, explique-t-elle à la VRT : "Pourquoi cela ne s’appliquerait-il pas aux Yéménites ou aux Soudanais ? Ou pourquoi pas aux jeunes Afghanes qui souhaitent étudier ici ?". Elle dit craindre que des juges ou des ONG se servent de sa décision comme d’un précédent.
Face à ces arguments, les recteurs des dix universités belges ont pris la plume, expliquant que ces étudiants venaient étudier en Belgique avec l’intention de retourner à Gaza pour participer à l’effort de reconstruction de leur pays. Ils dénoncent une atteinte au droit à l’enseignement, l’absence de volonté politique et un manque d’humanité.
Maxime Prévot, en choc frontal
Maxime Prévot, le ministre des Affaires étrangères, se retrouve frontalement opposé à la N-VA, alors que les relations avec Bart De Wever sur les questions budgétaires sont plutôt bonnes. Mais à travers ce dossier, Maxime Prévot mesure la rigidité de son partenaire, et le fossé politique qui le sépare. Anneleen Van Bossuyt a tenté de marchander le dossier des 13 étudiants contre d’autres dossiers migratoires en souffrance, notamment l’expulsion d’Afghans vers le régime des talibans. Maxime Prévot, dont les colères publiques sont rares, s’est lâché… "chantage sur le dos de la misère", a-t-il lancé, ajoutant que "la dignité, ça ne s’achète pas".
La N-VA a son agenda, celui d’un parti qui se profile comme un "bouclier civilisationnel" aux relents identitaires. Il n’y a aucun problème juridique à délivrer ces visas. Pour preuve, il y a dix ans, Theo Francken, prédécesseur d’Anneleen Van Bossuyt, avait mis en place un système controversé de délivrance de centaines de visas humanitaires pour des chrétiens persécutés de Syrie. Mais, pas de chance pour eux, les étudiants gazaouis ne sont pas des chrétiens persécutés par des musulmans et ne représentent pas le même symbole civilisationnel. C’est la seule chose qui compte dans ce dossier : le symbole. Maxime Prévot, devra payer cher pour que la N-VA y renonce.
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