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Saturday, September 19, 2026

Coup d’œil sur les promesses d’un enjeu d’avant-dernière place

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Une fois par mois, Le Devoir d’éducation vous propose des contributions enrichissantes, qu’elles proviennent de chercheurs, de praticiens du milieu de l’enseignement ou d’autres personnes qui ont réfléchi à l’état de notre système d’éducation.

La campagne électorale bat son plein et cinq partis politiques présentent des candidats partout au Québec, rivalisant de promesses électorales. Pourtant, on a jusqu’ici assez peu parlé d’éducation dans cette campagne. Nous analysons ici la place de l’éducation dans la campagne et les engagements du parti en la matière.

Pour commencer, quelle place occupe l’éducation parmi les enjeux électoraux ? La Vitrine démocratique, un site Web créé par les chercheurs du Centre d’analyse des politiques publiques (CAPP) de l’Université Laval, évalue la présence médiatique de 12 enjeux dans six grands médias québécois. En date du 15 septembre 2026, l’outil classait l’enjeu de l’éducation au 11e rang en moyenne depuis le début de la campagne.

L’économie et les affaires étrangères dominent cette liste, et seule l’immigration apparaît derrière l’enjeu de l’éducation. Qui plus est, bien peu de questions ont été posées aux chefs concernant cet enjeu lors de l’émission Cinq chefs, une élection diffusée à Radio-Canada. Pourtant, chaque parti a fait quelques promesses en la matière, dont la plupart sont passées sous le radar. Nous les décortiquons ici.

Ségrégation scolaire

L’enjeu lié à l’éducation qui a fait couler le plus d’encre jusqu’à maintenant est sans doute celui de la ségrégation scolaire. On a beaucoup parlé de l’école à trois vitesses, soit le privé subventionné, les projets pédagogiques particuliers à l’école publique (programmes d’éducation internationale, intégration des technologies de l’information et de la communication, arts-études, sports-études, etc.) et l’école publique ordinaire.

Les importants écarts entre ces différentes vitesses ont notamment été observés sur le plan de l’accès aux études collégiales et universitaires. Si la première ministre sortante, Christine Fréchette, de la Coalition avenir Québec (CAQ), défend les arrières de son gouvernement en affirmant qu’il n’existe pas vraiment d’école à trois vitesses au Québec, tous les autres partis ont reconnu l’existence du phénomène et se sont engagés à s’y attaquer. Restant plutôt vague sur les moyens, le Parti québécois (PQ) s’est engagé à encourager une plus grande mixité scolaire, et le Parti libéral du Québec (PLQ) à stimuler la qualité de l’école publique.

Québec solidaire (QS) va plus loin en récupérant d’assez près le plan du mouvement École ensemble (2022) de développer un réseau scolaire commun au sein duquel les écoles privées devraient interrompre la sélection des élèves et leurs droits de scolarité si elles souhaitent conserver leur financement public.

Enfin, le Parti conservateur du Québec (PCQ) propose plutôt de développer un « système à 1000 vitesses » au sein duquel les élèves pourraient aller à leur propre vitesse. Plutôt que de mettre fin à la concurrence entre le privé et le public, le PCQ veut accentuer cette concurrence en finançant directement les écoles publiques plutôt que les centres de services scolaires, dont le nombre serait par ailleurs radicalement réduit. Il veut aussi encourager la création de nouvelles écoles privées subventionnées.

Curriculum scolaire

Bien que nous ne sentions pas un grand appétit de la part des partis en lice en ce qui concerne les réformes de nature pédagogique, quelques promesses vont en ce sens.

D’une part, en lien avec l’enjeu de la ségrégation scolaire, le PQ, le PLQ et QS proposent de mettre fin au « parcours régulier » du primaire et du secondaire en inscrivant chaque élève québécois à un programme particulier. Bien que ce soit de façon implicite, le PCQ semble aller aussi en ce sens. Les partis n’ont toutefois pas précisé de plan concret pour mettre en œuvre un tel chantier. D’autre part, le PQ et le PCQ s’engagent à augmenter le nombre d’heures d’éducation physique à l’école pour diminuer la sédentarité des élèves.

Sur le plan du bien-être, l’engagement de QS de mettre en place une nouvelle taxe correspondant à 1 % de la fortune pour les 4000 Québécois les plus riches a beaucoup fait parler. Cependant, on a moins parlé du fait que la somme récoltée par cette taxe serait utilisée par un gouvernement solidaire pour construire et rénover les écoles du réseau scolaire public, dont la vétusté est décriée depuis quelques années. Sur ce dernier élément, la CAQ propose également d’investir dans les infrastructures scolaires.

Sur le plan de la réussite, deux autres propositions du PLQ et de QS se recoupent : l’idée d’embaucher 1000 (PLQ) ou 2000 (QS) professionnels dans le réseau de l’éducation. La CAQ avait elle aussi promis en 2022 de s’attaquer à ce problème, et bien que les investissements et le nombre de professionnels dans tous les secteurs aient augmenté de manière conséquente, il y a de plus en plus de ruptures de services pour les élèves en difficulté d’apprentissage (Polimètre, 2026). Par ailleurs, cela contraste avec l’engagement de tous les partis, sauf dans le cas du PLQ pour l’éducation et de QS plus généralement, de supprimer plusieurs milliers de postes dans la fonction publique québécoise.

Pour sa part, le PCQ propose de mettre un terme à l’inclusion scolaire en retirant les élèves à besoins particuliers des classes ordinaires. La rhétorique du PCQ prend la forme suivante : « Une gestion de classe facilitée par la diversification de l’offre de parcours éducatifs et un allègement de leur charge de travail (notamment leur charge administrative) favoriserait le bien-être des enseignants comme celui des élèves. Une enseignante heureuse crée des élèves heureux. Et des élèves heureux créent des parents heureux. »

Identité, laïcité et langue

L’école est souvent visée par les politiques de nature plus identitaire, comme celles relatives à la préservation de la langue française ou encore à la laïcité de l’État. C’est dans cette perspective que la CAQ s’est engagée à réintroduire un projet de loi mort au feuilleton visant à étendre la loi 101 à la formation professionnelle et à la formation aux adultes.

Le PQ réitère quant à lui un vieil engagement en proposant d’étendre la loi 101 au cégep et en y ajoutant les enfants des immigrants temporaires présents au Québec depuis plus de 12 mois. Il ne serait pas surprenant à notre avis qu’il réitère également son vieil engagement d’instaurer un cours obligatoire d’histoire du Québec au cégep, un projet mis en branle à l’époque du gouvernement Marois mais avorté en raison de sa défaite électorale.

Sur le plan de la laïcité, le mandat caquiste a été marqué par deux lois visant le milieu scolaire. Les enseignants et les enseignantes du réseau privé ainsi que les éducateurs et les éducatrices en service de garde sont maintenant visés par la loi 21, et les élèves du réseau ne peuvent plus porter d’habit couvrant leur visage. Le PQ propose d’aller plus loin en interdisant aux élèves du primaire le port de signes religieux ostensibles.

Le PLQ s’est pour sa part engagé à ne pas reconduire l’usage de la disposition de dérogation sur la loi 21, laissant ainsi le soin aux autorités juridiques de juger de la constitutionnalité de la Loi sur la laïcité de l’État. Cette voie semble également préconisée par QS, qui dénonce le recours excessif à la disposition de dérogation et s’était opposé, comme le PLQ, à la Loi sur la laïcité.

États généraux

Plusieurs partis, soit le PQ, le PLQ et QS, se sont engagés à tenir une grande consultation en éducation advenant leur élection. Qu’elle prenne la forme d’états généraux ou d’une commission Parent 2.0, cette grande consultation viserait à faire le point sur les principaux enjeux du système scolaire, dont celui de la ségrégation scolaire, et à discuter des solutions avec les acteurs.

Une telle proposition, qui répond à de nombreux appels d’acteurs du milieu, permet à ces partis de vêtir des habits démocratiques et participatifs, mais aussi de repousser certaines questions à plus tard, à tort ou à raison. À ce titre, soulignons que des enjeux à l’ordre du jour médiatique ont reçu relativement peu d’attention de la part des partis, comme celui de la santé mentale des élèves et du personnel scolaire, de la pénurie du personnel scolaire qualifié ou encore de l’effritement de l’autonomie professionnelle du personnel enseignant opéré par la CAQ au cours des dernières années.

L’engagement le plus important en enseignement supérieur est probablement celui de la CAQ de verser 1000 dollars aux régimes enregistrés d’épargne-études des nouveau-nés du Québec à l’automne 2027. Pour sa part, le PLQ a promis de simplifier l’accès à l’aide financière aux études pour les étudiants aux cycles supérieurs, mais aussi de rémunérer plusieurs stages qui ne le sont actuellement pas.

Sur ce dernier point, QS va encore plus loin et propose de rémunérer tous les stages. Le fait que le PLQ soit le parti qui parle le plus du coût des études supérieures est particulièrement notable, considérant que le gouvernement Charest avait tenu tête aux fédérations étudiantes et au mouvement des carrés rouges lors du printemps étudiant de 2012, en haussant les droits de scolarité de 75 %.

Il faudra continuer de suivre de près les propositions des partis en éducation d’ici la fin de la campagne. Celles-ci pourront être suivies à l’aide d’outils tels que la Vitrine démocratique, dont un module supplémentaire permettra sous peu d’observer les promesses des différents partis qui se trouvent au sommet de l’actualité, ainsi que Prof. Datagotchi vous répond, un agent conversationnel entraîné par des politologues québécois qui mobilise l’ensemble des communiqués de presse des partis, des plateformes électorales et des entrevues médiatiques de leurs chefs pour répondre à des questions concernant les promesses de politique publique.

Enfin, il faut espérer que les partis n’oublient pas le secteur de l’enseignement supérieur (cégeps et universités), qui est largement négligé jusqu’à maintenant.

Pour proposer un texte ou pour faire des commentaires ou des suggestions, écrivez à Dave Noël à dnoel@ledevoir.com.

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