Bardella accusé d’antisémitisme ; l’extrême droite française dénonce une «déstabilisation»
Le parti d’extrême droite français Rassemblement national a dénoncé mardi une « tentative de déstabilisation », après la révélation de messages à caractère antisémite attribués à son président, Jordan Bardella, qui vient secouer la campagne de Marine Le Pen, favorite des sondages pour la présidentielle.
Ces accusations, qui viennent écorner la stratégie de « dédiabolisation » du parti menée depuis 15 ans, interviennent après que l’extrême droite a remporté dimanche un nouveau succès électoral lors des sénatoriales (passant de 3 à 15 sénateurs), qualifié d’« étape majeure » par Marine Le Pen vers son accession au pouvoir.
« On ne va pas se laisser faire », a lancé la candidate du RN mardi lors d’une réunion des parlementaires du parti.
Elle a dit sa « confiance absolue » en Jordan Bardella, qui doit être son premier ministre en cas de victoire à la présidentielle des 18 avril et 2 mai.
« Sachez qu’on va en prendre plein la poire, que le système va tout faire et nos adversaires feront absolument tout, y compris les trucs les plus dégueulasses qui soient, pour pouvoir tenter d’entraver cette dynamique », a-t-elle déclaré.
Jordan Bardella, qui a nié lundi avoir rédigé ces écrits et annoncé une plainte en diffamation, affirme, lui, que ces accusations sont les « prémices d’une guerre totale » et une « tentative de déstabilisation de la campagne présidentielle » du RN.
Le média d’investigation Mediapart a publié lundi une enquête s’appuyant sur des conversations privées, qu’il dit avoir pu authentifier, qui auraient été écrites par Jordan Bardella à l’été 2013, alors qu’il avait entre 17 et 18 ans et était jeune militant du Front national, l’ancien nom du RN.
« Les banques sont toutes détenues par des Juifs »; « Le juif doit dominé (sic) les autres peuples, les écraser et les voler, un sioniste est forcément juif, et en profondeur », aurait notamment écrit le futur dirigeant, qui avait alors rejoint le parti d’extrême droite un an et demi plus tôt.
Dédiabolisation
Cette enquête touche au plus haut niveau le parti que Marine Le Pen a repris en 2011 à son père, Jean-Marie, multicondamné pour négationnisme, et remet en lumière les obstacles sans cesse renouvelés à sa stratégie de « dédiabolisation ».
Quant à Jordan Bardella (31 ans), qui a connu une ascension fulgurante jusqu’à la tête du RN en 2021, il avait été en mars 2025 le premier dirigeant de ce parti à être officiellement invité par le gouvernement israélien à venir en Israël pour une conférence contre l’antisémitisme.
Le RN comptait enfin récolter les fruits de cette stratégie lors de la présidentielle des 18 avril et 2 mai, pour laquelle sa cheffe de file est annoncée comme favorite.
Selon un sondage publié lundi, elle remporterait l’élection présidentielle avec 57% des voix si elle se retrouvait face au candidat de centre droit et ex-premier ministre Édouard Philippe (43%), et avec 69% des voix face au chef de la gauche radicale Jean-Luc Mélenchon (31%).
Appel à la démission
Le Rassemblement national démontrera « qui est derrière cette manipulation », a assuré Marine Le Pen à ses parlementaires. « Maintenant, c’est à Mediapart, je crois, qu’il va falloir dire d’enfiler son costard en Kevlar parce qu’il y aura évidemment une réponse à la manière dont ils se comportent », a-t-elle lancé.
Le média est à l’origine de la révélation de plusieurs scandales politiques ces dernières années, comme l’affaire du financement libyen de la campagne de Nicolas Sarkozy ou celle du compte bancaire non déclaré en Suisse du ministre Jérôme Cahuzac en 2012.
Cette enquête a suscité de vives réactions de plusieurs candidats à la présidentielle.
« L’extrême droite restera toujours l’extrême droite. Aucune agence de communication, aucun ravalement de façade n’y changera rien », a déclaré le candidat à la primaire sociale-démocrate Raphaël Glucksmann.
La cheffe des Écologistes, Marine Tondelier, a demandé que Jordan Bardella démissionne « de toutes ses fonctions ».
Jean-Luc Mélenchon, lui-même accusé d’ambiguïté sur la question antisémite, a condamné « formellement » lundi ces déclarations qui « relèvent du complotisme et de l’antisémitisme le plus absurde, si c’est bien [Jordan Bardella] qui les a prononcées ».
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