La dernière manche
On aurait pu penser que la possibilité grandissante de voir le PQ former un gouvernement majoritaire et tenir un référendum dans un premier mandat place Paul St-Pierre Plamondon sur la sellette lors du troisième et dernier débat de la campagne, mais il a passé une soirée étonnamment tranquille.
Christine Fréchette ne semblait plus en faire une obsession, contrairement aux confrontations précédentes. Même le spectre de Donald Trump, qu’elle brandissait presque quotidiennement, s’est fait d’autant plus discret que, de l’aveu même de la première ministre, l’hécatombe d’emplois appréhendée suite à l’imposition des tarifs ne s’est pas produite.
Charles Milliard a eu beau dire que le référendum serait l’enjeu de l’élection du 5 octobre, c’est comme si les autres estimaient que tout a été dit ou presque. À tel point que le chef du PLQ a eu l’impression d’avoir en face de lui « quatre nuances de oui ».
Après ses contre-performances de la semaine dernière, la première ministre semblait avoir retrouvé ses marques et la posture qui convient à la fonction, mais il lui aurait fallu faire nettement mieux pour renverser le cours d’une campagne qui a tourné au cauchemar, au point où la survie de son parti et son propre avenir politique sont en jeu. Les plus récentes projections du site Qc125 accordent entre 0 et 7 sièges à la CAQ, tandis qu’elle-même tirerait de l’arrière par un point sur son adversaire péquiste dans Trois-Rivières.
Le bilan des huit années de gouvernement Legault était déjà suffisamment lourd à porter sans que Mme Fréchette reprenne à son compte la vieille promesse, jamais tenue, de faire en sorte que chaque Québécois ait accès à un médecin de famille.
Il était tout aussi déroutant de l’entendre dire que la super déduction pour productivité annoncée par le gouvernement Carney, qui privera le Québec d’un revenu de 1 milliard $ par année, était une bonne nouvelle, après s’être plaint de ne pas avoir été consultée.
Éric Duhaime a quand même eu la charité de ne pas lui rappeler que l’entrepreneur-influenceur Olivier Primeau, auquel la CAQ a versé 20 000 $ pour faire sa promotion, a déclaré qu’il préférerait voter conservateur.
Charles Milliard s’améliore d’un débat à l’autre. Il n’a peut-être pas été aussi visible qu’il l’aurait souhaité, mais il avait parfois l’air de l’adulte dans la pièce. Alors que le PQ et le PCQ s’entendent pour diminuer la taxe sur l’essence, le chef libéral a écarté une mesure qui plairait assurément aux électeurs, mais qui priverait le gouvernement de revenus dont il ne peut se passer.
Sa vision d’un « Québec fort dans un grand Canada » demeure cependant vague. M. Milliard assure avoir des « demandes importantes » à adresser à Ottawa, mais on ne voit pas très bien lesquelles, si ce n’est le contrôle de l’immigration temporaire, qu’il n’entend toutefois pas réduire.
Éric Duhaime était peut-être celui qui ressentait le moins de pression. Avec 17 % des intentions de vote et une projection de 14 sièges, il a déjà dépassé ses objectifs et sa certitude avouée de n’avoir aucune chance de former le gouvernement est de nature
À rassurer quelque peu ceux que son programme effraie.
Dans l’éventualité d’un gouvernement minoritaire, le chef conservateur assure qu’il serait disposé à négocier son appui dans tous les dossiers, sauf s’il s’agit de tenir un référendum. La distance entre son programme et celui des autres partis est cependant telle que ces négociations pourraient être ardues.
Ruba Ghazal a été égale à elle-même, précise et bien concentrée sur les propositions de son parti. Québec solidaire est le seul qui ne propose pas l’austérité, répète-t-elle. Il y a sans doute plus que 10 % des électeurs qui s’inquiètent de voir le Québec virer à droite, mais les intentions de vote n’en demeurent pas moins de 50 % inférieures au résultat de 2022, malgré une bien meilleure campagne.
Ce troisième débat n’aura sans doute pas un effet déterminant sur les indécis. La dernière manche de la partie va se jouer dans les dix jours à venir. Il pourrait suffire qu’un nouveau sondage laisse entrevoir l’élection d’un gouvernement péquiste majoritaire pour tout faire basculer.
En 2012, le seul débat réunissant tous les chefs de parti, à l’exception de Jean-Martin Aussant (Option nationale), avait eu lieu le 19 août. Ce soir-là, Pauline Marois avait déclenché un réflexe de défense, en refusant de préciser si un référendum aurait lieu dans un premier mandat ou non.
Cela n’avait pas eu un effet immédiat. Deux jours avant l’élection, deux sondages créditaient encore le PQ de 36 % des intentions de vote, ce qui aurait sans doute pu lui permettre de former un gouvernement majoritaire, mais soudainement, patatras. Résultat final : 31,9 % des voix et 54 députés.
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